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Récompensée par le Prix des métiers d’art au récent Grand Prix d’horlogerie de Genève, il s’agit de la première montre brodée en cinq siècles de tradition mécanique. On peut admirer le sertissage autant que le travail de « peinture à l’aiguille », réalisé
Récompensée par le Prix des métiers d’art au récent Grand Prix d’horlogerie de Genève, il s’agit de la première montre brodée en cinq siècles de tradition mécanique. On peut admirer le sertissage autant que le travail de « peinture à l’aiguille », réalisé
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Les titilleurs de l’honorabilité suisse, le caviar en briques et les Anglais qui ont perdu une part notable de leur légitimité historique : c’est l’actualité des montres

Et aussi les cinquante nuances de gris chez Burberry, les montres brodées par Chanel et la montre qui a fixé l’heure de la mort de Kennedy…

Grégory Pons

Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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BURBERRY : Quelques nuances de gris dans l’air du temps…

L’avantage des grandes marques de mode, c’est qu’elles suivent la ronde des saisons – même pour leurs collections horlogères qui rebrodent sur des thèmes immuables. Donc, pour la fin de l’hiver et le printemps 2014, Burberry nous propose une nouvelle version de sa très réussie The Britain, cette fois déclinée dans une symphonie de gris : boîtier en acier ionisé gris (43 mm), vis assorties, cadran gris fumé, aiguilles et chiffres en finition canon de fusil, bracelet gris fumé. Au verso, toujours dans les nuances de gris, on retrouve gravées les fameuses lignes qui rendent si reconnaissables les doublures des trench-coats Burberry. Le tout avec des finitions mates, satinées ou sablées qui mettent en valeur les effets de matière. Une palette chromatique volontairement assourdie pour souligner l’extrême élégance de ce boîtier ni rond, ni carré, ni même octogonal, qui trouve son équilibre dans la largeur inhabituelle de sa lunette vissée…

SHINOLA : À la place des Suisses, on se méfierait de ces Américains…

La marque Shinola s’est installée à Detroit, ex-capitale de l’automobile américaine, aujourd’hui en faillite et totalement sinistrée : c’est assez malin d’y créer des ateliers horlogers dans une ancienne friche industrielle (c’était le centre de recherches de General Motors), avec l’ambition de transformer la ville – où le taux de chômage est hallucinant – en capitale de l’horlogerie américaine. Detroit (Michigan), c’est la copie conforme de Genève, au bout du lac Saint-Clair (c’est comme le Léman) et à proximité de la frontière canadienne (comme la France) ! La marque horlogère – qui fait aussi des vélos et des cartables – a fait sa première apparition en Suisse ce printemps, au salon Baselworld, mais elle attaque à présent la France en s’installant chez Colette pour en proposer quelques montres en exclusivité (dont la Runwell en 46 mm ci-dessous : 950 euros, ce qui est excessif). Les ambitions de Shinola – dont le cofondateur est un ancien dirigeant du groupe Fossil – ne sont pas minces, puisque la maison a choisi de préférer les composants Made in USA et de faire assembler ses montres à Detroit : pour l’instant, les mouvements sont suisses et l’habillage (boîtiers, cadrans, aiguilles) chinois, mais l’aventure ne fait que commencer. Côté Suisse, on peut s’amuser de cette tentative de faire renaître l’horlogerie américaine, mais il faut se méfier d’une équipe qui a aussi bien réussi la première partie de son parcours et qui ne devrait pas tarder à venir titiller l’honorabilité horlogère suisse sur son propre terrain…

HUBLOT : Du caviar, des briques et une adresse de star…

Nom de cette montre : Big Bang Caviar « Lady 305 ». C’est original : 305, c’est le code postal de Miami South Beach, une des adresses américaines les plus grouillantes de célébrités – qui sont les client(e)s naturels de la marque. La montre elle-même n’est pas moins originale, avec sa structure en « briques » d’or ou d’acier qui en réarchitecturent les lignes géométriques, qui se trouvent subverties par l’anneau de 36 topazes en taille brillant (ronde), assorties au bleu des aiguilles et du bracelet en alligator. On ne s’étonnera donc pas que tant de bonnes fées people se soient penchées sur le berceau de cette « Lady 305 », lors d’un dîner mémorable au restaurant Zuma, dans le centre de Miami. Dans ce genre de party, quand le Dom Pérignon coule à flots et que les plus fameuses housewives de Miami – les plus siliconées – sont de sortie, il faut bien une Big Bang Caviar pour faire croire qu’on est crisis proof (« à l’épreuve de la crise »)…

CHANEL : De l’art de vendre des belles montres dans un bel espace…

Si vous voulez ressentir ce qu’est vraiment le luxe contemporain (pas le bling-bling des logos et de l’over-marketing), rendez-vous à la nouvelle boutique horlogère que Chanel vient d’ouvrir à Genève. On ne rappellera pas Baudelaire (« Luxe, calme et volupté ») parce qu’on est très au-delà de ce cliché, par l’intelligence dans l’aménagement des espaces et par la discrétion affichée dans le déploiement des matériaux les plus précieux pour mettre en scène des collections de haute joaillerie et des collections horlogères de premier plan – en particulier, les précieuses montres de femmes réalisées par des artisans d’art, dont l’extraordinaire Camélia brodée à la main, en fils de soie, par Lesage, sur un principe de peinture à l’aiguille (image en haut de la page). Le raffinement dans le moindre détail (un vrai paravent de Coromandel, des tissus exclusifs, des accessoires originaux) ne s’applique pas aux montres : à l’étage de la mode de cette boutique, il faut découvrir les « cabines d’essayage », qui sont en fait de vrais salons particuliers, enrichis d’œuvres d’art contemporain, pour comprendre ce qu’est le nouveau luxe, dénué de toute ambition ostentatoire ou statutaire, mais imaginé et mis en scène pour exhausser le goût de ceux qui peuvent en profiter…

BRÈVES DE REMONTOIR : C’est toujours bon à savoir et à répéter…

▶▶▶ RAKETA : à peine lancée, la montre « Raketa for Sochi » – commémorative des prochains jeux Olympiques de Sotchi, en Russie – est déjà un objet de collection. Alors qu’elle ne comporte ni référence aux JO, ni anneaux olympiques, cette montre est interdite de vente suite aux pressions du Comité international olympique et de la marque Omega, partenaire horloger officiel des Jeux. Du coup, la « Raketa pour Sotchi » devient le symbole de la résistance à l’arrogance des autorités olympiques et au dévoiement marchand de l’idéal olympique…

▶▶▶ KENNEDY : l’horlogerie adore recycler à l’infini les grands mythes contemporains. Propriété d’un médecin légiste de l’hôpital de Dallas où le président américain avait été admis en urgence, en 1963, la montre Patek Philippe qui a servi à donner l’heure légale de la mort du président Kennedy va passer aux enchères, chez Christie’s. Acheté 150 dollars en 1949 par la mère de ce neurochirurgien, ce chronographe pourrait atteindre 150 000 dollars sous le marteau, mais une partie de cette enchère sera offerte à la Croix-Rouge…

▶▶▶ GRAND PRIX D’HORLOGERIE DE GENÈVE : les lecteurs de cette chronique Atlantic-tac ont de la chance ! Tout au long de l’année, on leur a présenté la plupart des montres qui ont été récompensées par les jurés du GPHG, l’équivalent des Oscars pour les montres (présentation sur scène par Grégory Pons). Le seul dont nous n’avions pas parlé, c’est l’horloger indépendant Philippe Dufour (ci-dessous), qui travaille depuis cinquante ans dans la vallée de Joux en Suisse : après un demi-siècle derrière son établi, ce « trésor vivant » n’a jamais signé qu’un peu plus de 200 montres, mais les collectionneurs du monde entier se les arrachent – quand ils en trouvent une – pour six à sept fois leur prix de vente initial...

HUYGENS : Messieurs les Anglais, pleurez les premiers !

Génie des mathématiques et de l’astronomie, Christian Huygens (1629-1695) a été un des plus grands savants du XVIIe siècle. Son apport à l’horlogerie a également décisif, puisqu’on lui doit les calculs théoriques sur le pendule oscillant, aussi bien que le ressort-spiral qui assure les oscillations (tic-tac) du cœur battant de la montre. On vient de découvrir que Christian Huygens a été, près de 60 ans avant le fameux horloger britannique John Harrison, l’inventeur de la première « pendule de marine », horloge de bord ultra-précise qui permettait de calculer la longitude avec précision. Seul problème : tout le monde avait oublié cette pendule – qualifiée par Huygens de « Balancier Marin Parfait » – jusqu’à ce qu’une bande d’experts et de passionnés l’identifient, après une enquête historique et technique très fouillée : on la connaissait (dernier passage aux enchères en 2002, pour l’équivalent de 26 000 euros d’aujourd’hui), mais elle était attribuée à un autre horloger, sans qu’on ait d’ailleurs perçu l’originalité de son mouvement, soigneusement abrité et caché dans un coffre à secret au cœur de la pendule. Christian Huygens se méfiait des contrefacteurs et des copieurs, mais il devait mourir avant de faire connaître son travail au monde ! Ouvrir ce coffre-fort pour accéder au mouvement s’est révélé épique. Cette pendule – non signée, mais désormais bien documentée – vient d’être adjugée pour près de 700 000 euros au musée Patek Philippe de Genève : elle va obliger les historiens à réécrire l’histoire de la précision des montres, et notamment celle des « chronomètres de marine », qui avaient assuré la suprématie océanique des marins britanniques à la fin du XVIIIe siècle (cette information avait été repérée par Business Montres dès novembre 2009). Désolé, Messieurs les Anglais, mais les Européens avaient mis au point un dispositif très fiable et très ingénieux soixante ans avant Harrison, qui n’est donc plus le pionnier qu’on pensait…

• LE QUOTIDIEN DES MONTRES

Toute l’actualité des marques, des montres et de ceux qui les font, c’est tous les jours dans Business Montres & Joaillerie, médiafacture d’informations horlogères depuis 2004...

 

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