Les Français rêvent-ils vraiment d’être des Suisses ? (on ne peut répondre que par oui ou par non) | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
Les Français rêvent-ils vraiment d’être des Suisses ? (on ne peut répondre que par oui ou par non)
©François NASCIMBENI / AFP

Le RIC, c’est chic

Les Français rêvent-ils vraiment d’être des Suisses ? (on ne peut répondre que par oui ou par non)

L’adoption par les Gaulois du système référendaire helvète ne changerait probablement rien du tout à quoi que ce soit. Un modèle civilisationnel ne s'exporte pas par appartements.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

Voir la bio »

Ça ne m’arrive pas souvent parce que je suis du genre qui démarre au quart de tour, mais je ne voulais pas réagir trop spontanément à cette histoire de référendum d’initiative citoyenne et plutôt prendre le temps de comprendre de quoi il retournait avant de trancher. Car au départ, il y a tout de même une belle idée : permettre à monsieur Tout-le-monde de répondre directement à une question et, mieux encore, de la poser lui-même en préalable. Peut-on faire plus démocratique ?

Mais, toujours au départ, il y a aussi une idée assez moche : considérer que monsieur Tout-le-monde, avec son gros bon sens terrien aiguisé au comptoir et sur Facebook, est automatiquement plus qualifié pour déterminer ce dont le pays a besoin qu’un crâne d’œuf bardé de diplômes ayant effectivement étudié un dossier complexe sous tous ses angles. Peut-on faire plus démagogique ?

Pour les uns, c’est ce qui ressort de mes lectures de ces derniers jours, le “peuple” serait en effet une entité pure et sacrée d’où ne pourrait sortir que de bonnes choses, quand, pour les autres, il serait surtout un ramassis de beaufs incultes qui se dépêcherait de rétablir la peine de mort, de sortir de l’Union européenne et de supprimer les limitations de vitesse si l’opportunité lui en était fournie.

Pour autant, et même dans l’éventualité où la seconde proposition serait valide dans un pays sur-endetté, sur-imposé et où plus rien ne semble fonctionner convenablement, un gouvernement par l’opinion publique serait-il nécessairement moins performant qu’un gouvernement par les élites ? Le gros bon sens de bistrot ferait-il forcément pire que l’expertise technocratique ?

Le succès du modèle suisse, après tout, milite en faveur de cet aspect de la démocratie directe : outre-Léman, les salaires sont deux à trois fois plus élevés qu’ici, le chômage inexistant, l’industrie en surchauffe et tous les comptes publics en excédent. A l’autre bout du spectre, disons chez les Russes, les Congolais ou les Algériens, où l’on n’est pas fréquemment appelé à donner son avis, on ne peut pas dire que ce soit Byzance...

Il n’est toutefois pas déplacé de noter que votations populaires et gestion rigoureuse sont loin d’être les seules différences entre Gaule et Helvétie. Entre un pays où prime le consensus et le sens du bien commun depuis quelque 700 ans et un autre où le sport national consiste à se foutre sur la gueule depuis pratiquement deux fois plus longtemps, d’autres fossés culturels semblent pouvoir être repérés — de la densité des crottes de clébards sur les trottoirs à la compréhension des principes économiques de base. Un modèle civilisationnel est-il un système intégré et cohérent, ou peut-il s'exporter par appartements ?

J’ai donc fini par organiser ma propre petite consultation personnelle et arbitrer en faveur du RIC en postulant qu’il ne changerait probablement rien à rien. D’abord, les idées les plus grotesques qui pourraient être mises aux voix sont déjà proposées par les formations populistes traditionnelles, du retour de la guillotine à celui du franc, et jusqu’à nouvel ordre, elles ne semblent pas devoir triompher. Ensuite, on voit mal les perdants d’un référendum accepter plus civiquement leur défaite qu’au moment d’une élection présidentielle ou législative et renoncer à bloquer un rond-point ou cramer un péage à l’occasion en hurlant qu’à 600 000 voix près, ils gagnaient…

Maintenant, si l’on pouvait aussi s’inspirer du modèle suisse de ramassage de crottes de chiens, je ne serais pas contre non plus...

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !