« Pacte pour l'euro » : la zone euro prend enfin sa défense au sérieux | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
« Pacte pour l'euro » : la zone euro prend enfin sa défense au sérieux
©

Zone franche

« Pacte pour l'euro » : la zone euro prend enfin sa défense au sérieux

Pour sortir de la crise, la zone euro joue les cartes de la bonne gouvernance et de la solidarité interne. La zone franc, de son côté…

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

Voir la bio »

Ça n’aura bientôt plus beaucoup d’importance pour nous ― la quasi présidente Le Pen prévoyant de ressusciter le franc dès 2012 ― mais c’est tout de même un sérieux pas en avant pour nos amis de la zone euro…

Les 17 membres du club (je nous inclus encore dans la liste par habitude) sont en effet tombés d’accord, dans la nuit de vendredi à samedi, sur un renforcement du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF). Cette cagnotte, jusqu’à présent plafonnée à 250 milliards d’euros, s’élèvera désormais à 440 milliards ― ce qui permet d’en rattraper pas mal par la culotte, des Irlande, des Grèce ou des Portugal en déconfiture…

D’autant plus qu’en 2013, elle sera rebaptisée Mécanisme Européen de Stabilité (MES) et dotée d’un pécule de 500 milliards (soit une dizaine de Carlos Slim, douze Bill Gates ou dix-huit Bernard Arnault si ça vous parle davantage).

Mais ce n’est pas tout : il a également été décidé de revoir à la baisse les taux auxquels les Etats-membres en difficulté ont déjà emprunté à l’Union pour passer l'hiver. Attention, tous les fils prodigues ne sont pas logés à la même enseigne : l’Irlande, qui persévère dans sa stratégie de dumping fiscal, continuera à rembourser davantage que la Grèce, qui passe pour une bonne élève même si les agences de notation financière ont du mal à le percevoir.

De surcroit, le fonds sera autorisé à racheter directement la dette de ces pays, ce qui n’a peut-être l’air de rien mais revient tout de même à la transformer en une dette européenne

Contreparties de « bonne gestion » et de compétitivité

En fait, et c’est la principale raison de se réjouir de ce « Pacte pour l’euro » si l’on est partisan de la création d’un « gouvernement économique de la zone », il s'accompagne de nombreuses contreparties « de bonne gestion » et de stimulation de la compétitivité ou de l'emploi.

On parle ainsi du durcissement des « stress tests » mesurant la solidité des banques, mais surtout d’un ensemble de mesures de coordination budgétaire et fiscale des Etats : réformes des systèmes de retraite pour tenir compte de l’allongement de la durée de la vie, hausse des salaires indexées sur la hausse de la productivité, baisse de la fiscalité pesant sur les rémunérations, promotion de la « flexisécurité » sur le marché du travail, etc.

On s’en doute tout le monde n’accueille pas ces derniers éléments avec bienveillance, y compris parmi les avocats traditionnels de la convergence économique. A Bruxelles, la Confédération Européenne des Travailleurs, l’organisation qui fédère les syndicats nationaux, s’inquiète d'ailleurs d’un pacte qui « forcera les États membres à entrer dans une spirale compétitive vers le bas en matière de salaires et de conditions de travail » et « enfonce encore davantage l’économie dans la déflation et la dépression ».

Et à Paris, c’est Martine Aubry qui dénonce ces mesures susceptibles « d'ajouter la crise à la crise » en « imposant une austérité massive ».

Mais de son côté, Berlin demande s’il est raisonnable d’espérer emprunter à des taux allemands avec une économie aussi dégradée que celle du Portugal, la convergence des politiques économiques passant nécessairement par un assainissement des finances publiques dans l’ensemble de la zone euro…

Bah, on le sait, tout ça ne nous concerne plus vraiment et les contreparties d'une Europe qui joue les FMI ne s’appliqueront évidemment pas à l’unique membre de la future zone franc ! Reste à savoir si, lorsque nous aurons plongé sous le poids d’une dette libellée en euros, vu nos exportations s’écrouler en réponse à notre nouvelle stratégie protectionniste et que nous hésiterons à dévaluer une dixième fois, le vrai FMI se montrera plus complaisant.

Espérons alors que DSK soit resté à Washington : il sera peut-être plus gentil avec nous qu’un inconnu.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !