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Paroles de député : "Enculé de ta race, fils de pute !"
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Conversations de salon…

Paroles de député : "Enculé de ta race, fils de pute !"

Certes, tous les parlementaires ne s’expriment pas comme ça. Mais certains d’entre eux, oui : ils sont en phase avec le langage de leurs électeurs.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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La vidéo est sur le site du Monde. Et donc c’est du sérieux. On y voit, dans le noir, des individus échanger des insultes et même quelques coups. Mais les journalistes du Monde ont fait ce qu’il fallait faire pour éclaircir cette sombre histoire. Le principal protagoniste de cette altercation s’appelle Razzy Hammadi. Il est député PS, élu du 9-3, dans la circonscription de Bagnolet-Montreuil. Et donc on l’entend dire à une personne non identifiée : "Enculé de ta race, fils de pute !" Et quelques instants plus tard, très en colère : "Je vais revenir avec toutes les cités de Montreuil !"

Razzy Hammadi ne conteste ni les images ni les mots. Mais il précise qu’étant agressé par des "voyous", il a eu peur. Et c’est pourquoi il s’est exprimé ainsi. D’après moi, on n’a pas idée de se promener dans la nuit à Montreuil. Ça craint ! Mais quand on est un élu du cru, toutes les audaces sont permises. Car le député en question est là-bas chez lui. Tellement chez lui que, comme le montre la vidéo, il envisage une expédition punitive en battant le rappel des cités qui lui sont acquises. Il sera donc, tôt ou tard, vengé.

M. Hammadi parle comme parlent ses électeurs. On dit souvent que nos parlementaires sont éloignés de ceux qui les ont élus. Qu’ils ne comprennent pas leurs préoccupations. Que, douillettement installés au palais Bourbon, ils ne parlent pas la même langue qu’eux. Tel n’est pas le cas de M. Hammadi. Et on peut être certain que les mots qu’il a prononcés vont notablement augmenter sa popularité dans sa circonscription.

Si M. Hammadi avait été député du 16e ou de Neuilly, il aurait dit à ses interlocuteurs : "Messieurs, veuillez avoir l’extrême obligeance de modérer vos propos." S’il avait fait l’ENA, il aurait plutôt dit : "Le litige qu’il y a entre nous devrait être réglé par la commission paritaire du vivre ensemble." Mais son parcours a été différent. Et c’est pourquoi il dit : "enculé de ta race".

L’affaire est a priori anecdotique. Mais Le Monde a jugé bon de lui donner une dimension certaine. Il n’en demeure pas moins qu’elle s’inscrit dans la sphère de la vie privée de M. Hammadi. Une vidéo tournée à son insu, tout comme les photos de Closer ont été prises à l’insu de François Hollande. La vie des hommes politiques est – on le voit – semée d’embûches. C’est pourquoi, et contre son gré, M. Hammadi est dorénavant admis à jouer dans la cour des grands. Il rejoint Hortefeux et son célèbre : "Un Arabe ça va, mais quand y en a plus…" Il accompagne Sarkozy et son non moins célèbre "Casse-toi, pov con !" C’est flatteur.

Mais il va, comme les deux susnommés, au-devant de quelques ennuis. M. Hammadi, un des chefs de file de l’aile gauche du PS, a applaudi des deux mains à la suppression du mot "race" de la Constitution. Mais il ne peut ignorer que le délit d’insulte raciale n’a pas disparu pour autant. À supposer que l’individu visé par son "enculé de ta race" soit noir et porte plainte, malheur à M. Hammadi ! Toutefois, connaissant un peu Montreuil et ses cités, sa réélection ne devrait quand même pas faire de doute.

A lire du même auteur : Le gauchisme, maladie sénile du communisme, Benoît Rayski, (Atlantico éditions), 2013. Vous pouvez acheter ce livre sur Atlantico Editions.

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