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Nicolas Sarkozy peut-il encore espérer redresser la barre ?
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Président sorti ?

Nicolas Sarkozy peut-il encore espérer redresser la barre ?

Après une "semaine Hollande", Nicolas Sarkozy semble avoir un retard difficile à combler. Son intervention télévisée ce dimanche est très attendue, mais peut-elle changer la donne ? Rien n'est moins sûr, selon Philippe Braud et Christian Delporte...

Christian Delporte et Philippe Braud

Christian Delporte et Philippe Braud

Christian Delporte est professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Versailles Saint-Quentin et directeur du Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines.

Philippe Braud est  un politologue français, spécialiste de sociologie politique. Il est professeur des Universités à l'Institut d'Études Politiques de Paris et enseignant-chercheur associé au CEVIPOF (Centre d'Études Politiques de Sciences-Po).

 

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Atlantico : Après une semaine occupée très largement par les interventions médiatiques de François Hollande (meeting au Bourget, propositions détaillées, débat avec Alain Juppé), les sondages le montrent s'envoler en tête au second tour, avec 60% des votes contre 40 % pour Nicolas Sarkozy....N'est-ce pas déjà perdu pour Nicolas Sarkozy ?

Christian Delporte : C’est très mal parti. Notamment parce qu’on est dans la période où les choix se font, où l’électorat se cristallise. Quelque soit l’élection, tout se fixe entre mi janvier et mi février. Parfois avant, comme en 2007, parfois après, comme en 1995. Nicolas Sarkozy le sait très bien, tout comme François Hollande. D’où cette sorte de course actuelle en cette fin de mois de janvier. Celui qui a réussi à poser trois choses gagne : son image, et l’avantage est clairement à Hollande ; le tempo imposé, là encore Hollande est en avance ; et enfin les thèmes, ce qui favorise une fois de plus le candidat socialiste.

L’enjeu pour Nicolas Sarkozy est de reprendre la main en imposant ce qu’il a su faire en 2007, à savoir ces trois éléments. Pour l’image, ce sera difficile, mais il lui reste du moins à reprendre l’ascendant sur le tempo et ses thématiques de campagne. Une émission comme celle de dimanche ne changera rien immédiatement. Mais elle peut être l’occasion pour lui d’imposer ses axes de campagne.

Philippe Braud : Objectivement son échec est une quasi certitude. Les sondages sont trop nombreux et trop convergents dans l’annonce d’une défaite. A 100 jours du scrutin, ce ne sont pas seulement les actuelles intentions de vote qui sont préoccupantes du fait de leur faible niveau, mais aussi la longue persistance d’une image négative dans l’opinion. Si les personnalités qui caracolent avec plus de 60% de « bonnes opinions » auraient bien tort de croire que cela se traduira en votes effectifs, en revanche plus de 60% de mauvaises opinions (Ifop/janvier 2012) constitue un barrage quasi infranchissable.

Selon vous, quelle est donc la clef pour Nicolas Sarkozy ? S’il peut inverser la tendance, pourrait-on aussi envisager qu’il se désiste ?

C.D : Il doit imposer ses vues, surtout dans l’urgence que suscite la crise. Quand on fait un bilan, François Hollande est pour l’instant le seul à avoir proposé de grandes thématiques électorales. François Bayrou n’a pas présenté son programme, à l’instar des autres. Nicolas Sarkozy peut donc avancer des mesures, à condition qu’elles obéissent à deux règles : elles doivent avoir un effet immédiat (la TVA sociale n’est donc pas une idée judicieuse), et en outre les sondages montrent que les Français attendent un plan concret et chiffré pour nous sortir de la crise, qui soit fixé dans une chronologie.

P.B : Nicolas Sarkozy est un remarquable débatteur, et il est parfaitement capable de faire une excellente campagne, à l’instar de celle de 2007. Le problème est que l’opinion publique nourrit très majoritairement à son égard  un sentiment d’exaspération. C’est pourquoi même ses initiatives heureuses (et il y en a eu un certain nombre), même ses succès internationaux (parfaitement enregistrés par la presse anglo-saxonne) sont en France devenus inaudibles pour beaucoup. Il ne suffit pas d’être bon en communication : encore faut-il trouver des yeux qui acceptent de voir, des oreilles qui acceptent d’écouter.

Deux facteurs font prendre de mauvaises décisions. D’abord le fait qu’en matière de vote, il n’y a jamais de certitude absolue. Un événement extraordinaire (par exemple un acte de violence inouï en cours de campagne) peut provoquer un séisme. Il est donc toujours tentant de s’en remettre aux coups de dés du sort. Par ailleurs, une partie de son entourage, pour des raisons variées (l’effet Groupthink par exemple), est sûrement tentée de lui tenir des propos déraisonnablement optimistes...

Lorsqu’on évoque la TVA sociale, cette réforme apparait presque comme un suicide politique. Pourquoi s’acharner sur une telle mesure, qui le dessert tant elle est controversée ?

C.D : Cette mesure inquiète effectivement, et notamment les élus de l’UMP. Ils ont déjà été échaudés entre la présidentielle et les législatives de 2007. Ils avaient perdu un certain nombre de siège sur ce thème. Les Français voient en première ligne non le mécanisme, qui peut aboutir à une situation positive, mais la traduction immédiate, à savoir une hausse de la TVA, et donc une perte de pouvoir d’achat.

Il aurait pu proposer cette réforme il y a quelques mois, mais aujourd’hui, avec l’échéance électorale, elle semble totalement malvenue.

P.B : Comme il s’agit d’une réforme qui tôt ou tard s’imposera, il n’est pas impossible d’y voir l’ultime geste de panache de la part de quelqu’un qui sait qu’il va quitter la scène.

Malgré ce timing mal choisi, Nicolas Sarkozy peut-il s’accrocher à cette idée ?

C.D : C’est ce qui est en train de se passer. Les propos d’Alain Juppé, lors de son débat avec François Hollande, le montrent. En outre Bruno Lemaire évoque aussi une hausse de 2 points de TVA... Tout converge vers l’hypothèse d’une continuation de cette réforme, bien qu’elle soit discutée au sein même de son propre camp.

A quoi peut-on alors s’attendre avec l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy ce dimanche ?

C.D : On observe aujourd’hui une idée de rupture chez Nicolas Sarkozy. Une rupture avec lui-même. Ça ne s’est jamais vu en politique. Il se prépare à la fois à un autre type de politique, mais également à reconnaître une partie de ses erreurs, ou en tout cas à montrer une forme d’humanisation et un désintéressement à l’égard du pouvoir. Il veut montrer une sorte de sacrifice qu’il ferait. L’émission montrera des éléments concrets proposés par Nicolas Sarkozy, mais également une part de lui-même.

C’est très difficile pour un président sortant. En 1988 Mitterrand n’exerçait pas le pouvoir. Il est délicat d’expliquer qu’on va faire autre chose alors qu’on doit dans le même temps assumer un bilan. L’argument est simple : pourquoi ne l’a-t-il pas fait avant ?

Toute la difficulté est d’assumer une politique menée tout en expliquant qu’on va en faire une nouvelle. Ce qui est intéressant est que si on examinait froidement les éléments statistiques, sondages, enquêtes..., la défaite semblerait inéluctable. Mais c’est Nicolas Sarkozy. Il bénéficie d’une image de « magicien de la politique ». On ne sait pas comment, mais on se dit qu’il peut s’en sortir...

P.B : Qu’il soit bon, ce qui est probable, ou qu’il ne le soit pas, de toute façon ce sera insuffisant pour renverser la tendance de l’opinion. Le seul geste qui pourrait offrir de vraies perspectives de victoire à son camp, même s’il vient bien tard, ce serait une annonce spectaculaire qui bouleverserait le jeu : « Je constate que les Français ne me comprennent pas. J’en suis désolé. Mais ma personne ne compte pas. Dans l’intérêt supérieur de la France et des nécessaires réformes à accomplir pour surmonter victorieusement la crise, je décide de me retirer de la compétition en faveur de… X (dont il ferait l’éloge) ».

Ce coup de poker pourrait bien se révéler gagnant s’il se jouait en faveur de son ministre des Affaires étrangères. L’actuel statut  d’Alain Juppé présente l’avantage de lui donner une forte visibilité tout en le dissociant des difficultés d’ordre intérieur. Par ailleurs son expérience gouvernementale lui donnerait un atout maître face à François Hollande dont le manque est son talon d’Achille.

Propos recueillis par Romain de Lacoste

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