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Plan de départ de la fonction publique : Merci qui ? Merci Emmanuel et Édouard
©Reuters

Deuxième chance

Plan de départ de la fonction publique : Merci qui ? Merci Emmanuel et Édouard

Se voir offrir l’opportunité de faire autre chose de sa vie, ça peut être une aubaine pour tout le monde. Même pour un fonctionnaire en CDI 5 étoiles.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Je ne m’intéresse pas spécialement à l’industrie du porno mais je suis récemment tombé sur l’histoire édifiante d’uninstituteur toulousain qui, se morfondant dans sa salle de classe, en claqua un jour la porte pour aller poster des photos coquines sur le Web. Quelques années plus tard, le hussard de la République défroqué devait se retrouver à la tête d’un véritable empire de la fesse numérique, les vidéos de ses voisines de palier se donnant du bon temps étant devenues, hum, cultes...

Qu’un fonctionnaire flanqueson CDI 5 étoilesà la poubelle pour jouer les start-uppers, ça n’est pas banal. Mais celui qui nous occupeétait apparemment plus branché carré blanc que tableau noir, et l’on supposeque faire repasserleurs leçons à des écoliers distraitsl’excitaitmoinsque de faire répéter leurs chorégraphiesà desamatricesenthousiastes de toute manière.

D’autant plus que l’Éducation nationale lui avait involontairement donné le signal du départ en lui offrant une formation de webmaster sur ses heures de boulot. Les voies du Seigneur public, à l’inverse de celles de ses nouvelles collègues de travail, sont parfoisimpénétrables.

Je me disais d’ailleurs, en écoutantles réactions convenues dessyndicats à la télé, qu’il y avait quelque chose d'affreusement fatalistedans cette idée qu’un plan de départ volontaire soitnécessairement une arnaque. Dans cette idée que, sur 5 millions de fonctionnaires souvent entrés dans la carrière faute de mieux, il n’en existe pas quelques unspour rêver d’autre chose et n’attendre qu’un coup de pouce du destin.

Marx, pourtant toujours une référence à la CGT, avait d’ailleurs bien décrit la nature aliénante d’un jobne correspondant plusà « la satisfaction d’un besoin » en soi mais seulement au « moyen de satisfaire ses besoins en dehors du travail ». Et à voir le succès de la procédure de rupture conventionnelle dans le privé, on imagine que les candidats à une deuxième chance sont au moins aussi nombreux dans le public.

Ronds-de-cuir se tournant les pouces dans les administrations centrales depuis que la plupart de leurs missions ont été transférées aux collectivités locales ou aux institutions européennes, profs désabusés en milieu de carrière, entrepreneurs frustrés enchaînés à un bureau de la Sécu, guichetiers frappés par la « quête de sens », combien sont-ils à fantasmer sur le petit paquet de pognon qui leur permettrait d’aller tenter autre chose ? Du porno sur Internet, bien sûr, pourquoi pas, mais aussi de l’élevage de chèvres à la montagne, de la peinture sur soie ou même de la plomberie (des dizaines de milliers de fonctionnaires sont déjà auto-entrepreneurs à temps partiel).

Sans doute les syndicats sont-ils dans leur rôle en réclamant, avec plus ou moins de réalisme, toujours plus de protection pour leurs ouailles, mais leur conviction qu’il n’y ait point de salut en dehors du cocon public est presque insultante pour les premiers concernés. A la limite, ils feraient mieux de se bagarrer pour une amélioration du package de départ (jusqu’à deux ans de traitement à l’heure actuelle), voire la possibilité d’un retour au bercail en cas d’échec. Ils auraient peut-être enfin l’occasion de poser la fameuse question « Merci qui ? ».

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