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ATLANTICO BUSINESS

Bilan du tourisme français : bienvenue à Corona-beach, entre 30 et 45 milliards d’euros de pertes pour la saison 2020

Entre le Covid et la canicule, l’industrie touristique va perdre entre 30 et 40 milliards d’euros. Les Français et les résidents sont restés massivement dans l’Hexagone mais les étrangers ne sont pas venus. Pour l’économie, c’est ruineux. Pour l’environnement c’est désolant.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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A priori, les mouvements écologistes qui prônaient que le Covid était une opportunité pour arrêter les voyages devraient être contents. La saison touristique affichera un bilan qui ne pourra que satisfaire la majorité d’entre eux.

Les Français sont donc massivement partis en vacances mais sont restés dans l’hexagone. Au total, 9 millions de Français qui avaient l‘habitude de se rendre en Espagne, en Italie ou
en Grèce sont restés en France. Quant aux résidents d’origine étrangère, ils n’ont pas pu partir dans leur famille pour cause de coronavirus. Ils sont donc restés, eux aussi, en France et se sont débrouillés comme ils le pouvaient pour trouver un coin de fraicheur. 

Faute d’aller plus au Sud de l’Europe, faute de revenir au pays, toutes ces familles se sont dirigées vers les côtes françaises, la Normandie, la Bretagne, l’Aquitaine, le Languedoc-Roussillon, et la côte d’Azur sans avoir très bien préparer leur déplacement et vérifier si les structures d’accueil existaient.

A l’inverse, les 17 millions de visiteurs étrangers qui viennent ordinairement chez nous sont restés chez eux. Les Américains sont bloqués en Amérique, les Japonais bloqués en Asie, les touristes chinois, coréens, indiens ont complètement disparu...

Plus grave, les Européens du nord, les scandinaves, les allemands se sont faits plus rares. Or, ces vacanciers-là forment le poumon de l’industrie touristique française. Quand ils viennent passer une semaine ou deux, ils dépensent beaucoup d’argent. En moyenne deux à trois fois plus qu’une famille française. D’où le trou de 30 à 40 milliards d’euros qui vamanquer à cette industrie pour qu‘elle redémarre.


Les grands perdants, ce sont les hôtels, et principalement les établissements haut de gamme dont beaucoup sont restés fermés, comme à Paris. Les grands perdants sont dans les centres touristiques et culturels. Le centre de Paris avec ses monuments stars, Versailles, les châteaux de la Loire, le Mont St Michel... 

En revanche, les locations Airbnb sont reparties comme avant, les campings débordent, les gites aussi. Les marchés de produits locaux se vengent certes, mais les MacDonald également. Ils se rattrapent de la période du confinement.

Les écolos peuvent être satisfait, le Covid 19 les a beaucoup aidés à convaincre les Français de rester en France. Le problème, c’est qu‘ils n’imaginaient pas que la France n’était pas équipée pour accueillir autant de monde. La voiture a été plébiscitée non seulement pour voyager et passer d’un lieu à un autre, mais aussi pour dormir. On n’a jamais autant dormi dans les voitures au bord des routes, ou des plages et même en centre-ville. D’où l’augmentation des consommations de carburant, d’où les émissions de Co2 aggravées par la canicule, d’où les problèmes sanitaires et tout simplement d’hygiène. 

Beaucoup de municipalités ont été complètement débordées. Problème d’eau, d’assainissement, de parking, d’approvisionnements. Beaucoup de maires nouvellement élus se sont aperçus que l’application des bonnes intentions écologiques étaient
compliquées. Leurs plages si belles, au sable si fin, sont devenues des terrains de jeux de jour comme de nuit. Bienvenue à Corona-beach. 

L’administration se félicite du retour des Français en vacances, mais s’inquiète gravement pour l’équilibre financier. L’administration espère que la saison va pouvoir se prolonger et accueillir la clientèle du nord de l’Europe. L’administration espère que les Américains ou les Japonais retrouveront leur rond de serviette dans les grands hôtels ou dans les restaurants. Si les Macdo et autres établissements de fastfood vont faire une saison d’été record, les milliers de petits restaurants, les milliers d’hôtels de charme qui ont fait de la France la première destination touristique du monde vont avoir du mal à se redresser

L‘administration espère.... Mais c’est un vœu pieu. La grande inconnue, c’est évidemment le virus. Si la vague de fond qui a propulsé les Français sur les côtes au mois d’aout n’accouche pas d’une deuxième vague de l’épidémie. L’industrie s’en remettra. Mais à voir ces Français qui ont crié d’angoisse pendant le confinement parce qu‘ils n’avaient pas de masques, s’en moquer complètement quand ils descendent à la plage, tout est possible. D’autant que le gouvernement continue d’hésiter à prononcer le caractère obligatoire du port du masque et le flou qui entoure le discours politique n’incite guère à le porter. D’autant que dans la classe politique, les avis sont aussi ambiguës. Y compris chez les écologistes. Peut-être parce que les masques ne sont pas Bio. Pas encore !

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