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Allo docteur éco : qui du Royaume-Uni et des autres pays du G7 a les meilleurs performances économiques depuis le Brexit ?
©NIKLAS HALLE'N / AFP

Pas si évident

Allo docteur éco : qui du Royaume-Uni et des autres pays du G7 a les meilleurs performances économiques depuis le Brexit ?

La croissance allemande ralentit et passe de 0.4% à 0.2% tandis que l'économie britannique, supposée s'effondrer, persiste et refuse la récession annoncée.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Atlantico : Que se passe-t-il au Royaume-Uni ? Selon l'OCDE, la croissance britannique au troisième trimestre serait en effet la deuxième plus forte parmi les pays européens du G7, à 2,3% contre 1,4%. Comment ce chiffre peut-il s'expliquer selon vous, alors que de nombreux spécialistes (dont la Banque d'Angleterre) prévoyaient un effondrement de l'économie britannique ? 

Jean-Paul Betbeze : D’abord, commençons par une bonne nouvelle : la reprise du G7 s’accélère  entre le deuxième et le troisième trimestre 2016. Elle passe de 0,3% au deuxième trimestre à 0,6% au troisième. Cette accélération vient surtout des États-Unis (de 0,4% à 0,7%) et du Japon (de 0,2% à 0,5%). L’Europe décélère, notamment en Allemagne, avec une croissance qui passe de 0,4% à 0,2%. L’Allemagne souffre en effet d’un ralentissement de l’investissement et des exportations vers la Chine. La France va à peine mieux, passant de -0,1% à +0,2%, essentiellement du fait d’une augmentation des stocks. 

C’est dans ce contexte que le Royaume-Uni tire, d’une certaine manière, son épingle du jeu. Certes, son économie ralentit, passant de 0,7% de croissance à 0,5% du deuxième au troisième trimestre. Le Brexit joue évidemment un rôle dans ce changement de trajectoire, puisque le RU était parti vers 2,8% de croissance. Mais ce n’est pas un effondrement, comme l’annonçaient certains. En fait, en économie, rien n’est immédiat en matière de croissance, ce sont les indicateurs de marchés qui réagissent le plus et le plus vite. Dans les premiers jours, ils ont fait preuve de panique sur la bourse, puis se sont repris, sur la bourse. En revanche, la baisse de la Livre par rapport au Dollar reste de l’ordre de 13%, tandis que les taux longs remontent à 1,4% soit le double de l’avant Brexit. Nous sommes donc dans une période d’inquiétude et de dévaluation, cette dévaluation étant structurelle puisqu’il s’agit pour le RU de diminuer ses coûts en réduisant les surcharges imputées à l’Europe (à voir) et de développer ses échanges extérieurs, par de nouveaux accords commerciaux avec une Livre plus faible (à faire). 

A très court terme, ce qui se passe est donc très classique : grâce à la dévaluation de la Livre, les exports sont soutenus, les entrepreneurs accélèrent certains programmes d’investissements, tandis que les touristes affluent. Par la suite, l’inflation importée va se manifester (la hausse des prix pour l’an prochain dépasserait 2,5%, sachant que des prévisions sortent à 4%). Les taux d’intérêt à long terme monteront donc encore, pesant sur la croissance. S’il n’est plus question de récession, comme l’avait dit au début la Banque centrale d’Angleterre, il reste que les prévisions sont revues à la baisse vers 1,4% officiellement, contre 2,2% en mars. Pour la suite, tout dépendra évidemment de la croissance de la zone euro et de la tournure des négociations qui pourraient réduire les inquiétudes des entrepreneurs britanniques. 

Au total, le RU n’est pas tombé en récession, bénéficiant des effets de la dévaluation et d’une économie très servicielle, donc assez inerte, dont la composante financière a bien résisté.        

Au regard du détail de l'activité économique du pays pendant cette période, que peut-on imaginer pour la fin de l'année, voire pour 2017 ?

Le ralentissement devrait se poursuivre, étant très sensible à la politique économique interne du RU, notamment la baisse des impôts sur les sociétés et les mesures sociales. Ceci va peser sur le déficit budgétaire, faisant apparaître de façon de plus en plus nette le coût du Brexit, dans l’attente de ses avantages. 

Dans ce contexte, la Banque centrale anglaise ne va évidemment plus pouvoir baisser ses taux à court terme et sera aussi attentiste que possible face à leur remontée. La question de l’évolution du quantitative easing est également ouverte. Mais, plus profondément, compte-tenu de l’inquiétude qui est manifeste chez les entrepreneurs, le tournant des négociations sera décisif. Ceci sera encore plus vrai en matière bancaire et financière. La City souhaite évidemment un soft Brexit, mais il n’est pas sûr que les banquiers et financiers du continent soient d’accord. 

Au total, pendant deux ou trois ans, on peut s’attendre à ce qu’un attentisme prévale. Heureusement, la dévaluation de la Livre aura bien aidé !  

Les taux de croissance des sept principales économies mondiales semblent faibles... Comment l'expliquez-vous ?

Sortir de cette crise ne sera pas une partie de plaisir. C’est une crise financière, économique, technologique, sociale, politique, religieuse et de plus en plus, géopolitique. Ce sont les grandes régions du monde qui voient leurs poids relatifs changer. Grâce à la politique de Donald Trump, on peut imaginer que la croissance américaine va être plus soutenue que prévu pendant les deux années qui viennent, faisant monter d’autant le Dollar et les taux longs. Dans cette même période, les tensions peuvent monter entre États-Unis et Chine d’une part, Russie et Europe d’autre part. De toute manière, le risque mondial est à la hausse, donc les taux longs, ce qui pèsera sur la croissance européenne. 

C’est bien dans ce contexte que se joue le Brexit, non plus seulement comme un rapport entre le RU et l’Union Européenne, mais comme de nouveaux types de discussions sur les accords d’échanges internationaux. Dans les "belles années" qui sont derrière nous, nous sommes en effet passés à des Traités d’échanges de plus en plus complets, binationaux puis multinationaux, puis multi-régionaux. Les crises du CETA puis celles plus graves du NAFTA et du TPP, du fait des États-Unis, ouvrent à une nouvelle forme de croissance internationale où la Chine veut jouer un rôle plus important. Allons-nous vers une guerre des tarifs douaniers (sous l’impulsion des EU) ou une concurrence des accords régionaux (sous l’impulsion de la Chine) ? Les EU protectionnistes et la Chine libre échangiste, on aura tout vu ! 

C’est bien cette nouvelle phase de l’histoire du monde qui peut s’écrire, avec des régions qui commerceraient davantage et qui, de plus en plus, développeraient aussi leur demande interne. Aucun changement de cette envergure ne s’est réalisé sans ralentissement de la croissance. L’essentiel est sa consolidation à moyen et long terme : c’est ce qui se joue actuellement.

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