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Un recul de l’euro devrait améliorer la compétitivité des entreprises de la zone.
Un recul de l’euro devrait améliorer la compétitivité des entreprises de la zone.
©Reuters

Revue d'analyses financières

L'Europe est au point mort... mais peut-être plus pour longtemps

Dans l'œil des marchés : Jean-Jacques Netter, vice-président de l'Institut des Libertés, dresse, chaque mardi, un panorama de ce qu'écrivent les analystes financiers et politiques les plus en vue du marché.

Jean-Jacques Netter

Jean-Jacques Netter

Jean Jacques Netter est vice-président de l’Institut des Libertés, un think tank fondé avec Charles Gave en janvier 2012.

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Au Royaume-Uni David Cameron va avoir de plus en plus de mal à résister à la pression des membres de la droite de son parti qui souhaitent que leur pays sorte de l'Union européenne (UE). Les résultats du « United Kingdom Independence Party » (UKIP) de Nigel Farage, qui a obtenu 23% des votes – juste derrière les conservateurs à 25% –, devrait inciter le Premier ministre britannique à ne pas attendre 2017 pour prendre une décision. Sa décision sera très importante pour l’avenir de l’Europe.

En Europe, la publication des résultats des entreprises montre que 29% d’entre elles ont fait moins bien que les estimations des analystes et 37 % mieux. Pour Graham Secker de Morgan Stanley le trimestre en cours serait le plus mauvais depuis le quatrième trimestre 2008, au cœur de la crise. On sent bien que la BCE semble déçue que sa politique ne profite pas aux entreprises mais pour passer à l’étape suivante il lui faudra attendre les élections allemandes de l’automne.

Louis Gave de GaveKal à Hong Kong constate que les politiques monétaires de l’Europe et de la Chine sont beaucoup plus conservatrices que celles des Etats Unis et du Japon. Cela pour conséquence que l’Europe et la Chine jouent un rôle d’amortisseur de la crise pour le reste du monde. Selon lui tant que cette situation perdurera les marchés actions européens et chinois seront sous pression. 

Bruno Cavalier Chef Economiste chez Oddo pense de son côté que les politiques monétaires de la Fed et de la BCE divergeront moins vers la fin de l’année. Cela permettra pense-t-il d’enregistrer un recul de l’euro qui devrait améliorer la compétitivité des entreprises de la zone.

Le gouvernement français n’aime pas s’inspirer de mesures qui ont réussi ailleurs

En France, le débat sur les dépenses publiques se poursuit dans le magazine Alternatives Economiques. Le dossier est assez objectif sur le plan des faits, mais la conclusion de Guillaume Duval  responsable du dossier, l’est moins « « Il n’est pas évident d’identifier des domaines où on pourrait tailler dans les dépenses de façon significative sans effets négatifs sensibles » ! Il ne semble pas avoir lu toutes les études qui ont été faites notamment par l’Ifrap et Christian Saint Etienne sur ce qu’il faudrait faire pour remettre la France sur les rails de la compétitivité et de la croissance. Il faut dire qu’elles sont inspirées de mesures qui ont réussi ailleurs dans d’autres pays et qui ont été rédigées par des économistes considérés comme libéraux…. !

Dans la rubrique des mauvais signes : l’intervention revendiquée par Arnaud Montebourg sur le dossier Dailymotion continue d’alimenter les commentaires selon lesquels Bercy ne peut pas fonctionner avec sept ministres. Même Laurent Fabius dit publiquement « Bercy a besoin d’un patron ». C’est bien de bloquer le rachat du site par Yahoo mais la question de l’internationalisation du site reste entière.

Les mesures de déblocage de l’épargne salariale qui est en principe destinée à servir de complément de retraite pour les salariés et fournir des capitaux propres aux entreprises sont consternantes. Elles envoient un mauvais signe de plus montrant le peu d’égard du gouvernement pour les entreprises qui ont souhaité partager les fruits de la croissance avec leurs collaborateurs. Comme le fait remarquer Jérôme Dedeyan associé de Debory Eres, chaque fois que de telles mesures ont été prises elles n’ont eu qu’un effet très limité sur la croissance.

Au Portugal, après deux ans sous tutelle financière, le pays a fait son grand retour sur les marchés en couvrant ses besoins 2013 avec un emprunt à dix ans.

Aux Etats Unis, les derniers chiffres économiques publiés ne sont ni bons ni mauvais. Pour Chris Wood de CLSA ce serait exactement l’objectif recherché par la Federal Reserve pour poursuivre sa politique monétaire très accommodante. Le niveau du PIB américain est aujourd’hui 3,3% au dessus du niveau du deuxième trimestre 2008, alors que celui de l’Europe est encore 3,1% en dessous. Pour Hugh Hendry gérant du hedge fund Eclectica, la configuration de marc hé ressemble à celles des périodes 1980-1985 et 1995-2001 pendant lesquelles on avait assisté à une hausse du dollar.

Comme d’habitude les prévisions des stratégistes sur le marché américain divergent fortement : Gina Martin Adams de Wells Fargo,  anticipe un S&P 500 à 1390 pour la fin de l’année soit 15% en dessous du niveau actuel. Laszlo Birinyi de Birinyi Associates pense que le S&P 500 atteindra 1900 pour la fin de l’année.

En Chine, il faut lire l’interview d’Antoine Brunet ancien économiste du CCF dans Le Nouvel Economiste. Il cible ses pratiques commerciales comme étant la source principales des difficultés des pays dits développés. Il pointe une nouvelle fois les ambitions hégémoniques de la Chine qui veut absolument devenir la première puissance mondiale en retirant aux Etats Unis leur privilège monétaire pour se l’approprier. Il faut dit il que les grands pays développés coordonnent leur action face aux défis que leur adresse la Chine. Un raidissement commercial coordonné est la meilleure garantie pour éviter les affrontements militaires futurs.

Au Japon, la dépréciation de la devise japonaise bénéficie aux entreprises nippones. Les prévisions de résultats des entreprises continuent d’être revus à la hausse. C’est ce qu’ont confirmé plusieurs grandes sociétés exportatrices notamment Toyota, Mitsubishi Chemical, Bridgestone et Fuji Heavy.

Le déclin du PC semble irréversible

Le secteur des logiciels ne semble plus avoir la faveur des investisseurs. Le développement des tablettes, smartphones est en train de rendre le traditionnel PC obsolète. La montée en puissance du cloud computing touche les sociétés qui vendent des logiciels et des disques durs puisque ces prestations peuvent être assurées à la demande dans le cadre de contrats Software as a Service (SaaS). D’ailleurs dans le cadre de la Conférence Ira Sohn qui rassemble à New York les gérants de Hedge Funds les plus talentueux, Jim Chanos a recommandé de vendre à découvert l’action Seagate Technology qui fait partie avec Western Digital et Toshiba des leaders des disques durs mondiaux.

Pour les banques européennes le montant des « actifs non performants » atteint désormais 500Md€.  Cette expression délicate désigne les crédits que les entreprises ne rembourseront pas à leur banquier car elles sont soit en grande difficulté soit en faillite. Pour Nikolaos Panigirtzoglou de JPMorgan cette évolution est particulièrement inquiétante car elle n’incitera pas beaucoup les banques de la périphérie de l’Europe à prêter plus d’argent aux entreprises.

La suite du feuilleton Dexia se poursuit. L’établissement à qui la France et la Belgique ont apporté 85Md€ de garanties continue à perdre de l’argent au premier trimestre 2013.  Après avoir enregistré une perte de 2,8Md€ en 2012 les contribuables français et belges aimeraient bien savoir qui est responsable de ce désastre. Curieusement cette affaire qui devrait finalement coûter presque dix fois plus cher que la faillite du Crédit Lyonnais à l’époque, n’intéresse pas beaucoup les media.

Le secteur du travail temporaireen Europe est en train de s’améliorer selon Nicholas de la Grense de JPMorgan. La flexibilité du travail introduite de plus en plus dans la réalité compense selon lui les incertitudes nombreuses qui persistent. Sa valeur préférée est Adecco.

Le vieillissement est toujours un thème porteur

Le thème du vieillissement est mis en avant par Morgan Stanley. Parmi les valeurs recommandées par la maison américaine figurent notamment celles de la robotique : au Japon Fanuc, SMC, Yaskawa  et aux Etats Unis avec Rockwell ; du travail temporaire : Pasona au Japon et Manpower aux Etats Unis ; et enfin dans la technologieTotvs (logiciels au Brésil) , Autodesk, Netsuite, Oracle, Salesforce aux Etats Unis

Dans leurs recommandations thématiques, les grands stratégistes ont des avis légèrement divergents. David Kostin de Goldman Sachs aime sur le marché américain, le thème des actions ayant un rendement élevé . Parmi les valeurs qui composent le panier de Goldman Sachs consacré à ce thème figurent : Johnson Controls, Schlumberger, General Electric, Cisco, Air Products et Praxair.

Mislav Matejka de JPMorgan préfère en Europe le thème des valeurs domestiques. Comme il attend un retour de la croissance pour la fin de l’année il pense que ces valeurs se comporteront boursièrement beaucoup mieux que les valeurs exportatrices. Quand à Andreas Schuster de CLSA à Hong Kong il recommande en priorité l’achat de valeurs américaines offrant une exposition importante à l’Asie notamment : Apple, Borg Warner, EMC, Facebook, IBM, Mastercard et Schlumberger.

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