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La bourse de New York mercredi 15 octobre : les titres ont souffert de leurs pertes les plus importantes cette année et le dollar s'est effondré.
La bourse de New York mercredi 15 octobre : les titres ont souffert de leurs pertes les plus importantes cette année et le dollar s'est effondré.
©Reuters

Dans la tourmente

Coup de tabac sur les bourses mondiales : la preuve que la crise n’en a vraiment pas fini avec nous

L'Europe s'enfonce une nouvelle fois dans cette crise qui neutralise le continent depuis 6 ans. Grèce, Italie, Allemagne, Espagne : de multiples menaces surgissent à nouveau dans un contexte de quasi déflation sanctionné par les marchés financiers mercredi 15 octobre. A l'inverse, de l'autre côté de l'Atlantique, la réactivité des autorités est rapidement venue stabiliser la situation.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Après les crises successives qui ont jalonné les six dernières années, 2014 n’échappe pas à la règle. Et cette journée boursière du 15 octobre 2014 offre un parfait résumé de cette situation. En Europe, l’ensemble des places financières accuse un sérieux coup de mou, -3.63% à Paris, -2.58% à Francfort, -4.44% à Milan, -3.59% à Madrid, ou encore -6.25% à Athènes (Concernant la Grèce, la baisse cumulée depuis le mois de juin 2014 dépasse les 30%). Une nouvelle journée noire à mettre au crédit de l’environnement économique européen, on ne change pas une équipe qui gagne.

Mais si les mouvements enregistrés sur les marchés actions peuvent impressionner, ils ne sont rien en comparaison des variations des taux d’intérêts au sein de la zone euro. Et c’est encore une fois la Grèce qui se retrouve en première ligne. Avec une hausse de 0.85 points de son taux d’intérêt en une seule séance, soit une progression de 12%, le taux auquel le pays emprunte à 10 ans atteint les 7.85%. Depuis le début du mois de septembre, cette hausse s’approche de 40%.

Taux emprunt d’état Grec 10 ans. Bloomberg

Bien évidemment, dans de telles conditions, aucun redressement de la situation du pays ne pourra voir le jour. C’est d’ailleurs le sentiment qui a pu être exprimé par le ministre des finances autrichien, Hans Jorg Schelling, le 13 octobre en évoquant "les doutes" que la Grèce inspirait aux différents ministres des finances de la zone euro. Une habile déclaration qui a précipité les mouvements de ces dernières heures. En cause, le souhait du pays de s’affranchir des contraintes fixées par son plan de "redressement" et sa volonté de retrouver une certaine autonomie dès la fin 2014, soit 18 mois avant le terme fixé initialement.

Car si la situation désastreuse du pays perdure depuis plusieurs années, la population semble commencer à vouloir changer de politique. C’est en tout cas le sens indiqué par les derniers sondages plaçant le parti d’Alexis Tsipras, Syriza, en tête des élections prévues au début 2015. Un parti qui souhaite "réviser" à la baisse le montant de la dette du pays, ce qui n’est pas tout à fait du gout des investisseurs.

Mais cette situation grecque a également des conséquences sur les autres pays. L’Espagne, l’Italie ou encore le Portugal ont rapidement pu constater les répercussions de cette nouvelle menace. Car les taux de chacun de ces pays ont enregistré une hausse conséquente en cette journée. Pour que la fête soit complète, le mouvement cinq étoiles de l’italien Beppe Grillo a également pu avancer sa proposition d’un référendum d’initiative populaire ayant pour objectif de sortir de l’euro. Il ne reste qu’à trouver les 3 millions de signature nécessaires pour que ce projet puisse voir le jour. Mais au regard du dernier sondage publié sur cette question, les probabilités ne sont pas nulles. En effet, en 2013, 49% des italiens étaient prêts à retrouver la Lire.

L’autre conséquence de cette nouvelle crise européenne est l’écrasement des taux des pays jugés les plus fiables. Car les montants retirés des pays du sud se sont vite fondus dans la dette des pays du nord. C’est ainsi que le taux allemand à 10 ans atteint 0.76%, c’est à dire son plus bas niveau historique. Il est intéressant de noter que la hausse de taux enregistrée par la Grèce en cette seule journée est supérieure au taux que paye l’Allemagne.

Taux emprunt d’état Allemand 10 ans. Bloomberg

Mais la baisse des taux allemands ne doit pas tout à la Grèce. Les récentes publications économiques du pays n’ont rien de rassurant, chute des exportations, baisse significative du sentiment des investisseurs, baisse de la production industrielle, autant d’éléments qui viennent conforter les anticipations de déflation pour l’ensemble de la zone euro. A 0.3%, l’inflation européenne n’est pas une source d’optimisme pour les marchés financiers. Pour finir, la rechute brutale des exportations espagnoles à un plus bas de cinq ans est venue clouer au pilori les annonces de sortie de crise d’un pays toujours en prise avec un taux de chômage largement supérieur à 20% de la population active.

Fidèles à leurs habitudes face à cet ensemble de menaces, les dirigeants européens ont jugé bons de ne pas réagir. Et Les marchés ont apprécié.

De l’autre côté de l’Atlantique, l’ouverture des marchés n’offrait guère plus de certitudes. Suite à la publication de données décevantes ; la baisse des ventes au détail de 0.3%, Wall Street s’est rapidement et fortement ancrée dans le rouge. Le Dow Jones perdait près de 450 points après quelques heures de cotation. Les taux d’intérêts américains chutaient également de leur côté, passant de 2.20% à 1.85% en quelques minutes, dans un mouvement d’une rare violence.

En effet, alors que la réserve fédérale américaine s’apprête à en finir avec son plan de soutien à l’économie dès ce mois d’octobre, les marchés se trouvent être pris d’une grande frilosité. Sans soutien, la reprise est-elle durable ?

Mais quelques "fuites" vont permettre un rapide rétablissement de la situation. En cours de séance, des propos prêtés à la Présidente de la FED, Janet Yellen, vont venir rassurer les marchés. Cette dernière confirme sa confiance dans l’économie américaine et prévoit un retour de la croissance à un niveau de 3%, mais également un retour de l’inflation à 2%, soit une croissance nominale totale de 5%. C’est-à-dire une situation "normale" pour les Etats-Unis. Il n’en fallait pas plus pour que les marchés retrouvent leurs esprits après la panique de la première partie de séance.

C’est ainsi que le Dow Jones clôturait à -1.06%, retrouvant près de 300 points depuis son plus bas. Les taux revenaient à un niveau proche de l’ouverture à 2.15%, la tempête était passée. Les mots de Janet Yellen ne suffiront pas à apaiser les marchés dans la durée, et des actes sont désormais attendus.

Cette journée du 15 octobre est révélatrice des six dernières années. Entre une Europe incapable de faire face à la crise dans laquelle elle s’enfonce depuis 6 ans, et des autorités américaines très réactives face aux évènements, la différence est flagrante.

Pour lire le Hors-Série Atlantico, c'est ici : "France, encéphalogramme plat : Chronique d'une débâcle économique et politique"

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