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D'après une étude publiée dans « The Lancet Planetary Health », les polluants de l’air, de l’eau et des sols sont responsables de 9 millions de morts chaque année dans le monde.
D'après une étude publiée dans « The Lancet Planetary Health », les polluants de l’air, de l’eau et des sols sont responsables de 9 millions de morts chaque année dans le monde.
©SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Solutions viables ?

9 millions de morts par an dus à la pollution. Et combien d’évitées grâce au développement économique…?

D’après une étude publiée dans « The Lancet Planetary Health », les polluants de l’air, de l’eau et des sols causent trois fois plus de morts que la tuberculose, le paludisme et le sida. Un décès sur six (16 %) est attribuable à la pollution, selon les résultats de cette étude.

Pierre  Bentata

Pierre Bentata

Pierre Bentata, Fondateur de Rinzen, cabinet de conseil en économie, il enseigne également à l'ESC Troyes et intervient régulièrement dans la presse économique.

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Atlantico : Selon une étude publiée dans « The Lancet Planetary Health », les polluants de l’air, de l’eau et des sols sont responsables de 9 millions de morts chaque année dans le monde. Même s’il est difficile de le chiffrer avec justesse pouvons-nous estimer, par certains indicateurs, les morts que la croissance économique -et la pollution qui en résulte - permet d’éviter ?

Pierre Bentata : Il existe une littérature, en économie de la santé et en économie de l’environnement, sur le sujet. Bien sûr, on ne peut pas estimer directement ce qu’on a évité. Mais plusieurs études comparatives essaient d’estimer la situation avant et après l’adoption d’un projet de loi, l’apparition d’un changement technique, de croissance économique, etc. Ce que montrent ces études, c’est une réduction du nombre de morts liés à la pollution à mesure des réglementations sur l‘environnement mais aussi du développement économique. Le cas d’école, c’est Londres pendant la Révolution industrielle. Au début de cette période, Londres est invivable. Selon les enquêtes, plus aucune espèce vivante n’habite la Tamise à l’époque, la typhoïde est l’une des causes de mortalité les plus importantes (116 pour 100 000 personnes). Dans une étude du Lancet on observe que 400 morts pour 100 000 personnes étaient liées à la pollution de l’air et des sols en Angleterre. Dans cette dernière enquête du Lancet, c’est 75 morts pour 100 000 habitants. Une étude de l’agence environnementale européenne a observé une baisse, entre les années 1970 et 2010, de 80.000 morts par an sur la période, grâce au développement technique et une réglementation favorable à la baisse des émissions. En Angleterre les émissions sont 50 fois moins importantes aujourd’hui qu’elles ne l’étaient en 1900. Donc le développement économique, par un effet de boucle améliore les choses. Parce qu’il y a un développement technique, il y a moins de pollution, puisqu’il y a moins de pollution, les gens sont en meilleure santé, ils sont donc plus productifs, ce qui contribue au développement économique. C’est un mouvement circulaire qui se renforce. Évidemment, lorsque l’on prend une photo à l’instant T, il y a des morts de la pollution, mais sur le temps long, les perspectives sont différentes.

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Si on ralentissait la croissance économique, aurions-nous moins de morts de la pollution mais potentiellement plus de morts d’autres causes ?  

On peut voir cette question de deux façons. Si on compare les niveaux de développement et la trajectoire des pays, on s’aperçoit que le développement ne nuit pas à la santé. Le top 10 des pays dans lesquels il y a le plus grand nombre de morts de la pollution est uniquement constitué de pays pauvres ou en voie de développement. L’image du bon sauvage qui vit en harmonie avec la nature est fausse. Par ailleurs, si on devait arrêter l’ effet de développement cela signifierait des gens qui vivent moins bien, qui sont moins bien nourris et souffrent de maladies liées à des effets de pauvreté. Est-ce que ce nombre de morts compenserait le nombre de morts évités par la pollution, c’est impossible à dire. En revanche, c’est une question qui ne concernerait que les pays riches. Dans les pays pauvres, il est sûr que ce ne serait pas le cas. Dans les pays où les gens meurent plus car on travaille encore au charbon, que les enfants travaillent, qu’on manque de réglementation sur l’environnement, si on arrête le développement on tombe dans la situation des pays européens préindustrielle. Mais les pays qui souffrent le plus de pollution sont aussi ceux qui souffrent le plus de pauvreté.

Dans cette perspective, comment accueillir les chiffres de The Lancet et les appréhender en termes de politique ?

La première chose est d’accepter que c’est une problématique sanitaire. Pour se demander quoi faire, il faut comparer aux autres politiques de lutte contre les morts prématurées, regarder quelles sont les interventions possibles et voir ce qui est le moins coûteux ou le plus efficace. Surtout, il faut remettre les choses dans une perspective de temps long, au risque de faire des erreurs. Un démographe, controversé mais connu, Michael Shellenberger, observe le niveau de développement des pays et l’impact sur la santé. Ses recommandations, dans le cas de l’Inde par exemple, sont de promouvoir aujourd’hui l’ouverture du maximum d’usines à charbon. C’est contre-intuitif, mais ce qu’il observe c’est qu’à court terme, les effets vont être dramatiques mais que c’est le meilleur moyen pour accéder à une transition économique et démographique et arriver à un niveau de développement satisfaisant. Puisqu’il y a 60 000 personnes en moins qui meurent de la pollution en 10 ans dans 41 pays d’Europe, c’est que nous faisons plutôt les bonnes choses. Selon l’Agence européenne de l’environnement, en 2009, 480 000 personnes mourraient des particules fines en 2009. Elles sont moins de 420 000 en 2018. Il faut donc promouvoir la croissance et le développement pour continuer d’avoir des innovations techniques. Il faut inciter à des innovations pour des technologies moins polluantes ou protectrices et maintenir le niveau d’exigence que l’on a actuellement en matière de pollution. L’Europe est globalement le territoire le plus propre du monde, mais pour cela, il faut réussir à regarder le temps long et ne pas regarder une photo sur un an. C’est la technique qui a permis la situation environnementale. Et on le voit quand on observe les trajectoires. Dans notre cas, elle est bonne. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire de plus, mais il y a un vrai progrès.

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La solution est donc de permettre aux pays pauvres ou en voie de développement d’atteindre le niveau des pays développés ?

Oui. La clé du problème, c’est que les pays qui sont en voie de développement et nous servent d’usines, opèrent une transition économique suffisamment rapide pour que la protection de l’environnement devienne une exigence de la population. Mais cela n'apparaît, empiriquement, que lorsque les gouvernants ont réglé les problèmes matériels : pauvreté, taux d’emploi, etc. Avant cela, c’est politiquement impossible à mettre en place. Le gros du contingent de pollution vient des pays en développement. Ce que doivent faire les pays les plus riches, c'est faciliter leur développement.

L’étude de The Lancet montre que les 9 millions de morts estimés par an est un chiffre stable entre 2015 et 2019. Comment l’expliquer ?

Puisque les chiffres sont stables alors que la démographie augmente, c’est plutôt bon signe. Les chiffres en Europe sont dramatiquement bas. A l’exception des Etats-Unis, tous les pays les plus développés sont aussi ceux dans lesquels il y a le moins de morts. Il y a donc un retard des pays en développement. La solution ne peut donc pas être seulement une baisse de la pollution en Europe, ou une politique de sanctions. Cette deuxième option ne serait pas acceptée dans les pays qui pourtant souffrent le plus de la pollution. Il n’y a qu’une fois suffisamment riche que la population acceptera de prendre des précautions pour sa santé. 

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