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“La France doit redevenir un pays de progrès pour tous” : oui… mais quel est le chemin qui y mène si on se fie à l’expérience des 30 dernières années ?
©CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Du progrès pour tous

“La France doit redevenir un pays de progrès pour tous” : oui… mais quel est le chemin qui y mène si on se fie à l’expérience des 30 dernières années ?

Au lendemain de l'intervention du chef de l'Etat au JT de TF1, dans lequel il a prôné l'idée de "progrès pour tous", il est intéressant de constater que la France est plutôt bonne élève quand il s'agit de la redistribution des richesses. Un État providence auquel souhaite pourtant s'attaquer le président Macron.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Atlantico : Lors de son intervention lors du JT de ​TF1, ce jeudi 12 avril, Emmanuel Macron a pu déclarer​ :"Il ne peut y avoir de politique de redistribution possible si on ne produit pas d'abord. Il faut redevenir un pays de progrès pour tous", "la justice, ce n'est pas une pincée de dépenses sociales en plus". Quels sont les modèles qui pourraient prétendre avoir permis, au cours de ces dernières années, la réalisation d'un "progrès pour tous" ?

Nicolas Goetzmann : En partant de l'idée de "progrès pour tous", on peut se référer à l'évolution des inégalités au cours de ces dernières décennies pour tenter de faire un bilan. Il est déjà intéressant d'observer les données d'avant crise, ce qui permet de comparer les structures économiques des pays dans un cadre de croissance "normale". Selon les chiffres de l'OCDE, et en prenant en compte des pays comme la France, l'Allemagne, les États Unis, ou le Royaume-Uni, on constate que la progression des inégalités a été le mieux maitrisée…en France. Entre le milieu des années 80 et la fin des années 2000, lorsque les revenus du décile supérieur progressaient en moyenne annuelle de 1.3%, les revenus du décile inférieur progressaient de 1.6%. En Allemagne, la progression moyenne du décile inférieur était de 0.1%, contre 1.6% pour le décile supérieur. Reste les déciles supérieurs aux États-Unis (+1.9%) et au Royaume Uni (2.5%) qui dépassent les déciles inférieurs ( 0.5% aux États-Unis, et 0.9% au Royaume Uni).

Donc, quand Emmanuel Macron évoque cette question du progrès pour tous, il est quand même possible de répondre que le modèle français est plutôt bien positionné sur la question de la redistribution des richesses. Le problème n'est pas celui-ci, mais il est dans la capacité du pays à générer de la croissance. Et c'est là que le choc idéologique a lieu. Parce que l'approche d'Emmanuel Macron conduit à vouloir progressivement détricoter le système qui a permis de contenir la progression des inégalités, en pensant que cela permettra de relancer la croissance. Mais cette idée ne tient pas la route ; si la croissance des revenus de l'ensemble de la population  a été faible en France sur la même période (1.2%), elle n'a pas été beaucoup plus forte aux États Unis (1.3%), a été inférieure en Allemagne (0.9%) et par contre plus forte au Royaume Uni (2.1%).

Il faut voir cette notion de progrès au travers de deux volets : un volet qui concerne la croissance, et là nous entrons dans des logiques de politiques macroéconomiques, principalement de politique monétaire -c'est une politique monétaire qui va permettre d'ajuster la croissance d'un pays à son potentiel - puis, il y a un volet redistribution, et dans ce volet-là, la France est bien positionnée. L'économie marche sur deux jambes, le moteur (la politique monétaire), et la structure fiscale qui permet de corriger les inégalités.

​​En quoi l'approche et la politique menées par Emmanuel Macron, depuis le début de son quinquennat peut-elle correspondre à cette idée de progrès pour tous ?

Lorsque l'on regarde les résultats électoraux aux Etats-Unis ou au Royaume Uni, on peut rapidement en arriver à la conclusion qu'une large crise économique non absorbée par des amortisseurs sociaux a pu conduire au résultat connu : de Donald Trump au Brexit. Si l'on regarde le choix fait en France; Emmanuel Macron en lieu et place de Marine Le Pen, on peut se poser la question de savoir si la redistribution française n'a pas permis de contenir le vote contestataire. La victoire d'Emmanuel Macron est ainsi le produit d'un État providence français qui est pourtant attaqué par le Président. Et l'accusation de "président des riches" n'est pas infondée au regard des réformes mises en place. Emmanuel Macron scie la branche qui lui a permis son élection, et ce, sans même essayer de compenser sur le volet croissance déjà évoqué plus haut.

Quelles seraient les solutions permettant de réaliser cet objectif de "progrès pour tous" ? 

La France a sans doute les outils pour lier performance économique et système "inclusif". En permettant par exemple à la Banque centrale européenne de soutenir l'économie avec un objectif de plein emploi, ce qui n'est pas le cas dans l'Europe d'aujourd'hui, le résultat serait déjà une croissance conforme au potentiel du pays, mais aussi une période de rattrapage économique qui permettrait une rapide plus baisse du chômage. De plus, avec la structure de redistribution à la française, les inégalités dans la croissance seraient contenues. Et le paradoxe serait de voir que la réforme monétaire permettrait de faire baisser les niveaux de dépenses publiques par rapport au PIB, uniquement par l'action d'une croissance plus forte. Et ce, sans avoir besoin de recourir au rabot ou aux coupes claires dans les différents services publics.

A l'opposé de cela, Emmanuel Macron ne propose toujours rien sur le volet monétaire européen, et forge son discours sur la nécessité de faire des "efforts". Ce qui ne laisse pas beaucoup d'espoirs de le voir réaliser son objectif de "progrès pour tous".

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