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La minute "Tech"

Des sites XXX disponibles, des pornocrates furieux

Difficile, ces temps-ci, de surfer sur le web sans tomber sur une annonce du genre : « Noms de domaines en .xxx disponibles. Tarifs raisonnables ». Bonne nouvelle pour les partisans d’un web prude. Sale temps pour les producteurs de cochoncetés.

Nathalie Joannes

Nathalie Joannes

Nathalie Joannès, 45 ans, formatrice en Informatique Pédagogique à l’Education Nationale : création de sites et blogs sous différentes plates formes ;  recherche de ressources libres autour de l’éducation ;  formation auprès de public d’adultes sur des logiciels, sites ;  élaboration de projets pédagogiques. Passionnée par la veille, les réseaux sociaux, les usages du web.

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Un nom de domaine est une sorte d’enseigne numérique qui s’achète auprès d’entreprises agréées par la gouvernance mondiale du Réseau. Près de 60% de ces enseignes désignent des entreprises mais les particuliers en possèdent 40%, notamment depuis l’avènement des blogs : un carnet numérique en ligne est plus facilement reconnu par les moteurs de recherche  quand il arbore une dénomination unique telle que « cervelas.com »  que quand il s’abrite sous l’enseigne générique d’un hébergeur comme « cervelas.boucherie.charcuterie.com ».

Dix ans de réflexion sur une extension

Chaque nom de domaine se termine, après un point (dot), par une extension qui désigne soit un type d’activité, soit un pays. L’anglicisme  dot com  recouvre en général mais pas nécessairement des activités commerciales. Les sites d’ONG se regroupent volontiers autour de l’extension «.org » mais curieusement l’extension « .info » a été boudée par les organes de presse. Les références géographiques permettent de se faire une idée du nombre de sites ou de blogs par pays. A la mi-avril, l’extension «.fr» avait été affectée à plus de deux millions de sites qui ont choisi de se faire localiser en France. Les enregistrements de sites en « .fr » ont connu une croissance accélérée depuis qu’à partir de 2006, les particuliers ont pu en acheter pour  12 euros par an, en moyenne.

Après plus de dix ans de débats, l’ICANN , organisme qui gère le web, vient d’autoriser le recours à l’extension « .xxx » par des sites pour adultes.  Seule la firme ICM Registry est habilitée à la vendre à raison de 70 dollars par an pour un nom de domaine du type «grivoiserie.xxx ».  Elle en aurait déjà attribué 600.000 et, le vocabulaire lié au sexe figurant parmi les requêtes les plus massivement adressées aux moteurs de recherche, ICM Registry peut s’attendre à engranger plusieurs centaines de millions de dollars dans les années qui viennent.

Pas de .xxx pour le Kâmasûtra

Ce qui est intéressant, c’est l’origine et la finalité de cette « étude de notaire » spécialisée dans l’extension « .xxx ». Elle affirme n’avoir aucun lien financier avec l’industrie pornographique et ne rendre de comptes qu’à la Fondation Internationale pour la Responsabilité sur le Réseau (IFFOR). Le conseil d’administration de cette organisation non lucrative comprend des représentants de la protection de l’enfance, des militants de la libre expression sur le web et des membres de l’industrie pornographique. Elle perçoit 10 dollars sur chaque enregistrement de nom de domaine en « .xxx ». Avec cet argent,  l’IFFOR  développe des programmes de lutte contre la pédophilie, des outils de prévention contre l’exposition des enfants aux contenus trop crus ainsi que des campagnes de sensibilisation et des alertes à l’intention des webmasters.

Précisément, certains pornocrates ne sont pas du tout excités par cette extension qui, selon eux, les désignent à la censure plus facilement que les extensions  «.com » ou  «.biz ».  Bien sûr, les logiciels de filtrage repéreront plus facilement désormais les  sites interdits aux enfants.  Sans aller jusqu’à s’apitoyer sur ces industriels qui gémissent contre la censure, le fait est que les responsables de sites pour adultes qui achètent un nom de domaine en « .xxx » prennent un certain nombre d’engagements. Dont celui de ne jamais mettre en ligne de contenus à caractère pédophile ou de vidéos d’amateurs pouvant porter atteinte à la dignité de la personne humaine ou au respect de la vie privée. On peut appeler cela de l’autocensure; c’est surtout une autorégulation qui  éloigne le risque de censure. Sauf en Inde, où le gouvernement vient de décider le blocage de tous les noms  domaine en « .xxx ».  Aucun risque,  donc,  de tomber sur un site en sanscrit dédié à « l’aphorisme du désir » (Kâma  Sûtra) et affublé du triple x. 

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