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Corruption à la Fifa : le traitement choc dont les instances internationales du football ont besoin pour en finir avec le cycle des scandales
©Reuters

Le prix du ballon

Corruption à la Fifa : le traitement choc dont les instances internationales du football ont besoin pour en finir avec le cycle des scandales

16 nouveaux dirigeants de la FIFA ont été inculpés le 3 décembre. La corruption semble avoir atteint des sommets dans les instances internationales du football. Une succession de scandales qui pose la question de la séparation entre fonctions régulatrices et fonctions commerciales au sein de la fédération.

Jean-Loup Chappelet

Jean-Loup Chappelet

Jean-Loup Chappelet, directeur de l’Institut de hautes études en administration publique associé à l'Université de Lausanne, est un spécialiste du management des organisations sportives.

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Atlantico : 16 nouvelles personnes inculpées le 3 décembre. 8 ont plaidé coupable. Depuis 1991, 200 millions de dollars de pots-de-vin. Quelles domaines concernent ces affaires de corruption ?

Jean-Loup Chappelet : Ces seize responsables suivent les quatorze autres inculpés fin mai. Selon le rapport de la justice américaine, ce sont essentiellement des personnes impliquées dans les confédérations nord-américaines ou sud-américaines. Des pots-de-vin ont notamment été versés à des personnes votant pour l’attribution de l’organisation des manifestations sportives. Sept ou huit évènements sont cités, essentiellement en Amérique du nord, en Amérique centrale, aux Caraïbes et en Amérique du sud. Mais la Coupe du monde de football de 2010, en Afrique du sud, est également concernée. La Coupe du Monde en Allemagne de 2006, n’est, quant à elle, pas mentionnée par le rapport. D’autres affaires concernent des droits de marketing et de télévision. 

Que peut faire la Fifa pour éviter cette corruption à grande échelle ?

Un certain nombre de réformes de la gouvernance viennent d’être proposées par la FIFA. Notamment l’ "integrity check", la vérification d’intégrité des dirigeants. L'idée est d'accepter uniquement des dirigeants à l'écart de tout soupçon. C'est mieux que rien, mais ce n’est pas une garantie absolue d’intégrité. Ce n’est pas parce qu’on a été honnête toute sa vie qu’on ne peut pas se laisser tenter après. D’autant plus que cette réforme ne concerne que les 26 membres du comité exécutif (qui il y a peu n'en comptait que 24).

Faut-il revoir la gouvernance organisationnelle et démocratique pour éviter ces affaires de corruption ?

Plus le nombre de personnes de personnes votantes est élevé, moins il y a de risques de corruption. Pour l’attribution des coupes du monde 2018 en Russie, et 2022 au Qatar, seuls les 24 membres du comité exécutif pouvaient voter. Avec la réforme qui vient de passer, les 209 membres du Congrès de la Fifa, représentants des différentes institutions nationales, pourront donner leurs voix. Cela reste insuffisant, car les comités de candidature pourraient très bien s’adresser à chacun d’entre eux. Bien que les présidents nationaux soient élus librement par les membres locaux, il est très difficile pour la Fifa d’affirmer que ce sont des personnes intègres. En effet, les associations nationales doivent donner mandat à leur président de voter pour tel ou tel candidat. Mais comme le vote au Congrès de la FIFA est secret, difficile d’affirmer qu’ils respecteront le vote de leur fédération. Comment modifier un système où ceux qui votent vont être touchés par ces changements ? On ne coupe pas sa propre main.

Quel système de vote plus efficace pourrait-on mettre en place ?  

Deux systèmes peuvent être proposés. Le premier : faire des enchères, c’est à dire attribuer la compétition à la candidature qui offre le plus. La somme proposée serait reversée aux associations-membres, pour le  développement du sport. Autre possibilité : faire voter par internet les fans et les athlètes. Si l’on faisait voter les 10 000 participants aux Jeux Olympiques, ça ferait un nombre conséquent. Il serait très difficile de corrompre un aussi grand nombre de personnes. Cela coûterait trop cher.

Une meilleure gouvernance au niveau mondial et à l’échelle nationale est-elle souhaitable ? Faudrait-il séparer les fonctions régulatrices, qui déterminent les règles du jeu et l’attribution des tournois, des fonctions commerciales, comme la vente de droits de diffusion ou de sponsoring ?

Oui, avec plusieurs autres personnes, c’est ce que nous recommandons depuis longtemps pour toutes les organisations sportives internationales. Les fonctions régulatrices établissent les règles du sport et les grands championnats, et éventuellement, sanctionnent les athlètes qui ne respectent pas les règles. De l’autre côté, les fonctions commerciales se chargent de la signature des contrats relatifs aux grandes manifestations du football. Quand vous signez avec des contrats avec ses sponsors ou avec la télévision, des conflits d’intérêts peuvent surgir et interférer avec la fonction régulatrice. Exemple : une chaine de télévision demande aux instances régulatrices de jouer le match à minuit  plutôt qu’à 20h. On peut comprendre la raison pour une meilleure diffusion d’un match dans tel ou tel pays. Mais ce n’est peut-être pas aussi bénéfique pour les athlètes. 

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