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François Hollande a perdu son pari.
François Hollande a perdu son pari.
©Reuters

L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

Chômage, le pari qui tue

Les chiffres du chômage à fin 2013 sont évidemment une catastrophe pour tous les salariés. Mais il y a encore plus grave. La façon dont la politique de l’emploi a été gérée est désespérante. François Hollande aura donc perdu son pari, stupide, mais pari quand même. Ces chiffres de pertes d’emplois vont durablement marquer un des plus graves échecs économiques, social et politique du quinquennat. En un an, le nombre de demandeurs d’emplois a augmenté de 5,7%. Plus de 170 000 chômeurs supplémentaires. Plus de 11% de la population active. Deux fois le chiffre allemand.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Ces chiffres vont prêter à polémique, bien sûr. Le nombre de jeunes au chômage s’est stabilisé, c’est vrai, mais surtout grâce aux contrats  d’avenirs et aux contrats de génération. Personne ne sait si ces contrats aidés pour plus de 3 milliards d'euros par an pourront se transformer en véritables emplois et au bout de combien de temps. Personne ne connait exactement tous ceux qui en fin de droit ont baissé les bras. Pôle emploi ne dit pas non plus le nombre de contrats de conversion (qui permettent de toucher  80 % du salaire pendant un an au lieu de 57%).  

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Cette affaire collera à la peau de François Hollande jusqu’à la fin de son quinquennat. On aura oublié ses problèmes conjugaux. Par contre, on aura du mal à effacer les problèmes d’emplois. François Hollande aura commis trois erreurs majeures.

Une erreur de diagnostic, d’abord, en sous-estimant la gravité de la crise. Il pensait que le pays traversait une mauvaise passe et que le vent de la conjoncture mondiale allait le pousser vers des cieux plus cléments. Il pensait qu’on était dans une simple crise cyclique dont on allait sortir grâce à la nouvelle donne politique.

Une erreur de prescriptions et d’outils, ensuite. A partir du moment où il pensait qu’on était en pleine crise cyclique, il a mobilisé les outils keynésiens habituels du soutien à la demande, par la distribution massive de revenus sociaux.  Il a même  bénéficié des générosités monétaires  de la Banque centrale européenne , puisque Mario Draghi a, dès son arrivée, alourdit le bilan de la BCE dans les mêmes proportions que la Banque centrale américaine (Fed). La différence avec la Fed, c’est que la BCE ne l’a pas crié sur les toits, vu que c’était un peu en dehors de son mandat. Ceci dit, l’Allemagne a laissé faire. La plupart des pays européens en ont profité,  l’Espagne, l’Italie, mais pas la France. En France, les banques ont rendu une partie des liquidités. Pourquoi ? Parce que les producteurs de richesses se sont trouvés paralysés. Faut dire qu’aucune des rigidités n’a été levée. De plus, le gouvernement  a gâché l’attractivité de la maison France, et a aggravé la fiscalité aux limites du l’overdose.

Enfin, François Hollande a commis une épouvantable erreur de management politique. En s’engageant haut et fort à inverser la courbe du chômage, il a obligé ses collaborateurs à le suivre et à l’accompagner dans un festival de langues de bois pendant plus d’un an. Mais il a aussi trompé ses actionnaires, ses électeurs et les contribuables.

Alors bien sûr, il a reconnu du bout des lèvres les deux premières erreurs, mais la nouvelle politique qu'il veut mettre en place n’est pas définie ou précise. Personne n’est obligé de croire désormais en sa sincérité. Sa majorité aura du mal à être au rendez-vous des décisions courageuses qu'il faudrait maintenant prendre pour réduire le périmètre de l’État.

Le pacte de responsabilité ne suffira pas à redresser la situation. Il faut non seulement abaisser les charges, mais également baisser les dépenses publiques et sociales afin de rendre de l’oxygène au marché privé. Les entreprises ont besoin de liberté de mouvement, donc de dérégulation.

Politiquement parlant, cette histoire de pari pour l’inversion de la courbe du chômage va être dévastatrice pour la majorité socialiste.  Elle a déjà fait beaucoup de dégâts. Mais ces dégâts tiennent aussi  à des erreurs de commandement et de management qui sont impardonnable pour un diplômé de l’ENA et d’HEC.

En effet, François Hollande est passé par l’ENA. Personne n’est parfait. Encore que la formation de l’inspection des finances en matière de finances publiques est assez sophistiquée. Mais le président de la république est aussi passé par HEC. Et là, c’est inquiétant pour l’image de l’école.  La première école de management d’Europe enseigne à ses étudiants  la première règle du commandement d’entreprise : "Tu dis ce que tu fais et tu fais ce que tu as dit . Sinon, tu t’arranges pour trouver une explication crédible".

En d’autres termes, un chef d’entreprise peut faire des promesses à ses salariés, à ses clients, et à ses actionnaires. Mais il doit être capable de les délivrer. S’il ne peut pas, il se tait. Pourquoi en serait-il autrement d’un chef d’État ou de gouvernement ?  Comme le chef d’entreprise, il doit ajuster ses dépenses à ses recettes. Comme un chef d’entreprise, il a des comptes à rendre. Non ?    

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