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Censure à la salle des ventes : 
l'histoire prise en otage
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Triste Histoire

Censure à la salle des ventes : l'histoire prise en otage

"La collection concernée relève par sa nature plus de la morbidité et de la barbarie que de la culture", c'est ce qu'a déclaré le ministre de la Culture pour justifier l'annulation de la vente aux enchères des instruments de torture de Fernand Meyssonnier, l'un des derniers bourreaux de la République française. L’événement devait se dérouler ce mardi à l'Hôtel Rothschild. Censure ?

Stéphane Courtois

Stéphane Courtois

Stéphane Courtois est un historien et universitaire.

Il est directeur de recherche au CNRS (Université de Paris X), professeur à l'Institut Catholique d'Études Supérieures (ICES) de La Roche-sur-Yon, spécialiste de l'histoire des mouvances et des régimes communistes.

On lui doit notamment Le bolchevisme à la française (Fayard - 2010).

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La nouvelle est tombée comme le couperet de la guillotine : la vente aux enchères de la collection de Fernand Meyssonnier, consacrée au thème «Peines et châtiment d’autrefois » et organisée par l’étude bien connue Cornette de Saint Cyr à l'Hôtel Rothschild, est annulée sur pression d’un député socialiste et d’associations militantes. Le ministre de la Culture en personne, Frédéric Mitterrand, se transforme en ministre de la Censure et ordonne d’annuler la vente.

Qu’a donc de scandaleux cette collection ? Forte de 417 pièces, réunie au cours des décennies par Fernand Meyssonnier, elle comprend deux ensembles : d’une part, 228 documents authentiques allant du XVIe au XIXe siècle (édits, certificats, témoignages, mémoires, ouvrages, etc.) concernant les thèmes de la peine de mort, des exécutions, de la torture à caractère « judiciaire » (la « question » dans la procédure criminelle d’Ancien Régime, l’Inquisition, etc.) ; d’autre part, 190 objets d’époque portant sur la même thématique et dont seulement 9 peuvent être qualifiés d’instruments de torture, les autres étant des entraves de diverses catégories (menottes, cabriolets, poucettes, carcans etc.), des épées d’exécution etc.

On s’interroge : comment ces 9 objets peuvent-ils susciter une telle émotion et aboutir à l’annulation d’une vente qui, à voir son catalogue, aura demandé beaucoup de travail historique ? On est d’autant plus surpris qu’en avril 2010 s’est tenue au Musée d’Orsay une superbe exposition intitulée « Crime et châtiment », conçue par Jean Clair de l’Académie française, et dont le catalogue était préfacé par Robert Badinter. Exposition où étaient présentées de nombreuses reproductions d’exécutions capitales ainsi que la guillotine utilisée pour la dernière exécution avant l’abolition de la peine de mort, ce qui n’a suscité aucune critique. Pas plus d’ailleurs que la vente aux enchères en grande pompe à la salle Drouot, le 15 juin 2011 en présence de Lady Gaga et de nombreuses caméras, d’une guillotine des « Armées de la république ». La chose semble d’autant plus grotesque de Fernand Meyssonnier avait fait, dès 1992 dans sa ville, de cette collection un musée ouvert au public sans que cela suscite le moindre remous.

Alors ? Eh bien quelques activistes politiques ont décidé de poursuivre de leur vindicte Fernand Meyssonnier, décédé en 2008, mais qui fut, à la fin des années 1950, le bourreau de la IVe et de la Ve Républiques en Algérie où il a procédé à 198 exécutions judiciaires. C’était au temps où François Mitterrand était ministre de l’Intérieur puis garde des Sceaux et signait les ordres d’exécution…

La France n’est pas malade de son histoire, elle est malade de ces groupes d’activistes qui prennent notre histoire en otage et interdisent le travail des historiens. On a déjà connu en 2005 « l’affaire Petré-Grenouillot » – universitaire reconnu et violemment attaqué à propos du caractère génocidaire de l’esclavage au XVIIIe siècle – , puis en 2008 « l’affaire Gouguenheim » – universitaire reconnu violemment attaqué pour avoir osé écrire que la philosophie grecque avait aussi été transmise à l’Occident du Moyen Age par les moines du Mont Saint-Michel, et pas seulement par les Arabes d’Andalousie –, sans parler de « l’affaire du Livre noir du communisme » en 1997. Et maintenant « l’affaire Meyssonnier ». Va-t-on enfin renvoyer à leur niche idéologique des activistes qui ne représentent qu’eux-mêmes ! Va-t-on laisser des commissaires priseurs faire leur métier ! Va-t-on enfin laisser les historiens travailler librement dans ce pays !

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