Sécurité des dépôts bancaires : mythes et réalités | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
La possibilité de rassurer le public en proposant des mesures de garantie des dépôts bancaires fait son chemin en Europe et peut-être même en Allemagne.
La possibilité de rassurer le public en proposant des mesures de garantie des dépôts bancaires fait son chemin en Europe et peut-être même en Allemagne.
©Reuters

Bank run

Sécurité des dépôts bancaires : mythes et réalités

La possibilité de rassurer le public en proposant des mesures de garantie des dépôts bancaires fait son chemin en Europe et peut-être même en Allemagne. Mais y avait-il vraiment un sens pour François Hollande à se solidariser avec les pays aux systèmes bancaires fragilisés plutôt qu'avec les pays sains ?

Bruno Bertez

Bruno Bertez

Bruno Bertez est un des anciens propriétaires de l'Agefi France (l'Agence économique et financière), repris en 1987 par le groupe Expansion sous la houlette de Jean-Louis Servan-Schreiber.

Il est un participant actif du Blog a Lupus, pour lequel il rédige de nombreux articles en économie et finance.

Voir la bio »

La sécurité des dépôts que vous avez dans les banques est l’une des préoccupations majeures en ce moment chez les pays pestiférés. Nous avons expliqué que même ceux qui croyaient ne pas spéculer, en fait, le faisaient, sans le savoir. Ils spéculent sur le fonctionnement ordonné du système bancaire en Europe. Les fuites de capitaux de Grèce, Espagne, Italie, ne sont pas causées par les craintes sur le fonctionnement ordonné du système bancaire, non, elles sont alimentées par la peur d’une sortie de l’euro et la redénomination des dépôts en monnaie nouvelle locale.


Les dépôts bancaires du secteur privé - ménages et entreprises - ont chuté après que le gouvernement grec ait demandé l'aide de l'Europe
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Accessoirement, elles sont alimentées par la peur de répression financière aggravée, blocage des mouvements de capitaux, contrôle des changes, prélèvements sur les soldes créditeurs.

C’est la raison pour laquelle, sans trop en parler, on évoque en Europe la possibilité de rassurer le public en proposant des mesures de garantie des dépôts bancaires pour toute l’Europe. La rumeur a même circulé que l’Allemagne serait pour.

D’abord, une mise au point, il n’y a pas de fuite des capitaux à ce stade en France. Les chiffres ne traduisent pas un déséquilibre des mouvements de capitaux en défaveur de la France, mais simplement un moindre mouvement d’entrées. On se réfugie de moins en moins en France, disons.

Ensuite, disons qu’une telle garantie serait, passez-nous l’expression, bidon. Il y a 16 à 17 trillions de dépôts en Europe et aucune institution, fut-ce la BCE, ne peut faire face à un tel risque. Si on limite à la garantie, c’est encore pire, car on précipite la fuite mécanique des capitaux au-dessus du plafond vers des lieux d’accueil non européens. Par ailleurs, une garantie à laquelle participerait l’Allemagne serait inconstitutionnelle. Enfin, ceux qui disent que seuls certains pays auraient besoin de cette garantie sont des naïfs, les banques étant interconnectées, la perte de confiance dans l’une entrainerait perte de confiance en chaine, même en dehors des frontières, c’est la rançon de la globalisation-financiarisation idiote voulue par les kleptos.

Enfin, et c’est le pire puisque nous sommes dans le domaine de la confiance et que les conditions objectives de la confiance ne sont pas réunies, la crédibilité d’un tel mécanisme serait nulle et, en tant que telle, cela déclencherait le risque contre lequel cela prétendrait protéger.

Tout le monde sait qu’en matière financière les chiffres font toujours boule de neige, on part sur 35 milliards, comme dans le cas de la Grèce, et on est à 350, même chose en cours sur l’Espagne avec des montants déjà hors de toute possibilité européenne et bientôt globale, si on continue à gérer comme des imbéciles. Le trou des banques espagnoles a commencé à 5 milliards, il est monté à 10, il estmaintenant à 95 et les estimations privées crédibles sont à 200.

Dans ces conditions, nous maintenons notre position, les dépôts bancaires sont une spéculation comme les autres, sur les actifs à maturité zéro, c’est à dire la monnaie et leur émetteurs, les banques avec risque de contrepartie et de custody.

Nous maintenons aussi notre position très ferme, au lieu de mutualiser et de faire supporter aux uns les pertes des autres, au lieu de faire du socialisme, il faut faire du capitalisme pur et dur, trancher. Il faut isoler les pestiférés, éviter qu’ils ne contaminent ceux qui résistent à la maladie de la peste, protéger ceux qui sont encore à peu près sains et peuvent s’en sortir.

L’Histoire avec un grand H dira que ce fut l’erreur incroyable, la faute de Hollande et de son entourage d’avoir, pour des raisons politiciennes, choisi de se solidariser des pestiférés alors que la France était encore indemne et pouvait s’en sortir. Mais Hollande se projetait déjà dans l’histoire, il se plaçait déjà dans la perspective d’un nouveau dérapage des finances publiques françaises provoqué par sa politique et le paiement de son élection par des largesses.

La pensée socialiste a un vice fondamental, elle prend parti pour les faibles, les minorités ou supposées telles, elle donne les banlieues en exemple, elles sont l’avenir de la France, on visite les prisons plutôt que Polytechnique au lendemain de l’élection, on s’associe à Rajoy plutôt qu’à Merkel, on étale la déstructuration des familles comme si cela était un bien, on défend le mariage homosexuel et l’adoption et, au même moment, on veut casser le soutien des familles et de la natalité que constitue le quotient familial, etc.

Hélas, la vie est une lutte, la confrontation internationale est sans pitié, surtout en période de crise. C’est chacun pour soi et Dieu pour tous. Nos socialistes veulent remplacer Dieu: Qui veut faire l’ange fait la bête, l’enfer est pavé de bonnes intentions, connaissez-vous la sagesse des nations? Elle ne dit pas que des c…….s. Et ce n’est pas en affaiblissant les forts et encourageant la prolifération, la production systémique de faibles, que la France s’en sortira.

Et dire que Sarkozy avait choisi pour thème : La France forte.

On attend le débat de ses successeurs sur ce thème, ont-ils autre chose en vue que leur petite et médiocre carrière d’apparatchiks avec garde du corps et voitures avec chauffeurs?

Certains s’étonnent de notre virulence à dénoncer la politique qui est menée face à la situation dramatique dans laquelle nous nous trouvons. Notre indignation est fondée sur :

La gravité réelle de la situation, gravité que l’on dissimule dans tous les pays- Le comportement des pseudo élites politiques qui sont responsables de la création de cette situation dans les années 80, que ce soit à droite comme à gauche, mais un peu plus à gauche- Le comportement flagorneur des intellectuels, médias et self déclarés économistes,  rémunérés par les banques- Le scandale que constitue, en cette période électorale française, l’escamotage du vrai seul sujet. Ainsi, le débat devrait être le suivant :

1) acceptez-vous, pour sauver l’euro, leur euro, de continuer à chômer, vous appauvrir, à être déclassés socialement, tondus fiscalement et monétairement 

2) ou bien, acceptez-vous l’autre solution que l’on vous cache, mais qui est la seule alternative, à savoir l’intégration politique sous la houlette allemande, le fédéralisme, c’est-à-dire la perte de souveraineté. En bref, acceptez-vous de devenir les nouveaux Allemands de l’Est- Le fait que ces mêmes pseudo élites qui vous ont conduit à la catastrophe par une machine monétaire infernale continuent de parader, de siéger dans les gouvernements, à la Commission, servent de conseillers occultes, voire de Parrains. Ces mêmes personnes continuent d’être payées, d’abord pour avoir monté la machine infernale, ensuite, pour avoir masqué ses dysfonctionnements, enfin, pour faire semblant de la réparer avec votre argent, sur votre dos et sans chance aucune de succès.

La monnaie unique repose dès le départ sur une erreur intellectuelle, une faute de raisonnement, lesquelles ont été passées sous silence pour des raisons politiques et politiciennes.

Jacques Delors qui se vante maintenant d’avoir dénoncé la faille, the flaw, dans le dispositif et son entourage sont autant, sinon plus coupables que les autres car ils ont été complaisants, comme Mitterrand et Kohl l’ont été par goût de gloriole. Ceux qui étaient au courant et ont laissé faire mérite l’opprobre plus que les autres.

La monnaie unique, il faut oser le dire, était un pari dont il était sûr qu’il serait perdu. Et cela se savait. Oui, cela se savait, cela crevait les yeux. Pas besoin d’être anglo-saxon pour le voir, il suffisait de connaitre les plans, les dispositifs, les mécanismes et surtout les hypothèses cachées, dissimulées aux peuples.

Le pari énorme de ces gens étaient que le dispositif ne serait jamais contesté, qu’il fonctionnerait à l’optimum, tout était conçu pour la perfection, c’était bien un rêve de démiurge, socialiste, dirigiste, constructiviste, aveuglé par ses idéologies de toute puissance, de savoir infini. Un rêve de « monsieur je sais tout », mieux que vous, mieux que Dieu car Dieu c’est moi.

Comme on avait l’illusion que le mécanisme ne serait jamais contesté, au mépris de l’histoire, de l’intelligence et du simple bon sens, rien n’a été prévu pour faire face aux crises, aux contestations de la machine infernale.

Nos grands architectes de l’univers ont cru que parce que, eux, croyaient, tout le monde allait croire, toujours. Ils ont cru qu’ils étaient plus forts que la nature humaine, que l’envie, la paresse, le goût du luxe, ils ont cru aux compétences et à l’honnêteté des hommes politiques. Hélas, ils sont tous les mêmes, les Grecs, les Irlandais, les Espagnols, les Italiens, les Français… prêts à tout pour être élus, prêts à tout pour que cela dure.

L’erreur fondamentale a été de croire que les déficits de balances des paiements des différents Etats allaient cesser d’être importants. La balance des paiements d’un pays,  c’est sa contrainte suprême, c’est l’empêcheur de faire n’importe quoi. Ils ont cru que le recyclage des capitaux privés des pays excédentaires vers les pays déficitaires allait se faire à l’infini, sans problème, sans mise en question de la solvabilité des emprunteurs. Ils ont délibérément joué la carte de la kleptocratie bancaire qui a gagné des fortunes dans ce recyclage de l’épargne des uns, les Allemands, vers le financement des déficits des autres, les pays du Sud. Ils ont volontairement laissé le système bancaire faire des surprofits sur les taux, la convergence des taux, sur l’illusion de la convergence, ils ont laissé faire tout cela sur le dos des peuples, sur le dos des économies productives sans sourciller.

Dès le Grand Rapport, le rapport fondateur de 1990, « One Market, One Money », l’erreur était posée, le rapport disait en substance: les déséquilibres de balances des paiements seront financés par les marchés, sans intervention d’une autorité monétaire; ce postulat n’a pas été analysé, pas été critiqué, pas été contesté! Plus loin, on lisait : l’un des effets de la monnaie unique sera que les contraintes de balance des paiements disparaitront, les marchés privés, les mêmes que ceux contre lesquels on lutte, n’est-ce pas en ce moment, les marchés privés financeront les emprunteurs, les grands équilibres épargne/investissement cesseront d’être des contraintes au niveau national. Bref, le rapport disait, socialiste à un point tel que l’on n’en peut plus: avec la monnaie unique, demain on rase gratis et pour l’éternité.

Le dispositif est ainsi conçu, est-ce bien le mot?  qu’il ne supporte aucune contestation, ni par l’intérieur, la gabegie des gouvernements, ni par l’extérieur, les marchés.

Tout le reste en découle.

Personne n’a remis en question les hypothèses de départ, quand on a vu que les pays trichaient, on a fermé les yeux ; maintenant que la catastrophe est là, on la cache, on dissimule, on tond les citoyens, on les met au chômage, on délite les règles sociales fondamentales, on contrôle, on menace. Le pire est que cela est sans espoir.

On veut pas que vous sachiez que la fuite des capitaux du sud vers le nord et l’imbécile système Target 2 dans lequel l’Allemagne, la Bundesbank, le peuple allemand accumulent les créances irrécouvrables, de ce système, on ne veut surtout pas parler car il est bien pire que tout ce que l’on demande à l’Allemagne et bien plus énorme que les fonds de soutien EFSF, ESM, etc. On ne veut pas envisager que la boule de neige des mouvements de capitaux va continuer, on croit au miracle. On ne veut pas croire que le run des marchés de gros du refinancement des banques, le run sur les obligations bancaires ne fait que précéder le run sur les dépôts.

Une Europe à deux vitesses se dessine entre les pays fortement détenteurs de créances (Allemagne, Pays-Bays...) et les pays débiteurs (Espagne, Italie...) 
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Le trou grec n’est rien, mais il est à la fois rien et tout, grâce à Madame Lagarde, Madame Merkel et autres. D’un problème gérable, bénin, on a voulu faire un exemple, tordre les bras de ces malheureux pour qu’ils montrent aux Espagnols, aux Italiens, aux Français etc. qu’ils avaient intérêt à bien se conduire. Mais le trou grec est devenu fissuré, lézardé dans l’édifice, dans le château de cartes européen, dans le barrage. Les Grecs, comme cela était prévisible, ont renversé le chantage et les Espagnols s’y essaient.


L'aide financière accordée à la Grèce par les premiers et seconds plans de sauvetage, les dépréciations d'actifs acceptées par les institutions financières, et les fonds européens, atteint 380 milliards d'euros soit 177% du PIB du pays (33 600 euros par citoyens)
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)


En cas de défaut complet de la Grèce, les pertes totales de l'Allemagne se chiffreraient à 65,5 milliards d'euros
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

A COMPARER AVEC LE COUT DU GREXIT POUR L'ALLEMAGNE

En cas de défaut complet de la Grèce, les pertes totales pour la France et l'Allemagne pourraient atteindre respectivement 66,4 milliards et 89,8 milliards d'euros si l'on y inclut les pertes des banques centrales
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Source : Eric Dor, Director of research at the IESEG School of Management, Université Catholique de Lille

AUTRE VERSION DU COUT DU GREXIT POUR LALLEMAGNE :

Le coût d'un sauvetage de l'euro (579 milliards d'euro) est bien inférieur à celui d'un éclatement désorganisé (1 310 milliards)
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)
Source Zerohedge

Le trou grec, c’est la preuve concrète, historique, incontournable, que les promoteurs de l’euro avaient tort. C’est le grand feu vert, c’est le maillon faible d’une chaine qui, de toute façon, en comporte beaucoup d’autres.

Il nous revient d’un temps où, en 1981, les socialistes, grisés par leur succès,  annonçaient: nous allons faire tomber des têtes et l’un d’entre eux ajoutait, oui mais il faut dire lesquelles.

Les têtes doivent tomber, de tous côtés, les responsables d’une des plus grandes catastrophes  doivent être punis. Punis avant le doublement du chômage, avant la violence, avant la perte des libertés généralisée.

Publié préalablement sur Le Blog à Lupus

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !