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Aux confins de l’horlogerie, de la science-fiction et du design contemporain, le style Terminator fait pulser les « heures fluidiques » dans la tradition des Memento Mori de la Renaissance…
Aux confins de l’horlogerie, de la science-fiction et du design contemporain, le style Terminator fait pulser les « heures fluidiques » dans la tradition des Memento Mori de la Renaissance…
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Quand Terminator oublie les minutes, quand le calendrier sonne pour 2,2 millions d’euros et quand la Lune cligne des yeux : c’est l’actualité des montres

Mais aussi une pastille de météorite lunaire pour le Français oublié par les Suisses, la sagesse sportive d’un grand collectionneur et le contrôle au poignet de votre activité physique…

Grégory Pons

Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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HYT : Le Terminator a compris qu’il pouvait se passer des aiguilles…

En débarquant sur la Terre pour tuer Sarah Connor, l’assassin cybernétique Terminator ne savait pas que les humains inventeraient un jour – trente ans tout juste après son retour vers le passé (1984) – une montre à son image. C’est à coup sûr pour réparer cette lacune du scénario que les ingénieurs hydromécaniciens de la maison HYT ont imaginé cette Skull issue d’une faille spatio-temporelle dans l’histoire horlogère. Les heures sont indiquées par la course d’un fluide sanglant à l’intérieurd’un capillaire : les « heures fluidiques » sont la spécialité de ces créateurs. Pas de minutes : le Terminator n’en a pas besoin. Il se contente d’afficher, dans son œil gauche, la précision du battement des secondes qui s’écoulent, pulsées par les micro-pompes ( !) du mouvement mécanique. La luminosité de l’œil droit indique la réserve de marche de la montre (explications dans la vidéo ci-dessous). Est-ce le temps qui nous regarde ou nous qui regardons le temps passer ?Quand il aura besoin de s’offrir une telle montre, le robot Terminator se flattera des 50 000 dollars qu’on lui demandera pour un tel défi au temps, mais, manque de chance, il a égaré sa carte de crédit en 2029, quelque part dans le laboratoire du futur où il est né…

LOUIS MOINET : C’est un fragment de la Lune qui guide l’étoile du temps…

Qui se souvient que le Français Louis Moinet a été un des plus grands horlogers de la première moitié du XIXe siècle, inventeur génial (on lui doit le premier chronographe digne de ce nom, ainsi qu’une montre dont le mouvement battait 100 fois plus vite que ceux de l’époque) et compagnon d’atelier du grand Breguet ? On avait gommé ce créateur français de la grande histoire de l’horlogerie, généralement écrite par des Suisses ! Une jeune marque indépendante lui rend hommage, avec des montres qui témoignent du meilleur des beaux-arts de la montre classique : ce tourbillon Vertalor est très intelligemment architecturé et parfaitement équilibré entre les exigences de la mécanique et de l’esthétique. Au centre du cadran, sur l’axe des aiguilles, une pastille de météorite lunaire : comme les grands horlogers de son temps, Louis Moinet était un passionné d’astronomie – ce qui rappelle l’aiguille des secondes en forme d’étoile, à 6 h. Toute la décoration est travaillée pour capter et renvoyer une lumière qui sculpte chaque arête de la montre pour en exprimer la structure. Une belle preuve de maturité pour la maison Louis Moinet et un magnifique compromis entre l’audace graphique et la contrainte d’une haute mécanique de précision.

RALPH LAUREN : L’apprentissage de la sagesse dans le style sportif…

Le triomphe de la lucidité : après s’être rêvé – et planté – en marque de haute horlogerie à la remorque des marques suisses, Ralph Lauren a sagement revu sa copie, remballé ses coûteux mouvements de haute mécanique et restylé son catalogue pour y exprimer un goût plus personnel. Témoin, cette Sporting, certifiée chronomètre pour la précision du mouvement automatique, dotée d’un boîtier nettement plus seyant de 39 mm et décoré de tous les détails néo-classiques qui font de l’effet, même sur une montre sportive étanche à 100 m : les vis sur la lunette qui cercle le cadran, les chiffres romains, les aiguilles « pomme » à la Breguet, la petite seconde à 6 h. C’est, à coup sûr, une montre qu’un grand collectionneur comme Ralph Lauren lui-même aimera porter. Le tout autour de 6 000 euros : c’est coûteux, certes, mais nettement moins absurde que les précédentes collections, qui exigeaient le double pour des esthétiques moins typées. Cette Sporting a tout pour devenir une icône de l’offre Ralph Lauren…

WITHINGS : Jour après jour, heure par heure, la Pop vous dira votre Activité…

Une jolie montre connectée qui devient encore plus jolie tout en divisant son prix par deux : un bon exemple qui devrait inspirer les horlogers suisses – qui font en général exactement l’inverse ! Withings est la jeune marque française qui monte, qui monte, qui monte dans le ciel de l’horlogerie mondiale, avec une gamme Activité dont nous vous avions parlé dès cet été, mais qui revient ces jours-ci en version « Activité Pop », plus amusante en couleurs, sans prétention au Swiss Made mais à 150 euros (au lieu de 350 euros). Mieux que Swatch côté légèreté du design – ah, la French Touch ! – et mieux qu’un coûteux coach personnel pour son hygiène de vie : en plus de l’heure, le grand compteur sur le cadran indique le pourcentage de réalisation du programme quotidien d’activités physiques (programmation par le téléphone relié à la montre). Les Américains, qui sont devenus fous de ces traceurs d’activité, adorent l’impertinence française de ce pied-de-nez aux pompeuses mécaniques suisses. Et si le design « à la française » devenait l’arbitre des élégances horlogères internationales ?

SLYDE : L’imagination qui en rajoute dans la poésie des heures…

La spécialité de la marque Slyde, ce sont des montres d’allure contemporaine qui se permettent d’afficher, sur leur écran tactile, des styles mécaniques « à l’ancienne ». Ce sont des mécaniques purement virtuelles, qui fonctionnent exactement comme les mouvements de vraies montres comme on aime en faire dans le goût des complications suisses. Jean Baudrillard nous aurait parlé de « simulation dans le simulacre » (ou l’inverse). L’avantage de ces heures méca-numériques, c’est qu’elles mettent l’imagination au pouvoir : en touchant l’écran, on s’autorise des fantaisies d’affichage impensables avec des montres classiques. La nouvelle Optika reprend ainsi le style graphique des anciens Rolleiflex (la Rolls des appareils photos argentiques), jusque dans le gainage en cuir et le cerclage des objectifs, mais avec des clins d’œil aussi énormes que celui de la Lune qui prend un obus dans l’œil grâce au film de Méliès. D’un doigt qui tapote le verre tactile de la montre, on peut afficher les heures, la date, le calendrier, le fuseau horaire, le chronographe et d’autres fonctions. C’est plein de poésie, c’est magique et c’est beau : s’il y a vraiment une « montre intelligente » (smartwatch) en Suisse, c’est bien cette Optika…

PATEK PHILIPPE : Une montre-bracelet à 2,2 millions d’euros pour faire sonner la date …

Que font les manufactures pour fêter un anniversaire important ? Des « montres anniversaires ». Que fait une manufacture de montres à complication qui fête ses 175 ans ? Des montres encore plus compliquées. Ce qui n’est pas facile quand on détient déjà différents records du monde dans l’ultra-complication mécanique ou dans le prix d’une montre-bracelet [la barre est à 6 millions de dollars aux enchères pour une montre en platine à multiples fuseaux horaires]. Une maison comme Patek Philippe se doit d’innover : c’est pourquoi la nouvelle montre-bracelet Grandmaster Chime est, dans son style cossu pour milliardaire collectionneur (2,2 millions d’euros pour chacune des six montres qui seront réalisées), une petite révolution. Elle est réversible pour profiter des deux cadrans – recto-verso – où s’affichent les informations de vingt complications animées par 1 580 petites pièces. Deux premières absolues dans cette montre de poignet au boîtier de 47 mm : quand les autres montres ultra-compliquées se contentent de faire sonner les heures et les minutes, la Grandmaster Chime fait sonner la date du mois et elle fait également sonner l’alarme pré-programmée à la demande (cela n’avait jamais été tenté sur une montre-bracelet mécanique). Bien entendu, la Grandmaster Chime permet aussi d’écouter l’heure : au lieu de la lire les heures et les minutes sur le cadran, on les fait sonner, à la minute près, à chaque passage d’heure ou, à tout instant, quand on le souhaite, grâce à différents timbres qui font tinter sur des harmoniques différentes, les heures, les quarts d’heure et les minutes. Ces heures sonores sont un lointain souvenir du temps où il était compliqué de lire l’heure la nuit ou dans l’obscurité d’une calèche : l’oreille déchiffrait alors ce que l’œil ne pouvait pas lire sur le cadran…


• LE QUOTIDIEN DES MONTRES

Toute l’actualité des marques, des montres et de ceux qui les font, c’est tous les jours dans Business Montres & Joaillerie, médiafacture d’informations horlogères depuis 2004...

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