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Chicago-sur-Seine, avec en prime de l’amiante dans un groupe d’immeubles, ça y ressemble un peu… dans le 12ème arrondissement de Paris
©wikipédia

Paris méconnu

Chicago-sur-Seine, avec en prime de l’amiante dans un groupe d’immeubles, ça y ressemble un peu… dans le 12ème arrondissement de Paris

Dans un gigantesque immeuble du 12ème arrondissement, l’insécurité depuis plusieurs années, est permanente. Aux agressions s’ajoutent des trafics de drogue dans les cursives et escaliers. Pour faire bonne mesure, on a appris que dans ce groupe d’immeubles, soit 519 appartements, il y avait de l’amiante sur l’ensemble des revêtements extérieurs. Ce qui équivaut, en surface, à 5 terrains de football !

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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Ce n’est pas encore Chicago-sur-Seine, mais ça y ressemble un peu…Et si en prime dans ce gigantesque immeuble – propriété et géré par Paris-Habitat- situé rue de Charenton dans le 12ème arrondissement de Paris, on y trouve de l’amiante, voilà de quoi être inquiet. Très inquiet. Du coup, le groupement de locataires –Erard-Charenton- qui regroupe les 519 familles de l’immeuble se mobilisent et ont écrit une lettre à la direction générale de Paris-Habitat. Au moment où ce dernier est déjà secoué par la révélation par Le Parisien-Aujourd ’hui-enFrance des salaires de ses cadres supérieurs – jusqu’à 10 000 euros par mois,  -14 000 pour le directeur général Stéphane Dambrine-voilà qui ne redort pas le blason de cet office  qui a pris la suite de l’Opac de la Ville de Paris. 

L’affaire prend de l’ampleur puisque, lors d’un conseil d’arrondissement qui s’est déroulé le 1 er février, le groupe Les Républicains – la mairie du 12ème a pour édile un socialiste- a dénoncé les risques sanitaires liés à l’amiante, en rappelant que 35 000 personnes en France sont décédées entre 1995 et 2005 en raison de leurs expositions  aux fibres d’amiante. Et le groupe Les Républicains de déplorer vigoureusement que les 519 familles de l’immeuble  n’aient pas été informées précisément de la présence d’amiante. C’est dire que la situation mérite d’être prise au sérieux, nous confie l’un des représentants du groupement de locataires, Alain Lafarge un ancien journaliste, toujours prêt à pourfendre l’atmosphère lourde qui pèse quotidiennement dans l’immeuble. Pourtant, ce 1er février, lors du conseil d’arrondissement du 12ème, le voeu présenté par Valérie Montandon,  vice-président du groupe Les Républicains, conseillère de Paris, a été refusé. Rejeté par la majorité municipale de l’ arrondissement. Ce qui aurait fait dire à Catherine Barrati-Elbaz, maire PS, docteure en biologie : « On n’est pas là pour régler les problèmes de locataires. »

Reprenons. D’abord, l’insécurité, omniprésente dans ce gigantesque immeuble de la rue de Charenton. Depuis plusieurs années, sans que cela ne trouble les autorités de la Ville de Paris, les cursives et escaliers du 7ème étage, notamment du bâtiment B sont devenus des lieux d’aisance, de villégiature, de squats, où des individus totalement étrangers à l’immeuble se livrent, en  toute quiétude, à du trafic de drogue. Et pourtant, au rez-de-chaussée, au pied de l’immeuble est installée une antenne de la 2ème DPJ  !

Entre 2015 et 2016, on a dénombre 24 cambriolages. Ajoutez à cela des agressions violentes contre des locataires, des portes d’accès très souvent en panne,  et quelques graffiti anti -sémites  découverts sur les glaces des ascenseurs, et on ne peut que constater que la vie pour ce millier de gens de l’immeuble est devenue insupportable. Non seulement l’insécurité règne rue de Charenton, mais en plus une autre insécurité est apparue : celle qui concerne la santé, et ce fléau qui porte un nom : amiante. Un fléau  qui est apparu à l’occasion de la réhabilitation de l’immeuble effectué par GTM Bâtiment ( groupe Vinci). Coût des travaux : 13 millions d’euros dont 40% à la charge de la mairie de Paris. Un travail gigantesque qui a démarré  à la mi- 2014. Pour la seule dépose des tuiles amiantées, cela représente 5 terrains de foot-ball ! Preuve encore de l’importance du chantier : on compte 14 Algecos, un Van de décontamination pour les ouvriers qui n’est connecté ni à l’eau ni à l’électricité. Une centaine d’ouvriers sont présents sur le chantier. La plupart vient de l’Europe de l’Est mais également d’Inde, du Pakistan et d’Egypte.

Or, là où est le scandale, c’est que jamais les locataires, lors du démarrage du chantier, n’ont été alertés que les infrastructures  tant extérieures qu’intérieures  contenaient de l’amiante. Heureusement, c’est un locataire récent, Fatima Chakrani, docteure en génétique,  une ancienne du CNRS, de l’INSERM, ayant travaillé aux Etats-Unis, qui s’est inquiétée de la conduite des travaux, tellement ils dégageaient de la poussière tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des appartements. Mme Chakrani a  contacté  la direction territoriale Est de Paris-Habitat. A la question : «  Y-a-t-il de l’amiante dans le groupe d’immeubles ? » , il lui a été répondu, après plusieurs interventions «  Oui, Madame ».

Du côté de GTM-Bâtiment, réponse opposée. En substance : tout est en ordre. De nombreux locataires, consternés par la situation, ont créé  le groupement de locataires -Erard-Charenton-CLCV- pour avoir un statut juridique afin de faire valoir leur droit à l’information retenue par le bailleur. L’occasion de dénoncer aussi la position de l’inspecteur de la Caisse régionale d’assurance-maladie de l’Ile- de- France (Cramif)  puisqu’il laissera entendre à deux représentants du groupement que les « immeubles sont bourrés d’amiante »  et que GTM-Bâtiment « lui aurait menti. »  Alain Lafarge lui a donc adressé des mails, accompagnés  de photos pour l’informer de l’ampleur des poussières, des gravats et des travaux réalisés tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Bref, un scandale sanitaire est peut-être  en train de couver dans le 12ème arrondissement de Paris…

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