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Euphémisation sanglante

Salah Abdeslam : un assassin par idéologie peut-il vraiment n'être qu'un "p'tit con" ?

Du statut de "loups solitaires", les djihadistes sont passés à celui d'analphabètes naïfs et manipulés à la limite de l’irresponsabilité. C'est assez dérangeant.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Je ne sais pas si Salah Abdeslam est, comme l'assure son avocat belge, un "p'tit con à l'intelligence de cendrier vide et à l'abyssale vacuité", mais je trouve la formule assez malheureuse. Et si "p'tit con", dans mon glossaire personnel, désigne assez bien le lycéen cagoulé qui combat le capitalisme en s'en prenant à des lampadaires ou à des conteneurs à ordures pendant les vacances de Pâques, il qualifie plutôt mal l'organisateur du mitraillage de centaines de personnes dans les rues de Paris.

En fait, ce qui me turlupine, c'est le portrait devenu standard du djihadiste français ou belge en pauvre gars un peu fruste, mystérieusement passé de la délinquance à la décapitation d'apostat et que la minceur de son bagage théologique empêcherait d'être une authentique crapule au service d'une idéologie criminelle.

Juste un p'tit con, quoi. D'accord, un p'tit con qui ferait d'énormes conneries et se laisserait manipuler par de plus gros poissons, mais juste un p'tit con tout de même...

Que ni Abdeslam, ni les Kouachi, ni Merah, ni Nemmouche, ni Ghlam, ni aucun de ces types désormais trop nombreux pour que les apaiseurs se risquent encore à parler de "loups solitaires", ne soient des spécialistes des ressorts du conflit chiite/sunnite, qu'aucun d'entre eux n'ait usé ses fonds de culotte sur les bancs de l'université al-Azhar et ne puisse débattre d'égal à égal avec Tariq Ramadan d'un article controversé de la charia, c'est un fait. Mais que leur responsabilité d'individus conscients et dotés d'un libre arbitre puisse être relativisée par leur bêtise présumée et leur manque de culture théorique finit par être gonflant.

S'interroge-t-on sur le niveau d'étude et la compréhension fine des enjeux géopolitiques de l'hitlérisme des volontaires SS ou des tortionnaires d'Auschwitz ? Les historiens du génocide cambodgien dédouanent-ils la piétaille Khmer-Rouge au motif qu'elle n'avait pas toujours lu Mao dans le texte ? Les soutiens du stalinisme, du pinochisme, du salazarisme ou du franquisme n'étaient-ils qu'une bande de pieds-nickelés ballottés par les événements ? Existe-t-il un doctorat de salopard sanguinaire sans la possession duquel un porteur de ceinture d'explosifs n'est plus que le jouet d'événements qui le dépassent ?

Abdeslam (et les autres avec lui) est un terroriste qui massacre par conviction et choix idéologique. Il n'est peut-être pas bien malin par ailleurs, ni le meilleur connaisseur des subtilités coraniques, mais un "p'tit con", comme le premier lycéen cagoulé venu, non, vraiment pas.

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