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Les vacances "solidaires" sont à la mode.
Les vacances "solidaires" sont à la mode.
©Reuters

Revue de blogs

Vacances "solidaires" : comment taper sur les nerfs des pauvres

La mode est à l'engagement et à la réservation de vacances "solidaires". Mais sur le Web, les critiques se multiplient autour de l'engouement pour le bénévolat humanitaire et la bonne conscience occidentale.

Rafia Zakaria, une journaliste pakistanaise doctorante en sciences politiques et spécialiste du développement a lancé dans une tribune publiée par le site d'Al Jazeera et aussitôt reproduite par des dizaines de blogs sur l'humanitaire un sujet qui couve depuis quelques temps autour de la coopération avec le Sud.

Il serait peut-être temps de contrôler la bonne conscience béate qui entoure le "tourisme humanitaire" et les programmes de volontariat international, ou encore les "vacances solidaires". Des expériences extrêmement formatrices, certes, pour les riches Occidentaux, étudiants ou retraités et qui épongent bien la soif générale actuelle de bien faire. Elle sont aussi extrêmement intéressantes pour les ONG et programmes d'aide sans grands moyens qui y trouvent une main d’œuvre abondante et bienvenue car gratuite.

Rafia Zakaria n'y va pas par quatre chemins :  "La demande en pleine explosion de vacances altruistes nourrit le complexe humanitaro-industriel du sauveur-blanc." Et : "Non, ce n'est pas trop demander que de demander aux touristes occidentaux de savoir ce qui peut aider avant de devenir une plaie, celle du touriste blanc".

Voici son coup de gueule :

"L'été approche, et beaucoup d'Américains (Nldr : et d'Européens ), des étudiants, des retraités et d'autres personnes qui se trouvent à un tournant de leur vie vont faire ce choix, à la recherche d'une expérience qui les fasse évoluer. Une industrie existe pour répondre à ces besoins : le business des volontouristes (...). La ruée vers les pays plus pauvres, en apparence, que le sien, est une ruée vers un échappatoire à ses propres problèmes très occidentaux : la simplicité imaginée des problèmes des autres (pays) contraste avec le poids intangible des problèmes des sociétés post industrielles. Les pays occidentaux sont plein de personnes bien nourries mais souffrant de maux moins visibles, comme la désintégration des communautés et le délitement des relations humaines face aux possibilités de choix infinies. Les problèmes de la consommation maniaque et d'un investissement sans répit dans la carrière ne sont pas des problèmes qui inspirent la pitié, comme les bidonvilles en ruines et des enfants mendiants. Dans ce paysage, devenir un volontaire représente une échappatoire, une rencontre rare avec une authenticité qui fait cruellement défaut, des difficultés qui sont vraiment palpables, ressenties physiquement... Le tout pour un prix modique."

Elle cite les effets pervers relevés dans des études universitaires, comme le business des orphelins du sida en Afrique du Sud, qui tire profit du flot d'Occidentaux venus pour quelques semaines s'occuper d'orphelins dans des institutions et écarte les employés locaux, la déstabilisation des enfants qui changent de "volontouristes" tous les mois dans différentes institutions qui ont beaucoup recours aux bénévoles. Ou encore un autre cas à Bali où il existerait "une industrie naissante de l'orphelinat pour servir les volontouristes qui souhaitent aider les enfants. Les enfants déménagent à l'orphelinat une ou deux fois par an, quand les touristes visitent l'ile, car ils sont prêts à payer pour leur éducation. Ces enfants travaillent comme orphelins principalement parce que leurs parents n'ont pas les moyens de les envoyer à l'école. (...) La demande des volontaristes pour des orphelins crée une industrie qui leur fournit ces enfants. Quand l'aide extérieure cesse, les faux orphelins retournent dans la rue mendier." Sans oublier les catastrophiques "missions de sauvetage" envoyées du monde entier en Haïti après le séisme.

L'Afrique, en particulier, est la cible privilégiée de l'attendrissement de commande. Les Africains n'en peuvent plus de ce rôle de mendiant universel et les volontaires scandinaves non plus. L'argent des pays du nord est quand meme bien utile, mais les stéréotypes pleurnichards ne le sont plus du tout. Effaré par les campagnes de levées de fonds qu'on voit en Europe et aux USA, ils ont créé les prix "Radiateur rouillé", le championnat des stéréotypes véhiculés par les spots publicitaires pour les ONG, et créé leur propre vidéo : "Sauvons l'Afrique, la cata".

Lets Save Africa- Gone wrong, vidéo satirique des volontaires de l'ONG norvégienne SAIH

Dans le même esprit "Nous n'en pouvons plus des riches du Nord", le photographe Jolipunk est parti d'une réflexion d'un "local" exaspéré d'être sans cesse mitraillé par les touristes pour son aspect exotique et a ouvert un blog grinçant de photos, Fucking Tourist, où chaque personne photographiée fait un doigt d'honneur symbolique aux barbares bien intentionnés du Nord.

 

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