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Ce que la France peut attendre de la cohabitation des splendeurs et des misères du macronisme
©ALAIN JOCARD / AFP

Patatra

Ce que la France peut attendre de la cohabitation des splendeurs et des misères du macronisme

Après l’euphorie de l’élection et l’état de grâce des premières semaines d’exercice du pouvoir, doutes et désillusions ont commencé à poindre dans l’opinion publique. Comprendre pourquoi la popularité d’Emmanuel Macron a, semble-t-il, déjà commencé à péricliter suppose d’identifier les ressorts qui ont fait sa victoire. Forces et faiblesses sont intimement liées.

Guillaume Bernard

Guillaume Bernard

Guillaume Bernard, docteur et habilité à diriger des recherches en histoire des institutions et des idées politiques, est maître de conférences à l'ICES (Institut Catholique d'Études Supérieures).

Il enseigne ou a enseigné dans divers autres établissements comme Sciences-Po Paris. Il a rédigé ou codirigé un certain nombre d'ouvrages scientifiques parmi lesquels Dictionnaire de la politique et de l'administration (PUF, 2011) et Introduction à l'histoire du droit et des institutions (Studyrama, 2éd., 2011), ou destinés au grand public, dont L'instruction civique pour les nuls (First, 2e éd., 2015). Il est également l'auteur de La guerre à droite aura bien lieu, (Desclée de Brouwer, 2016).

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François Bert

François Bert

François Bert, saint-cyrien et ancien officier parachutiste à la Légion étrangère, crée en 2011 Edelweiss RH, un cabinet qui diagnostique les personnalités et accompagne les dirigeants au « discernement opérationnel ». Il a écrit en 2016 Le temps des chefs est venu, changer le casting de la politique et vient de publier un roman de management sur la Grande Guerre, Cote 418.

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Emmanuel Macron a réussi la cristallisation d’une grande coalition droite-gauche libérale-libertaire. Il a relevé le gant jeté par le Front national qui dénonçait l’UMPS et fait de ce qui était une faiblesse des « vieux » partis (néo-gaulliste et social-démocrate) de la Ve République (la collusion non assumée) une force pour le sien (le dépassement de la cohabitation par la grande coalition). La stratégie idéologique est parfaitement cohérente, mais une partie de ses électeurs venant de l’un ou l’autre camp n’avaient peut-être pas pleinement conscience de ses conséquences. La pression fiscale sur les classes moyennes (augmentation de la CSG) heurte les uns, le progressisme sociétal (la généralisation de la PMA) en choque d’autres. Grâce à l’image d’optimisme qu’il a su habillement distiller et à un programme tardivement dévoilé, les électeurs ont projeté sur le macronisme leurs propres idées. La distorsion avec celles du vainqueur de la présidentielle et des parlementaires qu’il a fait élire sur sa marque ne peut que s’accroitre au fur et à mesure des décisions prises

En outre, la victoire du macronisme a plus été un succès par défaut (la coalition contre le Front national) que par adhésion (l’habituel phénomène majoritaire s’est réalisé aux législatives par la démobilisation des camps ayant perdu la présidentielle). Les chiffres finaux (66 % au second tour de la présidentielle, plus de 300 députés à l’Assemblée nationale) déforment la réalité de l’état de l’opinion publique. Ils ne tiennent pas compte de l’abstention qui a progressé entre les deux tours de la présidentielle (phénomène exceptionnel) et atteint son plus haut niveau pour les législatives sous la Ve République (plus de 55 % des inscrits, soit vingt-cinq points de plus que dans la décennie 1990). L’approbation explicite du macronisme ne rassemble qu’un quart des suffrages exprimés (lors du premier tour de la présidentielle). Mais, telle la troisième force sous la IVe République, le macronisme compte pour durer sur la largeur de son spectre politique, son positionnement central et l’incapacité de ses opposants à s’allier contre lui. Pourtant, on sait ce qu’il est advenu du régime mis en place en 1946 quand, dans les circonstances d’une guerre civile sur une partie du territoire national, la majorité des Français ont porté leurs suffrages sur des partis qui ne le soutenaient pas. Il est tombé comme un fruit (trop ?) mûr…

Emmanuel Macron a profité du « dégagisme soft » : le désir d’une large part des Français de se débarrasser (un peu à l’aveuglette d’ailleurs et donc parfois avec injustice) d’une partie de la classe politique tout en ne risquant pas ce qui apparaissait, à tort ou à raison, comme un saut dans le vide : l’élection de Marine Le Pen à la magistrature suprême ou l’absence de majorité parlementaire pour le président de la République nouvellement élu (stratégie incohérente et inaudible de LR qui, après avoir appelé avec empressement à voter pour lui, prétendit chercher à lui imposer une cohabitation).

Dans une période d’aggravation et de convergence des crises, les Français ont ressenti le besoin et exprimé le souhait d’un pouvoir ferme. Emmanuel Macron y a initialement répondu par l’énergie de sa jeunesse. Il a incontestablement utilisé le levier monarchique, ne serait-ce que dans la symbolique de son accession au pouvoir, pour tenter de donner un caractère « sacré » à son autorité. Mais ses premiers pas ont montré à quel point celle-ci reposait davantage sur le caractère impérieux de ses caprices que sur une capacité à habiter une vision de long terme. Peu habitué, semble-t-il, à la patience et à la frustration, il n’a manifestement pas les réflexes psychologiques propres à la sagesse. Il se rêve César mais prend déjà le timbre de voix d’un chef de chambrée : il ne discerne pas, il plastronne. Son manque d’épaisseur et d’endurcissement s’est révélé au grand jour. Celui qui est authentiquement chef n’a nul besoin de le dire : il l’est par l’exemple (le père de famille qui élève ses enfants, le capitaine d’industrie qui travaille avec ses collaborateurs, l’officier qui part au combat au-devant de ses hommes).

Plus inquiétant encore est son rapport à la réalité. Comme un petit garçon qui se campe un décor parfait, il semble que ses succès en cascade et l’absence d’autorité dans sa construction lui aient rendu le pire des services : le refus de toute contrariété dans le règne absolu de ses besoins et la sublimation de sa propre image. Snober Donald Trump au sommet de l’OTAN (avant de l’inviter pour le 14 juillet), faire la leçon à Vladimir Poutine en conférence de presse alors qu’il le reçoit à Versailles ou recadrer sèchement et de manière publique le général Pierre de Villiers, c’est s’amuser à un jeu vidéo dont vous êtes le héros mais, cette fois-ci, à haut risque car les acteurs sont réels : les conséquences en sont considérables et potentiellement dramatiques.

Dans le fond, Emmanuel Macron se révèle tout simplement être l’incarnation de ce qu’a été la campagne : le politique (les enjeux civilisationnels) étouffé au profit de la politique (les postures électorales), l’image consacrée au détriment des idées et, a fortiori, de la pratique. Nicolas Sarkozy ne s’y trompe pas quand il dit : « Macron, c’est moi en mieux ». D’ailleurs, la composition du Gouvernement l’illustre parfaitement, à quelques exceptions près. Sous-couvert de recours à la « société civile », elle témoigne de la prédominance de l’énarchie, de la prétention à l’expertise scientifique et à la prétendue neutralité objective de la gouvernance. Elle signale au grand jour le règne de la post-démocratie. Quant aux députés de la majorité, pour beaucoup issus de nulle part, ils pourront donc être, plus encore que d’habitude, une chambre d’enregistrement. Tant il est vrai qu’un pouvoir se sert autant de ceux qu’il respecte que de ceux qu’il méprise.

Le miroir de l’auto-complaisance se fissure. La France sort de sa torpeur. Se réveiller du mirage macroniste risque d’être douloureux.

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