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Les médias anglo-saxons donnent une image assez pessimiste de Paris et de la France en général
Les médias anglo-saxons donnent une image assez pessimiste de Paris et de la France en général
©Reuters

Je n’ai PLUS deux amours…

Comment les Anglo-saxons en sont venus à (adorer) détester Paris

Si Paris n'a pas la cote dans les sphères médiatiques et politiques anglo-saxonnes, nos cousins anglophones n'en continuent pas moins d'affectionner la capitale française. Le journaliste et écrivain Stephen Clarke, parisien d'adoption, nous explique ce contraste.

Stephen  Clarke

Stephen Clarke

Stephen Clarke est un écrivain britannique installé à Paris depuis les années 1990

En 2004, il publie le roman  God save la France (Nil Editions ; A Year in the Merde en en version anglaise) dans lequel il tire un portrait humoristique des Français. Son dernier livre s'intitule 1000 ans de mésentente cordiale (2012, Nil Editions).
Son site :
www.stephenclarkewriter.com.
Le suivre sur Twitter :

@SClarkeWriter 

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Atlantico : Les médias anglo-saxons donnent une image assez pessimiste de Paris et de la France en général, comme nous l'a récemment rappelé un article sur "la chute de la France" paru dans Newsweek. Ce désamour est-il durable, ou passager ?

Stephen Clarke : Les médias anglo-saxons adorent taper sur la France, tout comme les rois anglais tapent sur la France depuis presque 1 000 ans. C'est un sport. Les visions économiques des anglophones et francophones, comme les visions de la vie en général, sont complètement opposées. L'article de Newsweek - truffé de clichés qui ont choqué les Français - était surtout une expression de la frustration de libéraux à l'américaine face à l'obstination française de réagir à la crise avec encore plus de socialisme que d'habitude. Mais cela n'a rien de nouveau. 

Mais - et c'est un énorme "mais", un véritable "MAIS" -, cela n'a rien à voir avec l'attitude de l’anglo-saxon de base envers les Français. Depuis toujours c'est l'histoire d'amour, même si cette relation peut être tempestueuse car nous sommes opposés.Les anglo-saxons adorent la France comme une sorte de vedette de cinéma sophistiquée, légendaire, fascinante. Elle est vieille maintenant, mais son charme est éternel, et ses rides sont le résultat d'une vie remplie de plaisirs qui rendent les anglo-saxons terriblement jaloux. 

Les critiques des médias anglo-saxons sont-elles méritées ?

Depuis la création d'un marché européen dans les années 1950, les Anglais hurlent chaque fois que la France essaie de tirer le duvet des subventions vers elle. Et depuis des décennies, l'Angleterre vend son âme aux banquiers, de sorte que Londres leur appartient, tandis que la France essaie de résister à la tyrannie des spéculateurs financiers, avec plus ou moins de succès - surtout quand les banques françaises laissent des nationaux, comme Jérôme Kerviel, s'occuper de leurs investissements. Chaque immigré économique français qui fuit vers Londres pour y dépenser sa fortune en loyers exorbitants et faux restaurants français est une victoire comme Waterloo, pour les médias britanniques. Tout cela constitue une guerre perpétuelle, et les médias anglo-saxons ne cesseront jamais de provoquer les Français. Nous sommes comme deux religions économiques qui se battent pour la suprématie. 

Quelle que soit la situation de l'économie française, les Anglo-saxons continueront de venir à Paris. En fait, si l'économie s'écroulait totalement, nous viendrions encore plus, car vous arrêteriez de construire de nouveaux bâtiments et vous laisseriez les anciens tomber dans une désuétude élégante. Nous, les anglo-saxons, adorons la vieille France. Même le serveur parisien avec son tablier blanc et son air arrogant de sergent de la Vielle Garde napoléonienne, nous l'adorons, nous venons exprès pour nous faire snober par lui. Le touriste anglo-américain trouve qu'il est en train de vivre une expérience inoubliable juste en commandant des rillettes dans un petit café. Le panier de baguette qui arrive par magie sur sa table est aussi précieux qu'une offrande dans un temple indonésien. Le moindre marché local où  l'on vend à la criée des fruits et légumes, des fromages et des morceaux saignants d'animaux produits à quelques kilomètres de là et entièrement libres de film plastique, c'est comme une comédie de Molière jouée par Molière lui-même.

Tout cela semble banal, mais c'est la France, et la France fascine parce qu'elle est tellement française, et depuis toujours. 

Mais l'image négative qui est relayée par les médias anglo-saxons pourrait-elle avoir des conséquences à terme ? Si oui, lesquelles ?

Paris n'a pas de souci à se faire. La Tour Eiffel est une icône mondiale et éternelle, tout comme les peintres impressionnistes et l'immigrée la plus célèbre du monde : la Joconde. Les entrepreneurs français - eh oui, il y en a, et des génies - ont compris tout cela parfaitement. Les marques de luxe véhiculent du français éternel, et cela se vend. Les grand magasins deviennent de plus en plus chics pour renforcer cette image - je me souviens quand nous pouvions aller dans presque n'importe quel grand magasin parisien et acheter un seul clou, mais c'est fini. Maintenant il n'y aurait que des clous Philippe Starck par paquet de 20, et plaqués or. 

Les problèmes économiques de la France touchent les Français, et gravement, mais ne concernent pas du tout les anglo-saxons au jour le jour. D'ailleurs, la journaliste qui a écrit l'article de Newsweek vit à Paris, et s'y plaît bien.Vous avez compris que les Anglo-saxons adorent commenter sur l'économie française, mais cela ne diminuera jamais leur envie de venir goûter à la vie française, pour un week-end ou une décennie.

Tant que la France ne décide pas de renflouer les caisses en vendant la Joconde, par exemple, ou en démontant la Tour Eiffel pour l'envoyer en Chine, le tourisme restera tout aussi rentable. Et encore… Se débarrasser de la vieille Tour et ouvrir un parc d'attractions "France de Luxe" sur le Champ de Mars, avec un centre commercial et des soldes permanentes "20% sur les sacs à main" seraient assez rentable aussi.

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