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Les bonus confortables des élus de la République
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Indemnités

Les bonus confortables des élus de la République

Dernier ouvrage en forme d'abécédaire de Gilles Gaetner : "La corruption en France". A la lettre C, le journaliste livre un constat accablant sur les indemnités des parlementaires. Extraits 1/2.

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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Cachotteries

Tout le monde connaît la définition de ce mot que l’on emploie fréquemment au pluriel. On le dit d’un élève de collège qui ne dit pas toutes ses notes – celles qui ne sont bonnes – à ses parents. On le dit de quelqu’un qui trahit la confiance de son ami en ne lui révélant pas tel ou tel agissement. On le dit encore d’un homme politique qui agit en catimini, comme s’il avait honte de quelque chose ou avait bénéficié d’un avantage indu. C’est ainsi que pendant des années, députés et sénateurs ont été plutôt cachottiers dès qu’était évoqué le montant de leurs indemnités ou de leurs retraites. C’était motus et bouche cousue.

Le secret gardé pendant des lustres a été finalement éventé au cours de l’été 2011 grâce à Mediapart, le site d’information dirigé par Edwy Plenel, l’ancien directeur de la rédaction du Monde. Prenons le cas des députés. Officiellement leur indemnité mensuelle imposable est de 7 100 euros bruts par mois, sans compter les frais de représentation (autour de 5 000 euros) ou les frais pour recruter un ou deux assistants. Mais si le député exerce une autre fonction, il bénéficie d’un bonus qui peut rendre jaloux ses collègues.

C’est ainsi que le président de l’Assemblée nationale – actuellement Bernard Accoyer, jusqu’aux législatives de juin 2012 – a droit à un complément de 10 224 euros par mois, soit 122 688 euros par an. Accoyer est le mieux loti de tous les élus de la République. Suivent ensuite, loin derrière le président, trois autres privilégiés, les questeurs, qui peuvent compter chaque mois sur une rallonge de 4 927 euros (contre 5 170 au Sénat). Ils ont nom Richard Maillé (UMP), Philippe Briand (UMP) et Marylise Le Branchu, ancienne garde des Sceaux (PS). Gâtés également les six vice-présidents de l’Assemblée nationale, parmi lesquels Élisabeth Guigou (PS), Jean-Christophe Lagarde (Nouveau Centre), Louis Giscard d’Estaing (UMP) ou Catherine Vautrin (UMP). Ils peuvent chaque mois compter sur un bonus de 1 022 euros. Normal : il faut les récompenser de leur excédent de travail lorsqu’ils président les séances dans l’hémicycle. (Au Palais du Luxembourg, un vice-président perçoit deux fois plus.) (…) En tout, chaque année, 35 députés se partagent 600 000 euros.

Au Palais du Luxembourg, les dignitaires sont bien traités, mieux que leurs collègues du Palais-Bourbon. C’est ainsi que les trois questeurs, outre la rallonge mensuelle de 5 170 euros nets, ont droit à une deuxième rallonge d’un montant annuel de 11 600 euros. Mais ils ne la perçoivent pas directement : il s’agit en réalité d’une réserve à leur disposition. Il leur suffit de présenter les factures pour être remboursé. Quant aux huit vice-présidents de la Haute Assemblée, ils reçoivent une rallonge de plus du double de celle des députés : 2 080 euros par mois. Les 17 présidents de commission, de groupe, ou les rapporteurs généraux voient leur indemnité gonflée de 2 080 euros chaque mois. Quant aux 14 secrétaires, ils ont droit à un bonus de 710 euros. Christian Poncelet, le pittoresque et toujours vert sénateur UMP des Vosges, est verni : en tant qu’ancien président du Sénat, il lui est alloué une indemnité complémentaire de 4 230 euros nets par mois. En revanche, il a dû renoncer à l’appartement de 200 mètres carrés situé rue Bonaparte que la questure lui avait attribué en 2002 jusqu’à la fin de son mandat en 2012…

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Extrait de La corruption en France, la République en danger, François Bourin Editeur (15 mars 2012)

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