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Premier conseil des ministres du gouvernement Valls
Premier conseil des ministres du gouvernement Valls
©REUTERS/Ian Langsdon/Pool

Revue d'analyses financières

Mauvaise nouvelle pour les corporatismes, bonne nouvelle pour les marchés : les Français sont prêts aux réformes

A peine nommé Premier ministre, Manuel Valls a fait des annonces de mesures qui vont dans le sens des marchés et devraient engendrer de la croissance. Si elles vont à l'encontre d'une politique socialiste, elles sont majoritairement bien accueillies par les Français qui sont désormais prêts pour les réformes.

Jean-Jacques Netter

Jean-Jacques Netter

Jean Jacques Netter est vice-président de l’Institut des Libertés, un think tank fondé avec Charles Gave en janvier 2012.

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En France, les mesures qui ont été annoncées par Manuel Valls le nouveau Premier ministre sont positives pour la croissance et pour les marchés, si elles sont vraiment mises en œuvre. Le problème c’est qu’elles sont totalement contraires à l’ADN de la gauche. Profitant de sa très forte popularité par rapport au président de la République, le locataire de Matignon a une carte en main très importante qu’il peut jouer maintenant contre le Parti socialiste, les syndicats et tous les corporatismes qui voudront l’empêcher d’avancer. Les Français sont maintenant majoritairement prêts pour les réformes…

Parti très à gauche pour être élu président, François Hollande a fini par proposer à la France une politique favorable aux entreprises adaptée à la réalité. Il aura évincé l’extrême gauche et les écologistes du gouvernement comme François Mitterrand l’avait fait en son temps avec le Parti Communiste.
Même s’il reste au gouvernement des ministres qui ont d’ores et déjà échoué dans leurs fonctions et des nominations curieuses comme celle de Harlem Désir aux Affaires Européennes et de Christian Eckert au poste de Secrétaire d’Etat chargé du Budget, cela ne devrait pas empêcher le gouvernement d’avancer…

On va voir assez vitesi Manuel Valls est capable de résoudre des problèmes simples comme celui des seuils dans les entreprises notamment le franchissement de la barre des 10 salariés, de revenir rapidement sur les mesures concernant l’emploi à domicile et supprimer la proposition de loi PS permettant aux inspecteurs du travail de sanctionner directement les dirigeants d’entreprise !

Après il faudra beaucoup de courage pour faire en sorte que la dépense publique n’augmente pas plus vite que le PIB. Ce sera bien évidemment beaucoup plus difficile, car il faudra s’attaquer très sérieusement à la masse salariale de l’Etat, au mille-feuille des collectivités territoriales et aux dépenses de la Sécurité Sociale. Pour cela il faudra a minima geler les minima sociaux, toutes les aides sociales ainsi que le traitement des agents de l’Etat et leur recrutement dans les fonctions non régaliennes. Il y a encore quinze jours François Hollande s’apprêtait à demander encore du temps à Bruxelles pour respecter le plafond de 3% du déficit. Rattrapé par la patrouille, son Premier ministre a été obligé de maintenir l’engagement de la France, le pays qui commençait à passer pour celui qui ne tient jamais ses promesses…

En Europe, Mario Draghi le président de la BCE a admis publiquement que l’Euro était trop cher et pénalisait la reprise, ce qui accroissait les risques de déflation. La plupart des investisseurs sont convaincus que la BCE va mettre en place un dispositif ambitieux quand les stress tests sur les banques européennes auront été réalisés. Elle pourra alors proposer d’aider les banques européennes, soit en baissant encore ses taux, soit en participant à la titrisation de créances saines pour que les banques puissent distribuer plus de crédit. Idéalement si ces opérations se réalisaient au moment où la Federal Reserve commencera à remonter ses taux, cela pourrait provoquer un affaiblissement de l’Euro par rapport au dollar, ce que toutes les entreprises européennes souhaitent. Si cette perspective se réalise, les actions européennes sont encore sous évaluées.

Au Portugal, l’agence de notation Fitch a rehaussé la note de crédit des obligations émises par le gouvernement à BB+ positif . La croissance sera encore faible cette année, mais la balance des paiements courants est redevenue faiblement positive. Ce qui aide beaucoup le pays à sortir de la crise, ce sont les revenus pétroliers de ses anciennes colonies. De nombreux portugais partent travailler en Angola et au Mozambique.

L’Angola profite des champs pétroliers de Girasol, Dalia et Pazflor découverts par Total, qui est devenu le premier opérateur du pays. Cela permet au fonds souverain qui a été créé, d’être à la tête de 5 Md$. Le « Fundo Soberano de Angola » est géré par Jose Filomeno Dos Santos, le fils du Président de l’Angola. Il possède maintenant des participations importantes dans les plus grandes entreprises portugaises dans les secteurs de la banque : BIC, BCP, BPI ; des télécommunications Unitel; des media: Cofina, Impresa; de l’agro alimentaire: Cofaco, Vinho Benigno.

Au Mozambique, ENI a identifié un gisement qui pourrait produire 300 000 barils équivalent pétrole par jour en 2016. Cette découverte, après celles d’Anadarko, ferait du pays l’un des premiers producteurs mondiaux de pétrole.
Pour participer directement au redressement de l’économie portugaise on peut s’intéresser aux banques comme Banco Esperito Santo- BES ou Banco Commercial Portugues- BCP ; et aux affaires de télécommunications comme Portugal Telecom et Sonoaecom.

En Italie, on assiste à la poursuite de la baisse des taux et à un début de reprise de l’économie. En Grèce, la dernière émission d’obligations par l’Etat grec est un succès moral. En contrepartie des 240 Md€ qui ont été prêtés à la Grèce, le gouvernement devait prendre des mesures impopulaires et procéder à des réformes structurelles.
Cela incite des gérants qui suivent les pays de l’Europe du Sud comme Alberto Gallo, patron de la recherche de RBS à recommander l’achat de Piraeus Bank. La banque devrait redevenir bénéficiaire en 2015, car le secteur bancaire grec a vu le nombre d’établissements ramené de douze à cinq qui représentent maintenant 90% du marché. Les obligations émises par la banque attirent aussi les gérants obligataires car le rendement est de 4,24%. Parmi les autres valeurs grecques que l’on retrouve le plus souvent dans les portefeuilles figurent : Hellenic Telecommunications Organization –OTE et Coca-Cola Hellenic.

En République Tchèque les ventes de détail ont progressé de +8,1% en février, ce qui constitue la plus forte progression depuis 2008. Cela montre bien que la dévaluation de la Couronne tchèque intervenue à la fin de l’année dernière a profité à l’économie. Le secteur automobile est celui qui en a le plus profité. Nosovice, est ainsi devenu un des sites les plus productifs d'Europe avec quasiment des voitures fabriquées sur commande et très peu de stocks. Hyundai possède une usine qui fabrique 300 000 voitures par an avec seulement 3 440 personnes et Skoda 600 000 voitures avec 23 000 personnes. Parmi les valeurs tchèques que l’on retrouve dans les portefeuilles figurent : CEZ (électricité), Komercni Banka (banque), Telefonica Czech Republic qui est côté à Londres, Unipetrol (chimie)

En Hongrie la balance des paiements courants se retrouve à des niveaux record. La victoire de Viktor Orban à la tête du parti Jobbik n’a pas l’air d’empêcher les investisseurs de s’intéresser aux valeurs suivantes : OTP Bank (banque) ; Chemicals: Pannonplast et Tiszai Chemical (chimie) ; Gedeon Richter (pharmacie) ; Mol Magyar Olaj-ES Gazipari (pétrole et gaz) ; Synergon Information Systems (logiciels).

En Chine, la nouvelle inquiétude provient cette semaine à la forte exposition des compagnies d’assurance aux produits structurés. Elle avait été encouragée par les autorités de régulation. Comme dans l’immobilier on peut espérer que les autorités chinoises qui ont tous les outils en main pour contrôler la situation le feront une fois de plus. En attendant le MSCI China Index se paye 8.8x les résultats estimés pour les douze prochains mois. L’univers de 133 sociétés suivi par le broker chinois CLSA se paye encore moins cher à 8,5x. Si la croissance de l’économie ressort autour de 7,4% (estimation du consensus des économistes) les valeurs chinoises sont attractives.

Dans les marchés émergents on assiste à une poursuite de la reprise avec la hausse cette semaine des Emirats Arabes Unis + 6,30%, de la Turquie +4,1%, du Brésil +3,7%. En revanche l’Indonésie a baissé de 3,3% . Le marché avait anticipé le résultat des élections et offrait un rapport cours/bénéfice de 14x soit nettement plus que celui du Brésil à 10x.

Le Pakistan a même fait cette semaine son retour sur les marchés obligataires. Les investisseurs semblent ne pas prêter beaucoup d’attention au fait que Nawaz Sharif le premier ministre pakistanais a reçu 3 Md$ de l’Arabie Saoudite pour acheter des armes, afin d’aider les salafistes whahabites qui se battent en Syrie contre Bachar El Assad. A suivre ….

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