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Vue du Québec, la campagne présidentielle 2012 paraît bien vide
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Une bien mauvaise campagne

Vue du Québec, la campagne présidentielle 2012 paraît bien vide

Des postures et des slogans plutôt que des projets. La campagne du vide bat son plein, oubliant le sens commun au profit du culte de la personnalité. Petite leçon de savoir-être politique au profit des candidats ...

René Villemure

René Villemure

René Villemure est président de l'Institut Québécois d'Éthique appliquée.

Il a été le premier éthicien au Canada à s’intéresser à la gestion éthique des grandes organisations publiques et privées. Il enseigne la gouvernance éthique au Collège des administrateurs de sociétés de l’Université Laval. il a publié un E-Book Qu'est-ce que la Beauté, en diffusion libre.

 

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Un beau parleur, c’est un homme qui jongle très bien avec des boules vides.

- Jules Renard -

La campagne à l’élection de la présidence de la République est d’un ennui sans nom.  Plus personne, ou presque, ne croit que changer la vie des autres est important pour soi.  L’individualisme des politiciens triomphe.  Le slogan de n’importe lequel des partis pourrait être : « Regardez-moi », sans plus.

Vue d’Amérique, cette campagne est celle du vide.

Les bonnes et souvent dérisoires intentions des partis politiques nous distraient des grandes menaces, des grands enjeux de société bien réels.  La crise économique et le chômage? On n’en parle pas.  « À force de ne pas en parler, ils finiront bien par ne plus nous en parler », semblent penser les politiques français.

À les écouter, il semble que les politiciens n’ont plus de projets, ils n’ont que des postures, des slogans, des clips destinés aux médias qui les relaient sans y ajouter un sens ou une perspective. Il semble, d’ailleurs, que ces slogans tiennent trop souvent la place des idées.

En conséquence, tous l’ont compris, il vaut mieux être télégénique qu’intelligent.

Les chefs des partis sont devenus esclaves des sondages et des médias.  Un observateur, même non aguerri peut remarquer que les politiciens sont plus soucieux  de « ce que les autres diront de ce qu’ils ont dit » que de ce qu’ils auront réellement dit.  Le message ne vise plus le destinataire d’origine, l’électeur, mais bien le messager, le journaliste, qui en devient le destinataire par défaut.Medium is the messsage

C’est à croire que ces politiciens recherchent l’effet sans la cause; qu’ils recherchent les vivats en n’énonçant rien, rien que du vide…. Peu importe, ils n’en sont pas une contradiction près…

Si les dernières années ont une quelconque valeur indicative, il semble que tout ce que désirent les politiciens c’est d’être élu.  C’est tout.  Certes, une fois élu, il faut bien gouverner mais, au fond, ce n’est pas ce qui les passionne.  L’accession au pouvoir et l’usage du pouvoir discrétionnaire est plus enivrant que gouverner…

C’est pourquoi aucun des partis actuels ne se risque à lancer des grands débats d’idées.  Lancer une idée, c’est risquer la confrontation… En conséquence, tout ce qu’on entend c’est l’habituel discours vide de sens sur la « grandeur de la France » ou sur son influence sur l’échiquier international.  Pendant ce temps, outre cette « grandeur » ou cet échiquier international, qu’arrive t-il au pays?  Qu’arrive t-il aux citoyens qui sont soucieux pour la nature, pour la culture, qui sont craintifs quant à leur avenir?  Peu de mots sont avancés à ce sujet.

Au fait, et on le constate depuis le début de la campagne : les politiciens n’expriment leurs idées que lorsqu’ils y sont forcés. Et encore…

Ainsi, force est de constater que nous sommes placés devant un triste fait : aucun des chefs de partis n’ose nous faire rêver.

« Peut-on vivre autrement? » devrait être un enjeu électoral.

Au lieu de cette grande question et de ses possibles réponses, il n’y a que du vide, il n’y a aucune proposition concrète, ou si peu. Il n’y a que du vide et des insultes lancées à la volée.  « Lorsque l’on ne sait plus quoi dire, on crie des noms » dit-on chez-nous.  Eh bien je crois que la campagne présidentielle est arrivée à ce point.

Pendant ce temps, du côté du citoyen on dirait que celui-ci est prêt à abandonner, s’attendant de toute manière à l’être. Sans être fatale, la situation est tout de même grave.

Il est impératif que les citoyens exigent des réponses des politiciens, que les citoyens refusent ce vide intellectuel qui caractérise cette campagne.

Les citoyens français doivent exiger des politiciens qu’ils aillent au-delà des clips de 10 secondes destinés aux médias et des répliques assassines destinées à se faire valoir auprès de leurs propres troupes.  Au fond, il faut exiger des politiciens qu’ils démontrent leur réflexion, qu’ils justifient les raisons pour lesquelles ils devraient être élus au lieu de tenter de démontrer les raisons pour lesquelles leur adversaire ne devrait pas l’être.

L’exercice d’une telle sagesse suppose une certaine réflexion qui va bien au-delà de l’habituel opportunisme et des pensées qui s’énoncent en clips de 10 secondes.  

Pour l’emporter, les candidats devront susciter la passion de connaître, puis cultiver l’étonnement. 

Ce qui constitue, il faut en convenir, une tâche éminemment plus philosophique que le piètre spectacle qui nous est offert quotidiennement par les principaux acteurs de la classe politique. 

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Et si on écoutait vraiment les candidats...
vrais projets politiques derrière les petites phrases

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