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 L'affaire Kashoggi, un marasme pour la CIA
©Capture d'écran / Amazon

Bonnes feuilles

L'affaire Kashoggi, un marasme pour la CIA

La maison d'édition "Perrin" publie Histoire de la CIA de John Prados. Extrait 2/2

Dans le passé, l’Arabie saoudite a été l’alliée des États-Unis en Afghanistan, au Nicaragua et ailleurs. Riyad ne fait donc finalement que réclamer son dû.

Mais tout cela a pris un tour plus controversé en octobre 2018, avec l’assassinat par des agents saoudiens de Jamal Khashoggi (un Saoudien exilé, résident américain) dans les locaux du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. Le dirigeant turc Recep Tayyip Erdo gan a condamné les Saoudiens et fait diffuser des éléments de preuve concernant l’assassinat de Khashoggi par les barbouzes saoudiens.

Cette affaire Khashoggi a eu des répercussions sur la CIA. Langley a dû se prononcer sur les preuves du meurtre avancées par les Turcs et Gina Haspel, directrice de la CIA, s’est rendue en Turquie (où elle avait déjà travaillé) pour les passer en revue. Le président Trump et son conseiller à la sécurité nationale, John R. Bolton, ont tous deux refusé de voir les éléments avancés par les Turcs. Les analystes de l’Agence auraient déclaré qu’Erdo˘ gan avait raison et que les Saoudiens étaient bien responsables du meurtre. Le président Trump a quant à lui récusé cette possibilité. Le Congrès des États-Unis, moins énamouré de Riyad que le président, s’est globalement rangé derrière ceux qui accusent les Saoudiens, et les commissions du renseignement au Capitole ont demandé que la directrice de la CIA les tienne informés. En totale violation des,  règles constitutionnelles de contrôle et de transparence, le président a refusé que cette dernière réponde à cette demande. En outre, la réaction du président à l’assassinat de Khashoggi a créé entre la Maison Blanche et Langley une tension susceptible de déboucher sur un réel conflit ; les actions entreprises par Trump contre les Anciens montrent qu’il est parfaitement capable d’aller jusque-là.

Il y a un autre point de tension, lié à l’affaire des ingérences russes et au faisceau de preuves et d’accusations qui laissent supposer que la Russie de Vladimir Poutine serait intervenue dans l’élection américaine. Les électeurs français ont également constaté une ingérence russe lors de l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, avec les « Macron Leaks ». Trump a écarté ces accusations d’un revers de main et continue de le faire sans relâche depuis deux ans. Or, Langley a été l’une des sources dans cette affaire. S’il était avéré que la campagne menée par Trump a été appuyée par la Russie de Vladimir Poutine, cela nuirait considérablement à Trump. En janvier 2019, date à laquelle j’écris ces lignes, l’affaire russe continue d’être un point sensible pour le président Trump. Le scandale, jamais très loin, constituerait une excuse toute trouvée pour un affrontement en bonne et due forme entre Trump et la CIA.

La CIA a débuté sa plongée dans les ténèbres à un moment particulièrement traumatisant pour les Américains. Les agents de Langley ont laissé l’ignorance et la soif de revanche polluer leur approche du véritable espionnage. Ses agents les plus extrêmes ont accusé les autres de manquer de patriotisme. À partir de ce moment-là, la première des priorités consistait à ne plus rendre de comptes à personne. Cette attitude a transformé la CIA en « moulin à papier » générant des communiqués fallacieux sur ses succès tout en diffusant des arguments spécieux visant à contourner les lois et à fixer les règles des éventuelles enquêtes à son sujet. La CIA s’est mise à comploter et est passée maîtresse dans l’art de l’obstruction à la justice, du parjure, de la manipulation des règles du secret, des assignations bidon, de la surveillance de ses superviseurs au Congrès, etc.

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