Ces mesures simples qui pourraient faire que Paris cesse d’être un enfer pour les handicapés | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
France
Paris est une ville réputée pour son manque d’équipements concernant l’accès aux personnes handicapées.
Paris est une ville réputée pour son manque d’équipements concernant l’accès aux personnes handicapées.
©Lacroix-city.fr

Tous ensemble

Ces mesures simples qui pourraient faire que Paris cesse d’être un enfer pour les handicapés

Alors que se déroule actuellement la "semaine pour l'emploi des personnes handicapées", la capitale de notre pays est assez mal adaptée à la vie de ceux qui vivent avec un handicap. Au-delà de l'histoire de la construction de Paris qui est un problème inhérent, notre mentalité sur la question pose tout autant problème.

Daniel Birambeau

Daniel Birambeau

Damien Birambeau est directeur de l'association Jaccede. Fondée en 2006 et reconnue d’intérêt général, Jaccede a créé le premier guide collaboratif gratuit des bonnes adresses accessibles. Alimenté par ses utilisateurs, ce guide disponible sur le web (www.jaccede.com) et en application mobile (Jaccede Mobile sur iphone et android) permet de recenser les lieux par niveau d’accessibilité et de faciliter les déplacements des personnes à mobilité réduite, réduisant ainsi leur isolement en favorisant leur participation à la vie de la cité.

Voir la bio »

Atlantico : Paris est une ville réputée pour son manque d’équipements concernant l’accès aux personnes handicapées : escaliers omniprésents, traditions des petits espaces dans les cafés et les commerces, etc. Est-ce une ville dont l’histoire et la nature géographique posent particulièrement problème ? Existe-t-il des choses qu’on ne pourra jamais améliorer ?

Damien Birambeau : Le problème n’est pas uniquement parisien, il est le même dans de très nombreuses villes européennes qui sont anciennes et qui ont donc été bâties sans prendre la problématique de l’accès aux handicapés en compte. A l’inverse, certaines villes ont eu l’occasion de se moderniser énormément grâce par exemple à des Jeux Olympiques comme à Londres ou pour des raisons moins réjouissantes comme les guerres. Berlin qui a été partiellement détruite a en effet pu être pensée de manière plus moderne et donc plus adaptée aux différents handicaps.

Pour en revenir à Paris, il est clair que tout ne pourra pas être rendu accessible, ou alors cela prendra énormément de temps. Le meilleur exemple étant bien évidemment le métro. En effet, au-delà de la question de descendre, se pose la question de remonter. Celle-ci pose en effet d’importants problèmes de sécurité en cas d’incendie par exemple. Il y a donc eu une véritable politique de la RATP vis-à-vis des handicapés pour les inciter à choisir le bus plutôt que le métro. Les questions de sécurité y sont bien plus simples à résoudre que dans le métro pour des raisons évidentes. J’en reviens à ce que je disais précédemment pour préciser qu’à chaque grands travaux il faut profiter pour moderniser ces équipements comme l’a fait Marseille à l’occasion de la construction de sa nouvelle ligne de tram. La ville a du même coup, rendue accessible aux personnes handicapées la zone alentour.

Que prévoit aujourd’hui la loi tant européenne que française sur les équipements d’accessibilité pour les handicapés ? Qu’impose-t-elle aux villes et aux lieux publics ?

Il n’y a pas d’harmonisation juridique au niveau européen. Il n’y a que EU Disability Action plan qui consiste en une série de recommandations qui découle de l’ONU jusqu’à la France en passant bien sûr par l’Union européenne. Les Etats étant libres de passer par leurs propres systèmes législatifs sur la question, en France, cela a pris la forme de la loi du 12 février 2005  qui à compter du 1er janvier 2015 contraindra les services et établissements publics à être accessibles aux personnes handicapées – au moins partiellement. Les musées doivent par exemple prévoir des « parcours » avec du braille, des accès pour les fauteuils roulants etc.

 

Le problème de Paris se situe toutefois essentiellement dans l’accès aux petits cafés et aux petits commerces qui sont très nombreux. Si on imagine facilement un grand cinéma s’adapter à ces normes, le petit propriétaire de deux salles d’art et d’essais aura nécessairement plus de difficultés à le faire.

 

Comment peut-on alors lutter contre cela ? Cela passe-t-il nécessairement par des solutions financières peu accessibles aux petits commerçants ?

Ce n’est pas uniquement financier, c’est surtout une question de mentalité. Si évidemment investir dans des équipements permanents est une bonne solution, ce n’est pas la seule. Le système D reste le meilleur allié de ceux qui souhaitent rendre accessible aux personnes handicapées leur commerce, leur restaurant ou autre. Une rampe amovible se pose facilement sur deux marches devant une supérette, et il est facile aujourd’hui d’enregistrer son menu de restaurant sur iPhone ou autre pour le rendre disponible aux non-voyants. Notre travail associatif consiste donc à sensibiliser le plus de gens possibles car la problématique va augmentant. En effet, l’évolution démographique de la France (allongement de la vie, babyboomers, NDLR) devrait conduire à ce qu’en 2025 près d’un Français sur quatre souffre d’un handicap. Dans dix ans, il sera donc trop tard pour améliorer les choses.

Au-delà de la question architecturale et historique, la France souffre-t-elle  d’un problème de mentalité sur la question par rapport à ses voisins ?

Oui, c’est clair qu’il y a un manque de culture de l’inclusion des personnes handicapées, particulièrement si l’on se tourne vers les pays nordiques qui dépassent de très loin tout le monde dans le domaine. Difficile toutefois de donner une explication précise du phénomène dont la France est elle-même consciente puisque cela a été pointé dans le dernier rapport de Claire-Louise Campion.

Pour finir, il faut comprendre que le vrai combat n’est pas celui de l’accès à tout et à tout prix mais d’une meilleure inclusion des personnes handicapées dans la vie quotidienne et culturelle. Prenons l’exemple de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris : personne ne réclame d’installer un ascenseur mais pourquoi ne pas installer des écrans pour que les gens en fauteuils roulants puissent en admirer la vue des toits ?

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !