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Bosse !

Connaissez-vous le kanban, la théorie de management qui veut démolir le mythe des employés multitâches ?

Présentée comme le nirvana, cette technique d'organisation est loin d'être sans défauts ; elle accumule ceux du taylorisme, et peine à laisser la place aux esprits créatifs.

Atlantico : De plus en plus populaire, le kanban est un système de management et d'organisation inventé au Japon qui permet d'éviter la surcharge de travail et qui, surtout, défait le mythe de l'employé multitâche. mais quel en est le fonctionnement? Sur quels principes reposent-ils? 

Xavier Camby : Avant toute chose, je crois judicieux de préciser que le Kanban n'est pas à proprement parler un outils, un système ni une méthode de management. C'est une organisation du travail en fonction de 3 états possibles d'avancement : à faire, en cours, achevé. Cette répartition simple est visualisée sur un tableau, accessible à tous, séparé en 3 colonnes. Les post-it qui y décrivent les tâches migrent d'une colonne à l'autre, au fur et à mesure de leur achèvement. Chacun devient donc seul responsable de sa façon d'opérer son travail et c'est un bon principe de liberté, dans un monde salarié souvent très contraignant. C'est un premier et sérieux déni de la sacro-sainte organisation scientifique et taylorienne de chaque tâche, par un autre que son exécutant... Cette simple et efficace technique contredit les nombreux enseignements qui postulent encore, sans savoir jamais le prouver, que le comportement humain laborieux serait mécanique, voire idiot et aurait donc drastiquement besoin d'une intelligence extérieure et supérieure. Ces maîtres es-rationnalismes, le plus souvent auto-proclamés, voudraient réduire en équations notre humanité, et nos motivations, en une science exacte ! 

Comment celui-ci vient à défaire le mythe de l'employé multitâche? 

Par son seul et simple mécanisme ! L'employé sait quelles sont les tâches qu'il a à exécuter, il peut avoir une certaine latitude pour choisir l'ordonnancement qui lui semble le plus approprié. Il peut même entreprendre, s'il est correctement motivé par son manager, de s'auto-organiser et d'auto-améliorer cette organisation sans cesse, de lui-même ! Mais toujours, il gère une seule et unique tâche à la fois, évitant la pathétique dispersion des petits lapins en panique, affolés de ne plus savoir où ils en sont de chacune des 80 tâches qu'ils mènent de concert, sans plus aucune réflexion ! La légende urbaine ou le mythe idiot qui voudrait que certain d'entre-nous -les meilleurs, quasi-surhommes ou plus souvent encore sur-femmes...- puissent gérer concomitamment plusieurs choses en même temps, avec une identique efficacité ou performance a récemment volé en éclats, les neuro-sciences ayant établi qu'il n'existe aucune réalité à ce fantasme. Si la polyvalence est une chose souhaitable, positive et bénéfique, le prétention d'être multitâche, déni de réalité, est somme toute très vaine et très arrogante.

Le système est pourtant loin d'être parfait ; quels en sont ses défauts? De manière générale, quel est le danger de toujours vouloir trouver un système d'organisation?

Le danger réside toujours dans une volonté universaliste d'organisation parfaitement rationnelle et dans une approche systémique du travail. Si comme le disait à juste titre Henri Bergson "l'homme est un animal créateur d'ordre", cet ordre cependant est fait pour l'homme et non pas l'inverse. Vouloir imposer, décréter, ordonner, à sens unique, une méthode exclusive, sans aucune estime pour l'initiative ou les capacités d'invention de ses collaborateurs, ou bien leurs différences et leurs préférences en matières de tâches (et non pas de résultats) est certainement le pire management possible, celui qui crée le plus de démotivation, stérilise l'innovation, détruit les relations humaines et rend toute vision anorexique. Vouloir imposer le Kanban risque donc d'être contreproductif, pour notre créativité. Albert Einstein le relevait avec sa coutumière sagesse : "inventer, c'est toujours penser à côté."
 
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