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Un film sur l'enfance de Mahomet est actuellement projeté en Iran.
Un film sur l'enfance de Mahomet est actuellement projeté en Iran.
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Ecran (presque) total

Cinéma : Mahomet superstar mais sans visage

L'école cinématographique chiite a produit son chef d'œuvre. L'école cinématographique sunnite n'est pas contente. Qui les départagera ?

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Majid Majidi, réalisateur iranien connu et bien en cour, souffrait. La vision caricaturale de Mahomet présenté comme un guerrier plutôt sanglant par les Occidentaux était pour lui comme une plaie ouverte. Donc il entreprit de faire un film montrant le Prophète dans sa belle et touchante vérité : un homme de bien, de bonté et d'amour.

Le film vient de sortir sur les écrans en Iran (pas chez nous hélas...) Il a coûté dans les 30 millions de dollars. Une forte somme pour l'Iran. Mais une broutille comparée aux 150 millions de dollars de Jurassic World. Le pauvre Iran ne dispose pas des milliards de Hollywood.

C'est pourquoi par mesure d'économies (oui, oui !) le film de Majid Majidi ne montre pas le massacre par Mahomet des tribus juives de Médine. Il aurait fallu payer des milliers de figurants (autant que de victimes) : une fortune. En outre qui en Iran aurait voulu jouer des Juifs ? Ou alors à prix d’or…

Pour les mêmes raisons (oui, oui!) le film ne montre pas les 9, 10 ou 15 épouses de Mahomet. Les jolies actrices sont chères en Iran. Et se serait posé l'épineuse question de savoir si elles devaient être tout le temps voilées ou pas (en présence de l'époux ce n'est pas à priori nécessaire). Sans parler d'un douloureux et complexe problème concernant Aïcha, 9 ans…

Le film a reçu la bénédiction des autorités religieuses chiites iraniennes. Pour l'obtenir Majid Majidi a eu recours à des effets spéciaux : jamais le visage du Prophète n'est visible. On peut apercevoir sa silhouette, ses mains (qu'il a fines) et ses mollets (bien galbés). Mais pour l'Arabie saoudite, gardienne du lieu saint de La Mecque, ce peu c'était déjà trop.

Elle proteste conte le sacrilège commis par les Iraniens. L'école cinématographique sunnite est en effet beaucoup plus rigoureuse que sa rivale chiite. Un mollet, une main ? Non ! C'est qu'entre les chiites et les sunnites il y a depuis des siècles affrontements et guerres. De vrais litiges doctrinaux. Un peu comme chez les protestants qui se foutent royalement de la virginité de Marie proclamée par l'Immaculée Conception chère aux catholiques. Mais les protestants ne s'emploient pas pour autant à massacrer les processionnaires catholiques le jour de l'Assomption. Tandis qu'entre sunnites et chiites…

Mais il ne faut pas se laisser détourner de l'essentiel par ces obscures querelles. L'essentiel est que Mahomet soit demeuré sans visage. On ne saura jamais s'il était mignon et plaisait aux dames. On devra donc se contenter des caricatures de Charlie Hebdo. Compte tenu de ce qu'elles ont provoqué on ne pourra que rester dubitatif sur la beauté de Mahomet. 

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