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Patchwork idéologique : l'extrémisme de droite est un gauchisme comme les autres. Ça rend optimiste.
©Reuters

La pendule fait tic-tac tic-tic

Patchwork idéologique : l'extrémisme de droite est un gauchisme comme les autres. Ça rend optimiste.

Une lepéniste de la première heure quitte un lepéniste de la onzième heure en conclusion d’une dispute avec les lepénistes de l’ensemble du cadran. Régulièrement annoncée, systématiquement repoussée, l’explosion de l’extrême droite est-elle enfin en vue ?

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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On a parfois tendance à l’oublier (enfin, moi, en tout cas, j’ai parfois tendance à l’oublier) et il est bon qu’un événement ultra-microscopique, mais significatif, vienne le rappeler à l’occasion : l’extrême droite est aussi éclatée, disparate et divisée en chapelles antagonistes que l’extrême gauche.

 

Elle n’en devient pas moins détestable, mais le danger qu’elle représente en est rendu plus relatif.

 

Ainsi apprend-on que Sophie Montel, une « lepéniste historique » emportée par Florian Philippot dans sa sacoche vert-de-gris au moment du dernier « pu-putsch » FN, quitte le navire « Patriotes » (sur un désaccord idéologique avec Franck de la Personne et la dame au chapeau noir qui chaperonnait les Miss France dans le temps, crois-je comprendre). Elle continuera toutefois à dire du mal de Marine Le Pen dans un bouquin qu’elle prépare.

 

Car si l’on se moque facilement de la myriade de groupuscules trotskistes se prenant le chou sur d’obscurs points de doctrine et de méthodes de mise à bas du capitalisme, voire des différences d’appréciation du mouvement social à Cuba et au Venezuela entre communistes et insoumis (les premiers préfèrent la salsa, les seconds le merengue), on a volontiers tendance à enfourner toute la droite de la droite dans le même gros paquet de linge sale.

 

C’est l’effet Le Pen sénior, qui avait réussi le tour de force de rassembler, des décennies durant, dans une sorte de version pas marrante du banquet de la fin des albums d’Astérix, tout ce que le pays compte de nostalgiques de Vichy, de royalistes orléanistes, de monarchistes légitimistes, de racistes biologiques, d’antisémites, de néo-nazis, de nazis à l’ancienne, de catholiques traditionalistes, de paganistes druidiques anti-Christ, de beaufs de base ne théorisant pas leur beauferie, d’anciens électeurs PC en quête identitaire, de collectivistes étatistes, de petits commerçants poujadistes, d’angoissés du Grand remplacement, d’anti-Europe, de pro-Europe blanche et chrétienne et, plus récemment, de fondamentalistes musulmans suffisamment séduits par le tropisme « un papa, une maman » pour accepter d’être gentiment traités de bougnoules en rejoignant skinheads et porteuses de serre-tête dans les défilés de Civitas.

 

Même Mélenchon, pourtant as du grand écart, n’est toujours pas parvenu à imiter cette performance et peine encore à réconcilier partisans d’une « nouvelle forme de gouvernement » et amateurs de « pas de gouvernement du tout », matérialistes dialectiques allergiques à l'opium et supporters du hidjab qui libère la femme…

 

Ça ne veut pas dire qu’il faille arrêter de s’en méfier, de la peste brune. Tout comme il convient de rester attentif à la propagation du choléra rouge. Mais ça signifie au minimum qu’en dépit de nombreuses annonces prématurées de l’explosion de cette fédération du n’importe quoi, le jour du Jugement dernier n’est probablement plus si lointain. Vivement le match de catch féminin dans la boue Marion-Marine, qu’on puisse faire sauter le pop-corn.

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