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Macron président, Le Pen dans cinq ans : pourquoi c’est idiot
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Les Pythies font pitié

Macron président, Le Pen dans cinq ans : pourquoi c’est idiot

Si Macron est élu, Marine Le Pen lui succédera dans cinq ans, affirment doctement les madames Soleil des réseaux sociaux et des comptoirs de bistrot. Ne loupent-ils pas un ou deux détails, comme disait Le Pen senior ?

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Quelques considérations sur cette histoire de Macron demain, le FN dans cinq ans : outre que c'est tout à fait grotesque en soi, la météo n'étant fiable qu'à trois jours, il manque un élément majeur. Si Marine Le Pen est battue, son parti est fortement menacé d'implosion. Tout comme le PS ou LR.

Son père lui avait laissé une PME en bonne santé avec une marque forte, une stratégie mono-produit efficace et cohérente et pratiquement zéro concurrence : les étrangers, les juifs, c'est de leur faute si vous avez des soucis. Voilà. C'est comme ça, ne vous prenez pas le teston.

Ça ne permettait pas d'arriver au pouvoir mais ça donnait une petite niche sympa, des élus ici et là, des subventions... Et éventuellement un gros boost de chiffre d'affaires tous les cinq ans, comme Halloween pour les loueurs de déguisements ou le premier mai pour les producteurs de muguet. C'était un bon business.

Mais voici que la fille débarque, qui a d'autres ambitions, veut moderniser la boutique et vise le CAC 40. Elle pousse le fauteuil roulant du vieux jusqu'à une résidence Hespérides, recrute de nouveaux cadres avec des cheveux et des cravates, elle crée des marques-bis et de nouvelles lignes de produits complexes sur lesquelles la concurrence est notoirement rude : les questions monétaires, institutionnelles, juridiques, géopolitiques, énergétiques, environnementales...

Les historiques font la gueule, crient casse-cou, mais elle a les histogrammes et les camemberts de ses PowerPoint pour elle dans les réunions du CoDir : les parts de marché augmentent, elle peut même se permettre de racheter de petites boîtes ici et là pour faire de la croissance externe en parallèle (Ménard SA, Collard et Fils...) grâce à de l'emprunt russe.

A un moment, la stratégie d'expansion commence à déconner toutefois. Comme avec Pierre Cardin qui met sa griffe sur n'importe quoi, des tongs fabriquées à Taïwan, des porte-clés coupe-ongles, et finit par avoir du mal à vendre des robes de soirée avenue Montaigne, on ne sait plus ce que dit le FN.

On ne sait plus s'il est de gauche Mélenchon avec un couteau entre les dents, de droite boucher-charcutier avec un crayon derrière l'oreille, s'il veut le franc ou l'euro, ou les deux, s'il aime Poutine ou préfère Trump, s'il veut encore vraiment chasser les Arabes, les juifs ou les homos (qu'il courtise d'une main tout en les menaçant de l'autre : abrogation du mariage gay, interdiction du casher et du halal). On ne sait plus ce que vend la boîte, quoi.

Si l'héritière échoue, les historiques du conseil d'administration ne vont pas la louper, elle et son staff propre sur lui, les Philippot ou le dernier chef de projet recruté, le gaullo-pétainiste qui vient lui aussi de fracasser sa propre épicerie de quartier. Si elle échoue, donc, c'est la nuit des long couteaux entre fachos pur-porc (it's the Arabs, stupid!) et fachos technos (the Arabs, OK, plus les parités monétaires et le quantitative easing). On ne sait pas qui gagne et, franchement, on s'en fout.

Mais tout ça, ça ne met pas Le Pen à l’Élysée dans cinq ans. Si elle gagne, en revanche...

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