Charte FN pour les départements : l’erreur que ne doit pas commettre l’UMP pour éviter le piège qui lui est tendu | Atlantico.fr
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L'UMP doit se détacher de la notion d""UMPS" véhiculée par le FN.
L'UMP doit se détacher de la notion d""UMPS" véhiculée par le FN.
©Reuters

Rejeter l'UMPS

Charte FN pour les départements : l’erreur que ne doit pas commettre l’UMP pour éviter le piège qui lui est tendu

Le FN a dévoilé une charte d'engagement politique pour le département. Celle-ci a pour but de mettre l'UMP face à ses contradictions : soit accepter des éléments de la charte pour obtenir le soutien des électeurs FN, soit la rejeter en bloc et valider ce que Marine le Pen nomme l'UMPS.

Denis  Tillinac

Denis Tillinac

Denis Tillinac est écrivain, éditeur  et journaliste.

Il a dirigé la maison d'édition La Table Ronde de 1992 à 2007. Il est membre de l'Institut Thomas-More. Il fait partie, aux côtés de Claude Michelet, Michel Peyramaure et tant d'autres, de ce qu'il est convenu d'appeler l'École de Brive. Il a publié en 2011 Dictionnaire amoureux du catholicisme.

 

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Atlantico : La charte réaffirme plusieurs thèmes communs du FN et de l'UMP : intransigeance du point de vue de la laïcité, refus de l'augmentation de la fiscalité, lutter contre la fraude sociale, soutenir les entreprises locales… Comment l'UMP peut-elle alors justifier son refus ?

Denis Tillinac : On a observé un peu partout des reports minimum du FN à l'UMP et réciproquement. Il y a un minimum de connivence entre les deux électorats. C'est un phénomène que Sarkozy, en qualité de président de l'UMP, devrait prendre en considération. Je ne trouve pas que ce soit une bonne idée de définir le FN comme un ennemi privilégié. C'est un adversaire, au même titre que le PS. Nous sommes dans un faux ni-ni. On menace d'exclusion immédiate quelqu'un qui ferait le moindre accord avec le FN. Or, lors des législatives partielles du Doubs, Juppé et NKM ont appelé à voter socialiste contre le FN – rompant alors le ni-ni. Je n'ai pas entendu dire qu'ils étaient exclus. Faire du FN son ennemi politique héréditaire est suicidaire pour l'UMP.

Cela valide la thèse de l'UMPS…

La thèse de l'UMPS a déjà été accréditée par l'élection de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne par le PS et l'UMP. Si on laisse entendre que l'UMP, à tout prendre, préfère le PS à l'UMP, surtout dans un pays ou 40% de l'électorat récuse le système violemment, c'est très dangereux.

L'UMP a intérêt à un véritable ni-ni. Mais des ententes locales sur des propositions claires n'ont rien de scandaleuses. Je rappelle quand même que Jean-Pierre Soisson a gouverné la région Bourgogne pendant trois mandats avec des voix du FN, cela n'a pas empêché Mitterrand de le nommer. Jacques Blanc a gouverné le Languedoc-Roussillon pendant trois ou quatre mandats avec les voix du FN de façon revendiquée, ça n'a pas gêné grand monde.

Evidemment Marine Le Pen joue un jeu tactique en les mettant dos au mur. L'UMP doit avoir l'intelligence de ne pas se laisser piéger pour faire plaisir à trois journalistes de gauche indignés qui dénonceront une alliance avec le fascisme. Son électorat est plus près du FN que du PS. D'un autre côté, l'électorat FN préfère voter, à tout prendre, pour l'UMP plutôt que pour le PS. C'est une réalité fondamentale.

L'UMP doit-elle, pour reconquérir une partie de l'électorat populaire, déconstruire la rhétorique du FN sur l'UMPS ?

L'UMP n'a pas dit un mot sur les deux thèmes qui font prospérer le FN : la question des flux migratoires et la question de l'Europe. Or, une grande partie des Français, à tort ou à raison, se sentent dépossédés de leur identité, brimés dans leur sentiment patriotique. Ils pensent aussi que les flux migratoires ne sont pas assez contrôlés et que cela représente un danger pour la concorde civile.

Sur ces deux thèmes, l'électorat UMP réagit à peu près comme le FN. Mais pas les dirigeants. En fait, il y a deux électorats de l'UMP. Le premier constitué du peuple et des classes moyennes (artisan, commerçant, paysan) est très proche du FN. Le second se constitue de cadres sup' branchés sur l'économie monde qui n'ont pas de problèmes de fin de mois ou de travail. C'est une minorité pro-européenne.

Si l'UMP heurte de front son électorat sur ces thèmes et si elle agresse le FN – comme le font les socialistes – des déconvenues sont à prévoir.

L'UMP doit donc renoncer à certaines techniques de diabolisation ?

La diabolisation ne marche plus. On a l'impression que même Hollande y renonce. Il a reçu deux fois Marine Le Pen. Il ne faudrait pas que l'UMP soit la dernière à tomber dans ce panneau grossier. Le FN est un parti comme les autres, il participe aux élections, il n'a jamais contesté le verdict des urnes même quand il lui était défavorable. En cela, le FN est aussi républicain que le PS ou l'UMP.

La frontière entre le FN et l'UMP est donc moins nette que par le passé ?

Il y une frontière politique et stratégique. Marine Le Pen veut la peau de l'UMP et Sarkozy veut la peau du FN. Ce sont des questions de pouvoir. La porosité que les observateurs remarquent entre les deux électorats est une évidence.

Au moins au niveau local, vous considérez que l'UMP a plus intérêt à être élu avec des voix FN plutôt que de se retrouver à gouverner avec le PS ?

Oui, gouverner avec le PS serait une faute politique et morale. Lâcher tous les électeurs qui ne supportent pas l'idéologie socialiste serait très mal vu. Surtout qu'aucun élu cantonal FN n'est en mesure d'accéder à la présidence. S'il y a une négociation raisonnable sur un programme départemental, ça ne me paraît pas attenter à l'ordre républicain.

Voyez-vous se dessiner sur le long terme des alliances concrètes et assumées entre le FN et l'UMP pour des élections locales ?

Soit Marine Le Pen ne réussit pas son pari et elle redescendra à 15-20%, les cadres du FN veulent cette alliance avec l'UMP. Soit Marine Le Pen réussit son pari, elle montra à 40% et marginalisera l'UMP. Sur la durée, on peut envisager la disparition totale de l'un ou de l'autre. Peut-être sous la forme d'un suicide.

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