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Gisèle Bundchen censurée : quand les féministes deviennent le bras armé du puritanisme
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Gisèle Bundchen censurée : quand les féministes deviennent le bras armé du puritanisme

Une campagne de publicité mettant en scène la top model brésilienne Gisèle Bundchen en lingerie a été interdite au Brésil. Le combat pour l'égalité des sexes doit-il perdre tout sens de l'humour ou de la mesure ?

Lydia Guirous

Lydia Guirous

Lydia Guirous est essayite, auteure de « Assimilation en finir avec ce tabou français » aux éditions de l’Observatoire et de « Ca n’a rien à voir avec l’Islam ? Face à l’islamisme réveillons-nous » aux éditions Plon, réédition en version augmentée et inédite.

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Suite à la campagne de publicité de la marque de lingerie Hope avec comme égérie l’enfant chérie du pays, Gisèle Bundchen, la censure a frappé au Brésil. Le Ministère des affaires féminines (appellation sexiste …) a interdit cette campagne publicitaire qui selon lui présente la femme comme un objet sexuel.

De quoi s’agit-il ? Il s’agit d’une succession de scènes comiques et relativement ordinaires de la vie de couple. La belle Gisèle annonce à son mari que sa mère va habiter avec eux, une autre fois qu’elle a dépensé en shopping de manière excessive. Jusque là pas de quoi fouetter un chat, ni même une féministe effarouchée. C’est l’effet comique choisi par la marque Hope qui a provoqué l’indignation. En effet, pour se faire pardonner Gisèle préconise de se mettre en sous-vêtements pour mieux faire passer la pilule à son mari. À ce moment, il s’en suit une série de séquences où la belle montre ses jambes interminables …

Que dire de cette publicité et du mouvement de contestation qui l’a accompagnée ? Cette campagne publicitaire n’a rien d’exceptionnellement sulfureux. Il s’agit de la énième campagne où l’on voit un top model dénudée représentant une marque de vêtements. La seule différence est que cette fois-ci, au lieu de suggérer à l’acheteur que le fait d’être belle et en sous-vêtements pouvait donner un avantage sur les hommes, on l’a dit et mis en scène avec Gisèle Bundchen. Les féministes brésiliennes et certaines autres associations dans le monde se sont émues de cette campagne qui selon elles, constitue un recul des grandes avancées que les femmes ont acquises de haute lutte.

Pour elles, le fait de voir une femme se mettre en sous-vêtements et se rendre sexy pour se faire pardonner quelques aléas de la vie quotidienne, est tout simplement inacceptable. Au-delà des analyses un peu clichées que l’on peut faire de ces diverses prises de position, ce qui doit cristalliser la réflexion, est le rapport de force entre les hommes et les femmes dans la société. Or, ce rapport de force, même dans cette publicité, que l’on présente constamment et de manière idéologique au désavantage des femmes, n’est pas si évident…

Tout le monde le sait mais personne n’ose le dire : dans le rapport homme-femme, la séduction et l’attirance physique jouent souvent en faveur des femmes. Certaines d’ailleurs l’ont compris depuis longtemps et n’hésitent pas à en jouer... Toutes les femmes ne sont pas victimes de la domination sexuelle masculine. Toutes les femmes ne sont pas sous la dépendance financière de leur mari. Heureusement, il existe de nombreuses femmes libres et indépendantes et qui aiment être belles, féminines et sexys. Dans cette campagne publicitaire on pourrait aussi dire que c’est Gisèle Bundchen qui a le pouvoir sur son homme, perchée sur ces hauts talons. Une autre lecture de cette publicité pourrait consister à dire : « Regarde chéri, maman va venir habiter à la maison, j’ai cassé la voiture, et dépensé 10.000 euros, mais je suis belle, alors tais-toi… » !

Où est donc la vérité ? La réalité de la vie et des relations homme-femme est plus complexe.

Ce que je cherche à démontrer est simple : le rapport homme-femme est ambigu et délicat. Il relève dans bien des cas de la vie privée et il est difficile d’avoir des prises de position aussi tranchées que les féministes et le gouvernement brésilien.

Pour moi, le plus grave n’est pas de savoir si les hommes dominent les femmes ou si les femmes dominent les hommes. Le plus grave, c’est la moralisation constante de la vie privée par les pouvoirs publics et le mouvement associatif féministe. Nous assistons depuis plusieurs années, notamment en France, à un retour en force de la morale…de la morale que par pudeur certains appellent « morale laïque » mais qui correspond à la bonne vielle morale chrétienne et aux bons vieux principes des pères jésuites.

Quand un gouvernement au nom de principes moraux commence à interdire la liberté d’expression et à s’immiscer dans la vie privée des citoyens et des citoyennes, pour moi, il y a un danger pour la République. Les mouvements féministes de gauche ou altermondialistes rêvent d’une société lissée, asexuée, aseptisée, à l’image d’un bon vieux confessionnal. Le message est le suivant : les hommes ne doivent pas être trop virils et les femmes ne doivent pas être trop féminines. Vive la société asexuée et androgyne !? Et pour réaliser un tel miracle, elles appellent les pouvoirs publics à intervenir dans la vie privée et dans le goût des personnes.

Bien sûr il faut corriger les inégalités homme-femme, les inégalités salariales, la question de la parité en politique, les violences faites aux femmes…Personne ne peut nier ces évidences et tout le monde doit s’engager dans ces combats, les hommes comme les femmes.

En revanche, il faut s’indigner rapidement de cette moralisation, à pas feutrés, de notre société : obligation de nier les différences de genre, contrôle du contenu des programmes scolaires, contrôle de l’humour, contrôle des pratiques sexuelles (campagne Osez le Clito…), contrôle de la répartition des tâches domestiques au sein du couple, …

En cela, les débats de la primaire socialiste ont été relativement édifiants. La moralisation de la société à laquelle ils aspirent ressemble à une croisade qui n’ose déclarer son nom. Les associations féministes qui soutiennent ces mêmes candidats sont naturellement dans le même cheminement intellectuel désastreux.

Pour moi, le lissage des différences de genre, de culture et l’émergence du fantasme d’une « World Community » est stupide et dangereux, car il masque une idéologie puissante et moralisatrice qui a pour ambition d’encadrer la liberté individuelle. Le féminisme ne doit pas être un bras armé de cette idéologie moralisatrice de la société. Il doit rester une idéologie de proposition, d’action, de construction d’une société plus juste et plus équitable.

Alors je l’avoue sans complexe, je préfère voir une France remplie de mini-jupes qu’une France remplie de soutanes ! Vive Gisèle !


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