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Corona, le virus qui rendait les humoristes moins drôles et les célébrités lourdingues
©Jean-Baptiste LACROIX / AFP

Miroir des réseaux sociaux

Corona, le virus qui rendait les humoristes moins drôles et les célébrités lourdingues

Alors qu'une bonne partie de la population mondiale est actuellement confinée, les célébrités se voient elles aussi contraintes de rester chez elles. Alors qu'elles s'ennuient, elles tentent de distraire leurs fans. Elles n'ont pourtant jamais été aussi peu distrayantes.

Nathalie Nadaud-Albertini

Nathalie Nadaud-Albertini

Nathalie Nadaud-Albertini est docteure en sociologie de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et correspondante au Centre de Recherche sur les Médiations de l’Université de Lorraine. 

 

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Atlantico.fr : Le confinement pousse les célébrités à se montrer telles qu'elles sont, loin des paillettes qui font habituellement rêver. Le confinement ne fait-il pas tomber les masques ? 

Nathalie Nadaud-Albertini : Si l’on suit Edgar Morin dans L’Esprit du Temps, les célébrités (qu’il appelle les olympiens ») possèdent deux dimensions. Une dimension qui touche à leurs activités professionnelles et qui leur donne accès à un mode de vie qui cristallise un ensemble de fantasmes auquel le commun des mortels ne peut accéder. Cependant, les olympiens partagent avec le commun des mortels le fait de vivre des histoires d’amour heureuses ou malheureuses, des événements familiaux (naissance, mariage, divorce, décès etc.).

Avec le confinement, les olympiens perdent leur dimension fantasmatique puisque leur visibilité ne se trouve plus organisée de façon professionnelle. Ils font avec les moyens du bord, c’est-à-dire les mêmes moyens de présentation de soi que le commun des mortels. On leur découvre alors pleinement dans leur dimension commune à tous.

En montrant les stars, les célébrités, les chanteurs ou bien encore les humoristes comme des individus "normaux", le confinement plus encore que faire tomber les masques, ne les rend-t-il ennuyeux ? Peut-être encore plus ennuyeux que "Monsieur et Madame tout le monde" qui seraient, dans leur vie de tous les jours, habitués à partager beaucoup sur Internet, et à le faire sans avoir besoin des paillettes ? 

Lorsque l’on découvre ces célébrités utiliser les mêmes moyens de présentation de soi que le commun des mortels, on les découvre dans une commune humanité, de sorte qu’ils semblent désarmés, fragiles, et loin de l’image d’eux à laquelle on est habitué. On attend d’eux qu’ils nous donnent leur image habituelle dans des performances spectaculaires, et on les découvre comme n’offrant pas grand-chose de différent des autres contenus sur les réseaux. On éprouve alors une certaine déception qui fait écho à notre propre désarroi en cette période difficile. D’autant plus que ce ne sont pas eux les héros de l’histoire, ils font comme tout un chacun, ils restent chez eux et postent des contenus sur les réseaux d’une qualité tout à fait banale. 

Finalement que nous apprend le confinement sur la célébrité ? 

Le confinement met pleinement en évidence tout ce qui est de l’ordre du fantasme et de la mise en scène dans la célébrité, puisqu’on les imagine souvent comme des personnes hors du commun et hors des contingences du commun des mortels et qu’on les découvre dans une commune humanité dans leur discours et dans leur façon d’utiliser les moyens de présentation de soi que sont les réseaux sociaux en dehors de toute mise en scène professionnelle.

Cependant, il me semble qu’il ne faut pas sauter trop vite en conclusion. En effet, si l’on prend le cliché que Kim Kardashian a posté le 25 mars sur son compte Instagram, on s’aperçoit que même avec le confinement les célébrités sont toujours perçues comme des olympiens au sens où elles conservent un mode de vie privilégiée, éloigné de celui du commun des mortels. Revenons sur le récent post de Kim Kardashian. On y voit une photo d’elle en compagnie de ses enfants en train de regarder des dessins animés dans leur salle de cinéma privée. En légende, elle explique qu’ils se conforment aux exigences de distanciation sociale mais qu’ils sont à la recherche d’idées de distractions et que toutes les suggestions sont les bienvenues. Les réponses la renvoient à son statut de célébrité riche et privilégiée. On lui dit par exemple que sa salle de jeu est bien plus grande que la plupart des maisons, qu’elle dispose également d’une piscine, d’un terrain de basket à la maison. D’autres lui demandent de faire un don pour aider à la résolution de la crise. Autrement dit, alors qu’elle veut se mettre sur le même plan que toutes les familles confinées, on lui rappelle qu’elle vit dans des conditions particulièrement aisées. En résumé, on lui demande de rester sur « l’Olympe ».

De fait, au même titre que notre déception devant les contenus lambda de nombreuses célébrités, l’exemple de Kim Kardashian montre nos attentes vis-à-vis de la célébrité. On lui demande le fantasme d’une vie privilégiée et heureuse dans toutes les circonstances.

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