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Cette attaque diffère du mode opératoire habituel de l'EI.
Cette attaque diffère du mode opératoire habituel de l'EI.
©Reuters

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Attentats contre le Hezbollah à Beyrouth : pourquoi cette attaque semble marquer un changement de stratégie de l'Etat islamique

Une journée de deuil national était observée, vendredi 13 novembre au Liban, après le double attentat à la bombe dans un quartier du sud de Beyrouth, qui a fait au moins 43 morts et 239 blessés, selon un dernier bilan officiel. Les deux attaques sont revendiquées par l’organisation djihadiste de l'Etat islamique, et diffèrent du mode opératoire habituel du groupe.

Alain Rodier

Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Son dernier livre : Face à face Téhéran - Riyad. Vers la guerre ?, Histoire et collections, 2018.

 

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Atlantico : L'EI a revendiqué l'attentat du jeudi 12 novembre à Beyrouth qui a causé la mort de plus de quarante personnes. Pourquoi avoir commis cet attentat ?

Alain Rodier : Il est possible que la stratégie de Daesh soit en train de changer. A savoir que, jusqu'à présent, le mouvement salafiste-djihadiste concentrait tous ses efforts sur le front syro-irakien tentant de faire vivre "l'État" qu'il s'efforce de bâtir.

Mais, depuis des semaines, il rencontre de sérieuses difficultés en Syrie puis, maintenant en Irak avec l'offensive lancée par les forces kurdes sur la ville stratégique et symbolique de Sinjar (au nord-ouest). Mener des opérations terroristes à l'étranger (en dehors de son "berceau syro-irakien) peut être une tentative de desserrer l'étau auquel il est soumis et surtout, à faire parler de lui "positivement". Il ne faut pas oublier qu'il est en "compétition" avec Al-Qaida "canal historique" au moins au niveau de la notoriété. C'est important pour lui car il est très dépendant des flux de volontaires étrangers qui viennent renforcer ses rangs. Il convient de ne pas oublier qu'il tente de faire venir à lui les djihadistes et pas d'en envoyer vers l'extérieur.

En quoi cette attaque diffère-t-elle du mode opératoire habituel de l'EI ?

Jusqu'à présent, Daesh n'envoyait pas d'activistes mener des actions à l'extérieur du front syro-irakien si l'on excepte ses "provinces" (wilayat) de Libye, du Sinaï, du Khorasan (Afghanistan-Pakistan-Inde) ou du Nigeria (wilayat de l'Afrique de l'Ouest). D'ailleurs, les deux attentats dirigés contre des touristes en Tunisie (Sousse et le musée du Bardo à Tunis) étaient le fait de la wilayat libyenne. En conséquence, Daesh se félicitait de toutes initiatives individuelles ou collectives venant de quelques adeptes qui décidaient de passer à l'action. De manière à susciter des "vocations", il abreuvait les réseaux sociaux de propagande appelant au meurtre et expliquant les méthodes (généralement simples) à utiliser. La revue DABIQ est assez représentative de cette démarche qui mettait Daesh nettement en avance sur Al-Qaida "canal historique" même si ce mouvement procède de même à travers des publications dont la plus connue est INSPIRE. Mais je rappelle que le dernier attentat structuré survenu en France, celui dirigé contre Charlie Hebdo, était l'oeuvre de la banche yéménite d'Al-Qaida "canal historique". Daesh avait donc, dans ce domaine, un certain retard sur la maison mère.

S'agit-il d'un changement de stratégie de Daesh ? Est-ce lié à sa situation sur le terrain ?

Il est encore un peu tôt pour parler de changement fondamental de stratégie. Si Daesh est bien derrière l'attentat de Charm el-Cheikh (ce qui est plus que probable) et celui de Beyrouth (c'est certain), il est évident que le phénomène risque de se répéter ailleurs. Malheureusement, le proche avenir devrait nous éclairer dans ce domaine. Cela dit, le Hezbollah libanais a déjà été la cible d'attentats terroristes, notamment en 2013/2014. Mais il semble que l'organisation qui était derrière était le bas armé d'Al-Qaida "canal historique" en Syrie, le Front al-Nosra. Il avait alors agi via une extension libanaise d'Al-Qaida : les brigades Abdullah Azzam. On note là une certaine coordination menée depuis le commandement central de la nébuleuse basé à cheval sur la frontière afghano-pakistanaise.

Aujourd'hui, Daesh a décidé de frapper le Hezbollah à domicile pour le punir de sa participation au conflit syrien où plus de 4000 combattants ont été dépêchés pour servir de troupes de choc auprès du régime de Damas. S'il respecte la logique, après les Russes et les Chiites libanais, ce sont les Iraniens qui devraient être visés dans un avenir proche. Al-Qaida "canal historique" avait fait de même en novembre 2013 en s'en prenant à l'ambassade d'Iran à Beyrouth qui avait causé la mort d'au moins 22 personnes.

Quel impact cet attentat peut-il avoir dans le conflit en Irak et Syrie ?

Ces attentats n'auront aucune conséquence sur le théâtre syro-irakien, du moins à court ou moyen terme. Ce n'est pas parce le Hezbollah et les Russes ont été visés qu'ils vont cesser d'intervenir en Syrie. Bien au contraire. Leur motivation risque fort d'être renforcée car ils savent que le nid de vipères s'y trouve et qu'il faut tout faire pour l'éradiquer. C'est plus efficace que de tenter le parer les coups à domicile.

Cela posé, Daesh est loin d'être "fini" en Syrie et en Irak. Le mouvement a d'ailleurs mené des contre-offensives énergiques en Syrie (Alep, nord de Hama, sud de Homs, etc.) et il tient toujours fermement la province d'al-Anbar dans l'ouest de l'Irak. Les quelques revers rencontrés risquent de le rendre complètement enragé. C'est maintenant qu'il risque de se montrer le plus redoutable à l'extérieur. Il y a désormais une course à l'attentat entre Al-Qaida "canal historique" et Daesh.

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