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Immobilier au Pakistan : pour un million, t'as plus grand chose
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Zone franche

Immobilier au Pakistan : pour un million, t'as plus grand chose

Oussama Ben Laden était-il aussi doué pour la spéculation immobilière que pour le meurtre de masse ? Le mystère reste entier.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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La cause est entendue, Oussama Ben Laden n’a pas passé ces dix années de clandestinité planqué dans une grotte des « zones tribales », un cheikh de son rang ayant tout de même droit, l’âge venant, à un minimum de confort. Pour autant, l’évaluation à un million de dollars par les États-Unis de sa « résidence » de la banlieue d’Abbottabad ferait tiquer n’importe quel stagiaire de chez Century21.

C’est qu’il ne paye pas de mine (anti-personnel ?), ce cube de béton brut aux murs hérissés de barbelés édifié en 2005. Sans piscine ni climatisation, il n’est même pas situé dans la zone la plus chic de cette agglomération de 120 000 habitants ceinturée de casernes et d’écoles militaires. « Ce n’est pas un quartier haut de gamme, juste un quartier moyen », assure d’ailleurs Muhammad Anwar, un agent immobilier du cru interrogé par l'envoyé spécial du Guardian.

Pour ce spécialiste de l’évolution du prix du mètre carré dans le nord-est du Pakistan, la baraque vaut tout au plus 20 millions de roupies, soit 250 000 dollars. Une misère. A Paris, c’est à peine si le barbichu aurait pu s’offrir un grand studio au cinquième sans ascenseur dans le vingtième arrondissement, avec son budget ric-rac.

Bien sûr, on recense pas mal de généraux et autres hauts dignitaires du renseignement pakistanais parmi les voisins immédiats mais ça ne prouve rien quand on connait la médiocrité du niveau de la solde des militaires là-bas comme ici. Qu’on n’aille pas s’étonner si les jeunes gens un peu doués préfèrent faire carrière dans la finance, de nos jours !

Champs de patates et de cannabis

Obtenant d'ailleurs une seconde estimation de la part d’un banquier local habitant lui-même à un tir de mortier du « Ça m’suffit » al-qaedien (il faut toujours au moins deux avis avant de signer, tous les notaires vous le diront), le confrère du Guardian se voit préciser : « Si ça en valait autant, on serait tous multimillionnaires dans le coin. »

De fait, ce qui surprend le plus, c’est le manque de discernement de Ben Laden en matière d’investissement immobilier s’il a effectivement déboursé un million de dollars pour une maison en valant le quart. L’héritier d’une fortune constituée dans le BTP devrait pourtant toucher sa bille dans ce domaine. Moi-même, en découvrant les champs de patates et de cannabis des environs, j’aurais tenté la négo à la baisse.

Encore que : les champs de cannabis, c'est peut-être un plus dans une annonce de l’édition pakistanaise du Particulier  : « A vendre, grande maison d’architecte sur jardin clos de murs. Deux miradors. Proximité héliport et herboristerie médicinale. Travaux à prévoir. »

Non, avant de railler le manque de jugeote du bonhomme, il convient surtout de savoir si, loin de surpayer son home sweet home, il n’a pas au contraire fait la culbute deux ou trois fois depuis un emménagement finalement assez ancien ! Christiane Amanpour, Christine Ockrent des Américains, ne badinait-elle pas à la télé au sujet de cette villa dès 2008 ?

Bah, l’immobilier, c’est comme le terrorisme : si on n’est pas spécialiste, on n’y comprend rien.

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