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 L'alternance d'après : y-aura-t-il encore une place pour une opposition qui ne soit pas anti-système après une élection d'Emmanuel Macron ?
©Reuters

Quelle opposition ?

L'alternance d'après : y-aura-t-il encore une place pour une opposition qui ne soit pas anti-système après une élection d'Emmanuel Macron ?

Avec l'éclatement des partis politiques traditionnels, et la montée des groupes antisystèmes, le temps du classique clivage gauche / droite semble de moins en moins d'actualité.

André Bercoff

André Bercoff est journaliste et écrivain. Il est notamment connu pour ses ouvrages publiés sous les pseudonymes Philippe de Commines et Caton.

Il est l'auteur de La chasse au Sarko (Rocher, 2011), Qui choisir (First editions, 2012), de Moi, Président (First editions, 2013) et dernièrement Bernard Tapie, Marine Le Pen, la France et moi : Chronique d'une implosion (First editions, 2014).

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Pierre Bréchon

Pierre Bréchon

Pierre Bréchon est professeur émérite de science politique à l’IEP de Grenoble, chercheur au laboratoire PACTE, directeur honoraire de l’IEP de Grenoble, et auteur notamment de Comportements et attitudes politiques aux Presses universitaires Grenoble. Il a également dirigé l'ouvrage Les élections présidentielles sous la Ve République (Documentation française). 

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Atlantico : si l'avenir politique d'Emmanuel Macron, dans la perspective des législatives, semble encore incertain, il en est de même de la structuration de l'opposition. Alors que la France semble aujourd’hui divisée entre quatre courants se partageant 80% des votants, comment l'opposition pourrait-elle se structurer ? Alors que chaque camp semble se diviser entre ceux qui souhaitent faire perdurer un clivage traditionnel droite-gauche et ceux qui cherchent à incarner une opposition antisystème, quels sont ceux, qui pourraient prendre le "dessus" au cours des prochains mois, au sein de chaque camp ?

André Bercoff : C'est difficile de dire comment va se structurer l'opposition sans les résultats du second tour. Ce qui est certain, c'est que le clivage droite – gauche va s'estomper, sinon disparaître. Dans l'hypothèse d'une victoire d'Emmanuel Macron, tout dépend du score de Marine Le Pen. Si il obtient un pourcentage important de voix, elle incarnera l'opposition de droite. Il faut également compter sur Mélenchon qui, avec France insoumise, effacera certainement le PS en s'imposant comme l'opposition antisystème de gauche. Mais en tout cas, je ne vois pas ces deux-là mélanger leurs votes et leurs étiquettes. 

Pierre Bréchon : Les rapports de force qui structureront l’assemblée ne seront pas identiques à ceux qui ont émergé du premier tour présidentiel. Le mode de scrutin majoritaire utilisé pour les législatives, dans 577 circonscriptions, donne une prime très importante aux forces politiques qui auront noué une alliance électorale en vue du second tour. Comme antérieurement, le Front national sera probablement isolé et devrait donc n’avoir qu’un nombre de députés assez limité sauf si les Républicains éclataient et qu’une partie de leurs élites forment une nouvelle entité passant alliance avec le FN. Ce n’est pas l’hypothèse la plus probable ! La France insoumise aura aussi beaucoup de difficulté à obtenir un résultat  semblable à celui du premier tour et son nombre de députés élus risque d’être très bas, sauf peut-être si un accord de désistement était passé avec le socialistes ou une partie d’entre eux. Donc les principales forces antisystème de la présidentielle – aux extrêmes de l’échiquier politique - risquent de n’avoir qu'un poids restreint dans l’assemblée et dans l’opposition. Le mode de scrutin législatif favorise aussi les forces politiques qui ont des personnalités implantées depuis longtemps dans leurs circonscriptions, donnant ainsi une prime aux partis traditionnels de gouvernement. Le « dégagisme » qui semble fonctionner au niveau national marche jusque-là moins bien au niveau local. Le système partisan est en pleine recomposition et il n’est pas encore possible de bien identifier s’il y aura aux législatives une majorité issue des urnes, ni de quelle couleur politique serait cette majorité. On peut très bien imaginer une majorité de droite et une situation de cohabitation avec le président fraichement élu. On peut aussi imaginer que la majorité devra se construire par coalition entre forces politiques ou sur chaque projet, sans pérennité.

Dans cette logique d'opposition, François Fillon a-t-il fait le bon choix, en appelant immédiatement à voter pour Emmanuel Macron ? L'appel du bureau politique à voter contre Marine Le Pen change-t-il la donne ? Quels sont les scénarios envisageables pour la constitution d'une opposition de droite ? La droite pourra-t-elle se contenter efficacement du clivage droite - gauche, ou est-ce qu'un courant d'opposition antisystème de droite peut être en mesure de mener les débats ?

André Bercoff : Non, je ne pense pas qu'il ait fait le bon choix dans une mesure très simple. Honnêtement, je ne comprends pas que François Fillon appelle immédiatement à voter pour quelqu'un qui fait partie des gens qui l'ont coulé. Appeler spontanément à voter pour son tueur dans la foulée de son échec me paraît relever d'un masochisme ou d'un aveuglement qui ne paraît pas très fort. L'appel du bureau politique à voter contre Marine Le Pen ne changera pas la donne, dans la mesure où, et c'est valable pour tout le monde, je pense que les consignes de vote sont de moins en moins suivies. L'influence des réseaux sociaux et d'internet font que les gens n'écoutent plus les leaders. En plus, et je l'ai ressenti, tout ceux qui ont traité Macron de tous les noms, appellent aujourd'hui à voter pour lui. Ce qui est quand même hallucinant. Ça montre bien la "ruée vers la gamelle" de certains, et je ne sais pas si la majorité des Républicains vont les suivre. C'est évident que la droite ne pourra pas se contenter d'un clivage droite – gauche, puisqu'encore une fois on constate que les parties politiques sont éclatés (on l'a vu sur les primaires). Le PS est en soins palliatifs et les Républicains en coma prolongé. Ils ont besoin de se refaire, et ils ne pourront certainement pas le faire sur les critères qu'ils ont utilisés jusqu'à présent. Il y a toute une recomposition qui est en train de se faire au-delà de l'élection présidentielle, mais dont celle-ci a montré du doigt de façon éclatante. À partir de là, difficile de dire quelle opposition il y aura. On est dans cette période où, comme disait le philosophe italien Gramsi, "quand le vieux n'est pas encore mort, le jeune pas encore né, c'est le temps de la crise". 

Pierre Bréchon : Les Républicains apparaissent très divisés sur la consigne de vote à donner à leurs électeurs. Si certains appellent clairement à voter pour Emmanuel Macron, d’autres ne veulent pas prendre fait et cause pour le représentant d’une tendance qu’ils combattront aux législatives. Le bureau politique – dans une volonté de compromis entre tendances internes – appelle seulement à faire battre Marine Le Pen, laissant donc ouverte la possibilité d’un vote Macron ou blanc, mais pas de s’abstenir : « Face au Front national, l’abstention ne peut être un choix, nous appelons à voter contre Marine Le Pen (…) et nous engagerons dès demain la campagne des législatives avec notre projet d’alternance, le seul capable de redresser la situation de la France ». Le Parti affirme donc se projeter déjà au-delà de la présidentielle et plusieurs déclarations indiquent que ce programme d’alternance est encore à décider et ne saurait être exactement celui de François Fillon pour la présidentielle. Il faudra attendre quand même un peu pour voir se dessiner des propositions éventuellement décalées de celles qu’on a entendues pendant la campagne présidentielle puisque les différentes tendances du parti risquent de ne pas être spontanément d’accord sur les mesures à mettre en avant.

De la même façon, quelle pourrait être l'avenir d'une gauche d'opposition ? Le choix assumé de Jean Luc Mélenchon, de ne pas avoir appelé, ni immédiatement, ni clairement au vote Emmanuel Macron, pourrait-il lui faciliter l'avenir ? Quelle perspective pourrait se présenter au parti socialiste ?

André Bercoff : C'est la même chose que pour gauche. La position de Mélenchon me paraît, contrairement à ce que beaucoup disent, très digne et cohérente. Il dit clairement qu'il ne va pas appeler à voter Macron, après avoir dit tout ce qu'il pensait de lui. Faire barrage au Front National, alors que le front républicain n'a jamais existé si tenté que, ou n'a en tout cas aucun sens. Il y a là aussi un travail à faire sur ce que doit être la gauche en 2017, qui ne peut plus être celle du Programme commun, ni celle de 70. Il y a quelque chose pour la gauche et la droite qui est une denrée rare et périssable, et qu'ils n'ont pas beaucoup utilisée : c'est ce que j'appelle le travail. Il serait temps qu'ils se mettent au boulot, avant de dire n'importe quoi du matin au soir. Il y a un travail de fond à faire, comme il y a eu avec Sanders aux Etats-Unis, ou avec Trump. Il a à reclarifier tout ça, mais cela ne se fera pas, et j'insiste, sans un véritable travail de réflexion. 

Pierre Bréchon : Le discours de Jean-Luc Mélenchon dimanche soir n’était d’un discours provisoire. Ses sympathisants sont consultés à partir d’aujourd’hui sur leur préférence pour le second tour. Et on annonce une prise de position officielle pour la fin de semaine. On comprend bien le dilemme de la France insoumise qui ne peut évidemment soutenir Marine Le Pen mais qui hésite entre l’abstention et le vote pour un candidat libéral très éloigné du discours mélenchoniste. Quand on consulte les sondages sur les intentions de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon pour le 7 mai, on voit qu’environ 10 % disent actuellement avoir l’intention de voter pour Marine Le Pen, exprimant le point de vue minoritaire existant depuis longtemps des « gaucho-lepénistes », mais près d’un sur deux pourraient voter Macron et 40 % s’abstenir ou voter blanc.La perspective pour le Parti socialiste est très sombre. Il sort complètement laminé de l’élection, ses élus se sont opposés fortement pendant la campagne et un nombre important d’entre eux s’est plus ou moins positionné en faveur d’Emmanuel Macron, renonçant à soutenir le candidat de son parti. La scission semble « en voie de construction » entre des députés vallsistes qui pourraient être des soutiens critiques ou des opposants modérés à un président Macron et des « Hamonistes » - le camp des frondeurs – dans une opposition claire, peut-être appuyés aussi par les quelques députés communistes et mélenchonistes.

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