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Madame Najat Vallaud-Belkacem précise que 10% seulement des enseignants parvenaient à étudier l'ensemble du programme.
Madame Najat Vallaud-Belkacem précise que 10% seulement des enseignants parvenaient à étudier l'ensemble du programme.
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Coup bas dans la guerre idéologique, le gouvernement s'apprête à supprimer l'étude des mécanismes de "l'économie de marché" au lycée

Un décret préparé par le ministère de l'Education nationale va supprimer des programmes d'enseignement d'économie en seconde des lycées, l'étude obligatoire des mécanismes de l'économie de marché.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Tout arrive, sans débat, sans discussion. Les syndicats de professeurs d'économie des lycées et collège ont obtenu gain de cause : le gouvernement supprime "l'étude du marché" de l'enseignement d'économie en seconde des lycées. Cette étude va devenir facultative, autant dire que les profs et les élèves la passeront à la trappe. Trop long, trop compliqué. Trop subversif aussi pour des enseignants qui sont majoritairement accrochés à une idéologie de l'économie centralisée. Du coup, pour les élèves des lycées, l'économie sera très simple. L'économie se résumera au rôle de l'Etat ou presque. Les entreprises n'existent plus.

C'est Luc Chatel quand il était ministre de l'Education nationale qui avait rendu obligatoire l'initiation aux sciences économiques et sociales en seconde. Cet enseignement comportait cinq chapitres :

1. les ménages et la consommation

2. la production et les entreprises

3. la formation et l'emploi

4. les individus et les cultures

5. les mécanismes de marché.

Sur ce programme, on a donc décidé d'éliminer le chapitre 5. Comme par hasard. 

L'étude des mécanismes de marché était essentielle parce qu'elle porte sur la connaissance du système d'économie de marché qui s'est imposé partout dans le monde à l'exception de la Corée du Nord.

L'économie de marché, c'est la connaissance de la formation des prix, de l'offre et de la demande, de la concurrence, des ressorts de cette concurrence, de son histoire et de ses limites. C'était sans doute le chapitre obligatoire le plus important pour comprendre l'époque dans laquelle nous sommes immergés.

Alors pourquoi ? Au ministère de l'Education nationale, on explique que les programmes étaient trop lourds, et que les professeurs de sciences économiques et sociales étaient débordés. Que les élèves ne s'y intéressaient plus. Madame Najat Vallaud-Belkacem précise même que 10% seulement des enseignants parvenaient à étudier l'ensemble du programme.

Ce qui est curieux, c'est qu'on soit tombé d'accord au ministère de l'Education nationale pour supprimer l'enseignement du fonctionnement de l'entreprise, là où se créent la valeur, les emplois, les progrès technologiques. Ce qui est curieux c'est qu'on ait justement et comme par hasard, zappé l'étude de la formation des prix, de la concurrence. 

Inutile de préciser que les chefs d'entreprise sont furieux. Comment s'étonner dans ces conditions que les Français n'aiment pas leurs entreprises, déjà que la majorité du corps enseignant n'a jamais mis les pieds dans une entreprise,  comment s'étonner que le débat à l'intérieur de l'entreprise soit idéologique et si loin des contraintes pratiques ? Comment s'étonner que la majorité des jeunes Français souhaitent devenir fonctionnaires, comment s'étonner que ceux qui veulent créer une entreprise (des fous bien sûr !!!) soient le plus souvent obligés de partir à l'étranger. Comment s étonner que les patrons soient considérés le plus souvent comme des voyous ?

La décision prise pour limiter l'enseignement de l'économie est ahurissante. Tous les économistes qui ont passé leur vie à faire de l'économie "une vraie matière scientifique" vont se retourner dans leur tombe. Et pour une fois, seront d'accord. Ricardo le libéral, Keynes le social-démocrate, Schumpeter, le chantre de l'entrepreneur et même Karl Marx. De là où ils sont, ils vont crier. Ils savent bien qu'en France tout est possible mais là sur ce point, "ils sont devenus fous !!!"

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