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Habile, trop habile ? Mais pourquoi la droite tombe-t-elle si facilement dans les pièges rhétoriques de François Hollande ?
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Habile, trop habile ? Mais pourquoi la droite tombe-t-elle si facilement dans les pièges rhétoriques de François Hollande ?

L’habileté rhétorique de François Hollande ne suffit pas à expliquer les déconvenues de la droite qui se retrouve bien souvent en position de faiblesse, voire d’accusée.

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017).

Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.
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Certes, François Hollande est un homme habile et d’une habileté longtemps, et aujourd'hui encore, sous-estimée par ses adversaires comme par ses « amis ». Certes aussi, primaire oblige, la droite est plus divisée que jamais et jouer sur ses failles, chaque jour plus béantes, est de bonne guerre politique. S’en étonner ou s’en indigner relève de la naïveté ou… de la rage de l’impuissance.

La vraie surprise vient justement de cette impuissance de l’opposition face aux « ruses » présidentielles. Tout se passe comme si depuis la victoire de François Mitterrand en 1981, la droite française avait perdu la maîtrise du verbe, où excellèrent de Gaulle, Pompidou et le premier Giscard. A la seule exception de 2007, où Nicolas Sarkozy infligea à Ségolène Royal une véritable déroute argumentative, la gauche est clairement en état de supériorité rhétorique. On sait comment cette supériorité a abouti à la fameuse et victorieuse anaphore du « Moi président » en 2012. 

Triomphe de la gauche aidé certes par le règne du politiquement correct médiatique, mais l’excuse ne suffit pas : ce contexte ne fait que renforcer pour l’opposant l’exigence de l’excellence en la matière. On juge un vrai capitaine, rappelait Platon, à sa maîtrise au cœur de la tempête et le grand politique, rappelait Machiavel, à sa résistance à la mauvaise fortune. A vaincre sans péril on triomphe sans gloire : gagner la bataille rhétorique contre Lionel Jospin comme Jacques Chirac en 1995 était un succès trop facile ; et le refus du même Chirac d’un débat avec Jean-Marie Le Pen en 2002 s’expliquait aussi par la peur d’affronter un redoutable bretteur… 

Or, dans le cas de l’actuel Président et de l’actuelle opposition, la question prend une acuité toute particulière : comment se fait-il que le même scénario se reproduise sans cesse depuis 2012 ? Comment se fait-il que la stratégie rhétorique du Président semble n’être jamais percée à jour et que la même erreur se répète à droite, d’un débat à l’autre ? A savoir la réaction intempestive, pour ne pas dire irréfléchie, aux annonces de François Hollande, que ce soit la simplification administrative, le pacte de responsabilité, la loi Macron, la réforme territoriale ou la déchéance de nationalité. Et maintenant le référendum local sur Notre-Dame-des-Landes… 

Car le Président s’y prend, comme l’a montré cette chronique, toujours de la même façon : 1/slogan bien trouvé, contenu toujours ambigu ; 2/limites strictes fixées en sous-main à la « réforme » proposée ; 3/ changements incessants du projet initial ; et 4/ renvoi de la responsabilité finale aux autres. Autrement dit, autant de ballons d’essai et d’issues de secours, savamment ménagées tout au long d’un parcours lui-même labyrinthique. Non par « perfidie », comme le disent les indignés de circonstance, mais tout simplement en raison de ce qui apparaîtra comme la contrainte majeure de ce quinquennat : la division fondamentale de la gauche sur les enjeux politiques majeurs.

Or, à chaque fois, la droite, à de rares exceptions près, se précipite pour commenter, condamner ou même approuver, avant de se retrouver prise à contre-pied, de se contredire…et de se déchirer à son tour ; et cela, alors même que l’impréparation de la proposition initiale lui ouvrait un boulevard : cf. la déchéance de nationalité.

Pourquoi donc ?

Tout d’abord en raison de ce que l’on peut appeler le « totem présidentiel » : la Ve République a conditionné la classe politico-médiatique à trouver de première importance le moindre mot du chef de l’Etat ; d’autant plus chez les aspirants à la fonction suprême, qui ont le souci compréhensible de préserver la majesté de l’objet désiré. Le légitimisme institutionnel, encore très fort malgré la crise du politique, contribue aussi à ce suivisme, de peur de se voir accusé d’irrespect par l’opinion. L'instantanéisme médiatique fait le reste - ou plutôt l’essentiel - exigeant dans la minute une réaction sur tout à tous ceux qui veulent passer « à la télé ». A quoi s’ajoute la personnalisation obsessionnelle du débat public (« vous êtes d’accord/pas d’accord avec le Président, ou avec un tel, ou un tel ? »)  

Et si, instruits par tant de précédents, les leaders de l’opposition adoptaient enfin une attitude simple ? Ne plus jamais se prononcer sur une initiative présidentielle, tant qu’elle n’est pas inscrite noir sur blanc dans un texte qui en précise toutes les modalités. En d’autres termes : « wait and see » ou encore « chat échaudé… » ; et passage aux VRAIS sujets, qui ne manquent pas. 

Ce qui impose - et là est le cœur du problème - de décevoir la voracité médiatique ; mais ce qui serait parfaitement admis et approuvé par l’opinion publique, qui est, elle, à en juger par les derniers sondages, visiblement vaccinée des « effets d’annonce ». 

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