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Quand Greenpeace 
joue avec les peurs
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EDITORIAL

Alors que la part de la production électrique d’origine nucléaire refait débat depuis le drame de Fukushima, Greenpeace marque les esprits en s’introduisant sur deux sites français, de façon un peu trop "facile" à leur goût.

Alain Renaudin

Alain Renaudin

Alain Renaudin dirige le cabinet "NewCorp Conseil" qu'il a créé, sur la base d'une double expérience en tant que dirigeant d’institut de sondage, l’Ifop, et d’agence de communication au sein de DDB Groupe.

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Ce lundi, des militants de Greenpeace se sont introduits sur le site de la centrale de Nogent-sur-Seine dans l’Aube, et à Cruas en Ardèche. L’opération avait pour objectif de démontrer que la sécurité des sites français n’était pas sans faille, que le nucléaire "sûr" n’existait pas, que des terroristes pourraient eux-aussi accéder à ces sites évidemment hautement sensibles, qui seraient donc aussi, hautement fragiles.

Cécile Duflot, secrétaire générale d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV), reprenant à son compte, et donc cautionnant, cette action aussi démonstrative qu’illégalement citoyenne, expliquait quant à elle que cette incursion "avait fait la démonstration que le risque zéro en matière nucléaire n'existait pas".

Certes, mais là évidemment je vais prendre un risque, celui d’être un citoyen soucieux d’environnement, désireux sans doute comme tout le monde d’énergie propre renouvelable illimitée pour tous, et pas trop chère s’il vous plaît … mais pas d’accord, ni sur le fond ni sur la forme. Il est tellement facile d’être d’accord avec la démonstration faite hier par Greenpeace, des rebelles si politiquement corrects, si médiatiquement efficaces et affûtés. Mais enfin, ça sert à quoi ?

Greenpeace a démontré hier qu’un homme pouvait passer un grillage et se rapprocher d’une centrale, et en tire comme conclusion que les autorités de la sûreté nucléaire s’apprêtent à mentir en janvier dans leur rapport sur la sécurité des sites, et que le nucléaire n’est pas sûr. Mais ce dernier point est tout à fait exact. Oui effectivement, le risque zéro n’existe pas en matière nucléaire, ni en toute autre domaine d’ailleurs, tout le monde sait ça.

Ras-le-bol de ce fantasme du risque zéro en tout. Ce n’est pas un grillage ou une caméra de plus qui empêchera un attentat terroriste. Ce qui empêche un attentat terroriste, c’est l’espionnage, c’est la lutte anti-terroriste, la lutte contre Al-Qaida. Que fait Greenpeace contre Al-Qaida ? Contre la bombe iranienne ? Que fait Greenpeace pour développer les énergies renouvelables ? Pour produire autrement de l'électricité quand la mairie de Paris, socialiste, donc partenaire d'EELV, installe des voitures électriques qui roulent à l'énergie électrique ... nucléaire ?

Que propose Greenpeace ? Autant leurs opérations de dénonciations de telles ou telles pratiques industrielles nuisibles à l’environnement peuvent être bénéfiques lorsqu’elles poussent aux alternatives, autant ici, alerter et angoisser la population sans rien proposer peut paraître quelque peu racoleur. Comme je le dis depuis 10 ans maintenant, le temps n’est plus à la pédagogie du pourquoi mais à celle du comment, n’est plus aux dénonciations ou indignations mais aux propositions.

Oui, même si tout est mis en œuvre, et si tout doit toujours être optimisé, il ne peut être garanti qu’aucun avion ne puisse attaquer une centrale nucléaire, ni aucun missile tiré dont on ne sait où. 

Oui, le risque terroriste existe, sur les centrales comme ailleurs. Greenpeace doit-elle dénoncer demain la protection des grandes nappes phréatiques afin d’éviter des attaques bactériologiques ? Demain un commando dans un centre de traitement de l'eau ? Que faire pour se prémunir, à 100% donc, contre les attaques chimiques, l’arme la plus accessible, la plus facile à fabriquer, notamment ces agents neurotoxiques comme le tabun ou le fameux gaz sarin. Quid des grands modes de transports ? Faut-il demain arrêter les trains parce qu’un militant de Greenpeace aura fait la démonstration avec son téléphone portable qu’il est monté dans un wagon aux heures de pointe avec un sac à dos ? Evidemment la comparaison est exagérée, évidemment "c’est pas comparable", le maître argument passe partout, mais Greenpeace n’a pas le monopole de la provocation et de la caricature après tout.

Alors oui pour dénoncer, oui pour la vigilance critique, oui pour le contre-pouvoir positif, oui pour proposer, oui pour évoluer vers des solutions meilleures, mais ici Greenpeace n’est pas sur le terrain du débat énergétique, Greenpeace ne démontre pas ici son opposition au nucléaire pour des raisons environnementales, Greenpeace ici joue sur la peur, via la mise en scène du risque terroriste, ça NON.

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