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Révolutions arabes : une onde 
de choc pour Nicolas Sarkozy ?
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Révolutions arabes : une onde de choc pour Nicolas Sarkozy ?

Élément nouveau dans les sondages : Marine Le Pen attaque le cœur de l'électorat UMP. 7% des électeurs 2007 de Nicolas Sarkozy penchaient pour Marine Le Pen en octobre dernier ; 11% à la mi-janvier et 18% désormais.

Guillaume Peltier

Guillaume Peltier

Guillaume Peltier est député de Loir-et-Cher et vice-président délégué des Républicains. Il a été professeur d'histoire-géographie, chef d'entreprise et porte-parole de Nicolas Sarkozy.

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Pensez vous que le Président ait pu se sentir menacé par des mouvements nouveaux dans les sondages de ces dernières semaines ?

Guillaume Peltier : C’est sans doute l’une des principales raisons de l’intervention présidentielle radiotélévisée de dimanche dernier : depuis quelques semaines, les sondages d’intentions de vote pour 2012 s’affolaient. Avec un phénomène très nouveau depuis le début du quinquennat : la poussée de Marine Le Pen qui flirte avec les 20% d’intentions de vote dans tous les instituts de sondage ; dans le dernier SOFRES pour le Nouvel Observateur du 24 février dernier, la nouvelle Présidente du Front National récolte au premier tour entre 17% et 19% des intentions de vote selon la personnalité du candidat socialiste (+3,5 points à +4,5 points par rapport à la vague précédente).
Plus inquiétant pour la majorité présidentielle, si l’on en croit les mesures récentes de l’IFOP, ce sont les électeurs de Nicolas Sarkozy de 2007 qui décrocheraient sensiblement depuis quatre mois : 7% des électeurs 2007 de l’actuel hôte de l’Elysée penchaient pour Marine Le Pen en octobre dernier ; 11% à la mi-janvier et 18% il y a quelques jours !

Jérôme Fourquet : Trois mois à peine après un remaniement annoncé longtemps à l’avance et qui visait à solder l’épisode Woerth, l’exécutif s’est de nouveau trouvé confronté à une crise du même type. On avait vendu à l’opinion une équipe resserrée, faite de personnalités solides et expérimentées pour la campagne électorale 2012. Avec l’affaire  Michèle Alliot-Marie, c’est retour à la case départ. Dans le dernier baromètre de popularité IFOP/ Paris Match, cette carte maîtresse de Nicolas Sarkozy auprès de l’électorat de droite grâce à son image de sérieux perdait 18 points. La nécessité de gérer rapidement le problème posé par MAM a précipité l’annonce présidentielle. Mais il y a clairement eu un effet cumulatif avec une actualité internationale perçue comme anxiogène par les Français. Dans un sondage Ifop pour Dimanche Ouest France, 81% d’entre eux jugeaient ainsi probable une augmentation des flux migratoires en provenance de la rive sud de la Méditerranée et au total les révolutions  arabes suscitaient de la crainte à 49 % de nos compatriotes et de l’enthousiasme à 40 %.


Et dans ce contexte, en affirmant à la fois qu’elle se réjouissait des révolutions arabes à titre personnel mais qu’elle s’en inquiétait en tant que responsable politique Marine Le Pen a développé un discours qui s’est révélé en phase avec l’opinion d’une majorité de Français.


Pour qui Marine Le Pen devient-elle la candidate la plus dangereuse?


GP : Conséquence immédiate des chiffres évoqués plus haut : l’érosion du socle UMP avec un Nicolas Sarkozy qui passe sous la barre des 25% d’intentions de vote au premier tour de l’élection présidentielle dans la plupart des cas de figure. Toujours selon le dernier SOFRES/Nouvel Observateur, le Président sortant pâtit de cette progression de Marine Le Pen, perdant entre 1 et 3 points au premier tour. Il serait nettement distancé par Dominique Strauss-Kahn (21% contre 29%) et se trouverait à égalité avec Martine Aubry (24% chacun) et François Hollande (23% contre 22%), devançant toutefois Ségolène Royal (24% contre 19%).


JF : En tous cas, le fait marquant de ces dernières semaines, c’est qu’elle est désormais clairement dangereuse aussi pour Nicolas Sarkozy. On peut imaginer que le débat sur l’islam et la laïcité est une volonté de parer la menace Marine Le Pen et de sécuriser l’électorat 2007 de Nicolas Sarkozy, dont une partie est aujourd’hui déçue.



Mais pourquoi prendre la parole sur ces sujets de politique internationale alors?


GP : Tout d’abord, fait assez rare dans cet exercice présidentiel, Nicolas Sarkozy a mêlé  politique étrangère et politique intérieure ! Pour une raison simple : ce sont les Français qui font l’amalgame ! Dans toutes les enquêtes d’opinion, nos compatriotes voient le printemps arabe plutôt comme un motif d’inquiétude : comme l’a indiqué Jérôme dans le dernier sondage IFOP pour Dimanche Ouest France, si 40% y voient plutôt un signe d’espoir, l’inquiétude est également très vive puisque 49% des personnes interrogées ressentent plutôt de la crainte.


JF : Il y avait nécessité pour l’exécutif de contrer les arguments de Marine Le Pen qui répète depuis des mois que le gouvernement se contente de mots et n’est pas à la hauteur pour gérer la question des flux migratoires. Avec les révolutions arabes, ce besoin de crédibilité auprès des Français est devenu encore plus grand.
De fait, ce remaniement a fait sortir Michèle Alliot-Marie du gouvernement mais aussi Brice Hortefeux, ce qui est passé beaucoup plus inaperçu. Le remplacement de Brice Hortefeux vise notamment à présenter une équipe en ordre de bataille face à l’anticipation d’arrivées d’immigrants.



Quelles sont les lignes de partage sur la perception des révolutions arabes ? Jeunes, âgés, catégories populaires, droite/ gauche etc … ?


L’enthousiasme suscité  par « la Révolution de jasmin » est plus présent dans la jeunesse alors que la crainte augmente avec l’âge (38% parmi les 18-24 ans contre 53% chez les 35 ans et plus). Le regard porté sur ces évènements varie également selon la proximité politique. Si l’espoir l’emporte sur la crainte (51% contre 40%) dans l’électorat de gauche, l’inquiétude est majoritaire dans les rangs de l’UMP (61% contre 30%)  et domine largement parmi les sympathisants du FN (64% contre 14%).
Plus surprenant encore, les images des milliers de clandestins tunisiens arrivant sur l’île italienne de Lampedusa ont semble-t-il fortement marqué les esprits ! Ainsi, 81% de nos compatriotes jugent probable l’augmentation des flux migratoires, nettement devant l’instauration de régimes démocratiques par exemple. Les Français anticipent ainsi, eux-mêmes et avant le Président de la République, des conséquences de politique intérieure à des événements à vocation internationale…



Dans quelle mesure un remaniement est-il de nature à rassurer les Français sur ce sujet ? Les sondages montrent-ils l’attente d’une autre politique ?


GP : Première étape, semble t-il : les Français attendaient une parole forte de la part du Président même si la gauche a sans doute raison de dire que Nicolas Sarkozy a subi cette crise internationale en raison de l’affaiblissement très fort de Michèle Alliot-Marie dans l’opinion qui avait perdu entre 12 et 18 points de cote de popularité en un mois ; Il était donc temps de passer à la deuxième étape en remaniant car MAM affaiblissait toute la parole gouvernementale, y compris auprès des sympathisants UMP. Nicolas Sarkozy en a profité pour essayer de rassurer les Français en insistant sur le régalien (Quai d’Orsay, Défense, Intérieur) et en liant printemps arabe et flux migratoires. Et dans ce remaniement, la promotion d’Alain Juppé est, en elle-même, une victoire du Président qui rassemble son camp, promeut une personnalité gaulliste appréciée des Français et estimée sur la scène internationale. Le dernier sondage Harris Interactive pour RTL et le Parisien montre que 55% des Français ont confiance en Alain Juppé, dont 85% à droite et 52% à gauche. Mais le grand défi demeure pour l’Elysée : plus qu’une autre politique, les Français attendent des résultats forts et concrets !


JF : L’impératif pour Nicolas Sarkozy était de mettre un terme à l’hémorragie suscitée par le cumul entre une situation internationale inquiétante et une crise politique intérieure. Difficile de miser sur un rebond immédiat dans ces circonstances même s’il y a un clivage très net se fait jour entre les catégories de population. La masse des catégories populaires a suivi les affaires de Michèle Alliot-Marie de manière assez distante. L’ex ministre des affaires étrangères a été « punie », ça peut suffire pour que les populations concernées tournent la page. Reste à voir comment sera perçu le nouveau gouvernement face aux inquiétudes potentielles des Français relativement aux révolutions arabes.

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