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Ces mauvaises raisons pour lesquelles les inégalités sont moins fortes en Allemagne qu’aux Etats-Unis
©REUTERS/Eduardo Munoz

Trompe-l’oeil

Ces mauvaises raisons pour lesquelles les inégalités sont moins fortes en Allemagne qu’aux Etats-Unis

Selon les travaux de l'économiste Dalia Marin, les inégalités de salaires seraient moins fortes aux Etats-Unis qu'en Allemagne. Elle nous explique pourquoi (et ce n'est pas forcément pour de bonnes raisons...).

Dalia Marin

Dalia Marin

Dalia Marin est détentrice de la chaire d'économie internationale à l'université de Munich. 

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Atlantico : Votre dernier article paru ce jeudi sur le site Vox montre que les ingéalités de salaires sont moins importantes en Allemagne qu'aux Etats-Unis. Pour quelles raisons ? Peut-on affirmer que l'Allemagne délocalise finalement cette question des inégalités ?

Dalia Marin : Au regard de la situation, on peut effectivement affirmer que l'Allemagne délocalise cette question des inégalités. Deux raisons expliquent que les inégalités sont moins importantes en Allemagne qu'aux Etats-Unis. La première réside dans le fait que l'Allemagne a délocalisé ses fonctions managériales en Europe de l'Est, réduisant ainsi de 18% le salaire des managers ces dernières années. A cela s'ajoute le fait que l'Allemagne a également délocalisé les tâches à forte valeur ajoutée dans la chaîne de production, portant ainsi préjudice aux salaires des personnes diplômées de l'enseignement supérieur par rapport à ceux n'ayant qu'un diplôme du secondaire, les premiers ayant été réduits de 40% en l'espace de quelques années. Chacune de ces délocalisations a eu pour effet de réduire la demande allemande en managers et en employés qualifiés, contribuant ainsi à la réduction des inégalités. A l'inverse, les Etats-Unis ont délocalisé les activités de production à faible valeur ajoutée (celles intensives en travail et non en compétences) au Mexique, réduisant ainsi la demande américaine pour les travailleurs non-qualifiés, et donc leurs salaires, phénomène contribuant à l'accroissement des inégalités aux Etats-Unis. 

L'une des caractéristiques du marché du travail allemand réside dans la faible offre de managers familiers avec l'environnement de ce pays. Pourquoi est-il si difficile pour l'Allemagne de recruter des managers ?

Produire une nouvelle génération de managers prend du temps. Le phénomène de la mondialisation est l'une des principales sources d'explication : celle-ci a favorisé l'entrée de firmes étrangères sur le marché allemand - qui ont besoin de managers familiers avec ce marché - tandis que les délocalisations allemandes en Europe de l'Est ont nécessité un besoin accru en managers. Ainsi, la mondialisation a participé à l'augmentation de la demande en managers, alors que l'offre en managers est restée stable à court terme, favorisant alors la hausse de leurs salaires.   

Autant l'Allemagne que les Etats-Unis ont délocalisé leurs activités de production, ces derniers privilégiant la délocalisation des activités à faible valeur ajoutée à l'inverse de l'Allemagne, qui a délocalisé ses activités de production à forte valeur ajoutée. Qu'est-ce que cela révèle des différences structurelles entre les économies allemande et américaine ?  

Encore une fois, la mondialisation est à l'origine des différences structurelles entre les économies allemande et américaine. La situation structurelle est la suivante : l'Allemagne est en pénurie de travailleurs qualifiés tandis que l'Europe de l'Est en est un vrai vivier. Par conséquent, l'Allemagne a favorisé la délocalisation des activités à forte valeur ajoutée en Europe de l'Est. Pour ce qui est des Etats-Unis, ces derniers disposent d'une main d'oeuvre qualifiée nombreuse en comparaison avec le Mexique. Ceci explique que les Etats-Unis ont délocalisé leurs activités de production à faible valeur ajoutée au Mexique. 

Au final, peut-on affirmer que l'Allemagne est moins inégalitaire que les Etats-Unis mais pour de mauvaises raisons ? Quelles solutions devraient être enviagées au regard de la situation allemande ? 

Il est certain que l'Allemagne a su profiter de la concomittance entre la chute du communisme en Europe de l'Est et la mondialisation, cette dernière ayant favorisé la demande en travailleurs qualifiés. La chute du communisme a ainsi permis la constitution d'un vivier de travailleurs qualifiés à disposition en Europe de l'Est, et ce à un faible coût. 

La situation actuelle de l'Allemagne - une offre et une demande en managers faible du fait des délocations de ce type d'activités en Europe de l'Est - aurait pu être évitée par le recrutement de managers étrangers ou bien par celui de femmes managers. Mais cela n'a pas eu lieu. La production allemande s'est mondialisée tandis que les activités managériales sont restées nationales. 

Bien que cela reste hypothétique - et mériterait d'être traité dans un autre sujet - on pourrait envisager que le manque de travailleurs qualifiés en Allemagne - comparativement à d'autres pays européens comme la France, l'Espagne ou l'Italie - finisse par devenir, à long terme, un avantage à partir du moment où la recherche en robotique sera en mesure de produire des robots extrêmement performants, en remplacement des travailleurs qualifiés. 

Propos recueillis par Thomas Sila

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