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Gilets jaunes, l’overdose
©IROZ GAIZKA / AFP

Ras-le-gilet

Gilets jaunes, l’overdose

Pour les téléspectateurs qui n’auraient pas la couleur, il y a bien deux ou trois actes que le rouge et le brun ont totalement noyé le jaune.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Pour cette dernière chronique de l’année, je vais faire du Zemmour inversé. C’est à dire que je vais me plaindre de ce qu’il y ait des choses qu’on ne puisse plus dire puis je vais les dire juste après. Mais « inversé » parce que ces choses qu’on ne peut plus dire et que je vais quand même dire, c’est à peu près le contraire de ce que Zemmour en dirait (du moins s’il en parle, je n’en sais rien, je suppose que oui, je ne suis pas allé voir en fait…).

Donc, voilà, je vous le balance tout net : je n’en peux plus, des gilets jaunes. Je ne peux plus les voir en peinture, les gilets jaunes. Ils me sortent par les trous de nez, les gilets jaunes. Un « acte » après l’autre, même les gens modestes authentiques qui se les gelaient sur les ronds-points et demandaient juste qu’on leur rende un peu de dignité ne me font plus couler une larmichette.

C'est que les gilets jaunes du moment, ceux que l’on entend partout, les, hum, « représentatifs » qui préparent tranquillement leur coup d’État militaire sur paperboard comme autant de commerciaux Médiator planifient leurs tournées chez les toubibs, je ne me sens strictement rien de commun avec eux. Et ils me le rendent bien, d’ailleurs.

Jugez plutôt : ils détestent la presse, bloquent la sortie des journaux, y mettent le feu à l’occasion, montent des barricades devant les radios et moi, justement, je suis journaliste. Ils n’aiment pas non plus l’Europe et moi, zut alors, l’Ode à la joie me sert de sonnerie de téléphone portable. Ils n’aiment pas les juifs et, moi, tiens donc, je suis circoncis et et mon pif est pratiquement un pic, un cap, que dis-je une péninsule. Ils n’aiment pas les étrangers et, patatras, j’ai la planète entière ou presque dans mon arbre généalogique. Ils n’aiment pas les institutions démocratiques, qu’ils remplaceraient bien par une armée de Robespierre aux yeux injectés de sang, et bing, moi, je n’ai jamais loupé un scrutin de toute ma vie. Ils adorent la violence aveugle et moi, figurez-vous, je n’aime rien moins que la paix des ménages, l’harmonie et les petits oiseaux qui chantent. Ils n’aiment pas les gays et, bon, OK, je ne le suis pas pour le coup, mais nobody’s perfect

Bref, ils n’aiment rien de ce que j’aime, rien de ce que je suis, mettent mon pays à feu et à sang depuis des semaines, foutent Noël en l’air, occupent tellement d’espace qu’on ne parle même plus de ces pauvres kurdes ou de ces malheureux yéménites abandonnés à leur sort et nous pompent tellement l’air que mon énorme tarin sémite est à deux doigts de l'asphyxie…

Mais surtout, ils se sont tellement bien débrouillés pour brouiller les pistes, ont si soigneusement mélangé rouge et brun au jaune fluo de leur veston ridicule qu’on ne sait même plus, lorsqu’une effigie de Macron est décapitée, si c’est par un type qui réclame la collectivisation des moyens de production ou par un cousin à lui plus porté sur la révolution nationale. Si ça se trouve, les gangs dont étaient issus Clément Méric et Esteban Morillo, dont on sait qu'ils avaient déjà les mêmes goûts en matière de fringues et de baston, ont fini par remplacer leurs polos Fred Perry par des gilets jaunes pour mieux fraterniser sur les Champs.

Bon voilà, c’était mon coup de sang pré-réveillon. Dans deux jours, 2018 passe à la trappe et la vie normale reprend. Bonne année 2019 à (presque) tous.

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