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Et s'il fallait accepter
la souffrance au travail ?
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Allô, patron, bobo

Et s'il fallait accepter la souffrance au travail ?

Journée intersyndicale sur la pénibilité au travail ce jeudi 28 avril. Mais pour l'éditeur Brieuc Bénézet travail rime naturellement avec effort. Et cela n'a rien d'anormal...

Brieuc Benezet

Brieuc Benezet

Brieuc Bénézet est directeur général des Éditions Ellipses, maison d'édition spécialisée dans les publications universitaires et les ouvrages de langue.

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Lors du dernier remaniement gouvernemental, "travail" et "santé" furent regroupés au sein du ministère dirigé par Xavier Bertrand. Ce rapprochement met en avant une évolution sensible de l’environnement social en ce début de siècle. Lier travail et santé n’est, en apparence, pas d’une grande nouveauté si l’on se réfère à la maxime bien connue : « le travail, c’est la santé ».

Mais la tendance aujourd’hui va à l’inverse de l’adage populaire et semble plutôt considérer le travail comme une menace pour la santé et le bien-être : les mots de harcèlement, de pénibilité et de souffrance sont ainsi récurrents dans les discours depuis la fin des années 1990 et particulièrement ces dernières années. Ceux de motivation, de satisfaction et d’épanouissement paraissent eux bien difficiles à associer à l’activité professionnelle.

La sacro-sainte « qualité de vie »

Lorsque l’on est employeur, aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de déterminer un poste, des missions et des objectifs clairs pour un employé, il convient également de penser à son bien-être, de veiller à ne pas le contrarier, de lui assurer que son activité ne piétinera pas sa « qualité de vie » (une idée souvent représentée par un pavillon entouré d’un petit jardin dans lequel on peut regarder jouer ses enfants).

Il est ainsi demandé au patron d’être à l’écoute, concerné par les sensations et les désirs de l’employé, quitte à ce que cette attention néglige parfois la hiérarchie et l’ordre nécessairement autoritaires et garants de la bonne marche de l’entreprise. En clair, il faut faire plaisir et s’accommoder des exigences d’un employé qui considère qu’il doit être avant tout heureux et serein dans son travail.

Il semble ainsi que les notions jadis associées au travail telles que la responsabilité, la prise de risque, mais également l’échec et la remise en question ont été remplacées par les termes de pression, de contrainte, de stress et autres vocables du champ lexical de la « pénibilité » : tous ces éléments du vocabulaire moderne associés aux conditions de travail sont autant de mots qui déculpabilisent voire victimisent un employé qui, auparavant, pouvait parfois ne s’en prendre qu’à lui-même en constatant ses faiblesses…

Un travail sans difficulté peut-il rendre heureux ?

Il ne s’agit pas, bien entendu, d’inviter ici à se réjouir du mal-être et de la frustration au travail : il est évidemment plus agréable et profitable pour un employeur de collaborer avec des gens globalement satisfaits et motivés dans leur activité.

Pour autant, cette tendance moderne à considérer que le travail doit s’écarter de toute zone de turbulence et éviter toute difficulté est-elle vraiment compatible avec la réalisation d’un travail bien fait ? Est-elle, allons plus loin, compatible avec la réalisation de soi - et de son bonheur - au travail ?

Car il n’est pas de travail accompli, réussi et satisfaisant qui n’ait demandé à surmonter des difficultés, des hésitations, des moments d’anxiété et des souffrances ; l’échec, lui-même, est une force d’apprentissage et de progrès pour qui sait l’accepter et le comprendre. Face à la tyrannie moderne du bien-être à tout prix au travail, pour se dégager des effets pervers des réflexions – souvent intéressantes – qui entourent l’évolution de notre être au travail, il faut oser réaffirmer la valeur de la difficulté, de la frustration, du risque et de l’échec comme étant des éléments naturellement constitutifs de tout travail, et encore plus naturellement constitutifs de tout travail heureux…

A trop craindre et à trop refuser les souffrances naturelles de l’investissement dans le travail, on arrive à l’effet contraire à nos souhaits : un travail sans goût, sans âme, sans satisfaction.  

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