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François Fillon et les électeurs centristes : état des lieux des rapports de force (et de ce que le candidat de la droite pourrait encore dire pour les "rattraper")
©LUDOVIC MARIN / AFP

UDI es-tu là ?

François Fillon et les électeurs centristes : état des lieux des rapports de force (et de ce que le candidat de la droite pourrait encore dire pour les "rattraper")

Avec le (faux) départ de l'UDI et le ralliement des centristes à Macron, François Fillon, s'il veut récupérer cet électorat devra mettre l'accent sur la fiscalité ou la question européenne. Mais gare aux excès de souverainisme.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Jean Petaux

Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, spécialiste de la vie politique française. Il s’est aussi spécialisé dans l’analyse localisée de la politique. Il dirige une collection aux éditions « Le Bord de l’Eau » intitulée : « Territoires du politique ». Prochain livre à paraître : « Entretiens avec Jacques Valade » (octobre 2021). Officier des Palmes académiques, il est, par ailleurs, membre associé de l’Académie nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.  

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Si la droite a été malmenée par les différentes péripéties qui ont suivi l'affaire des emplois présumés fictifs de la famille de François Fillon, cette situation a également affecté les alliés et notamment l'UDI. Après avoir décidé de quitter le candidat de la droite, le parti centriste s'est finalement décidé en faveur d'un retour à l'accord avec François Fillon, à condition qu'il donne des signes de bonne volonté... Comment la question se pose-t-elle politiquement pour l'UDI ? Quels sont les enjeux qu'elle doit prendre en compte ?

Jean Petaux: La question de la stratégie à tenir pour l’UDI appelle plusieurs réponses possibles en fonction de la variable politique que l’on privilégie. Une première manière de répondre est générée par le positionnement idéologique. De manière claire et sans ambiguïté, la posture idéologique du candidat Fillon modèle « primaires novembre 2016, modifié manif’ pour un seul Trocadéro mars 2017 » ne convient pas du tout aux militants et aux sympathisants de l’UDI. L’humanisme radical qui est le leur, l’héritage philosophique qui les nourrit et l’esprit de tolérance qui les caractérise sont aux antipodes des thématiques développées par « Sens Commun » ou la « Manif pour tous ». Si ce n’était certains petits arrangements avec la règle de droit qui marquèrent la longue histoire du Parti Radical et firent parfois confondre la « République radicale » avec celle des « Copains et des coquins », on chercherait en vain les points de convergence avec les pratiques de tel candidat à l’actuelle présidentielle, qui se reconnaitra.

La deuxième manière de répondre sur la stratégie de l’UDI concerne la « ligne économique » de l’Union des centres. Là encore l’UDI n’est pas un bloc homogène mais on considérera que la doctrine du libéralisme économique porté par l’adhésion européenne, la philosophie économique plutôt fondée sur une « globalisation  heureuse » n’est pas exactement en phase avec l’ombrageux scepticisme européen qui est celui de François Fillon qui a voté « non » au référendum sur le traité de  Maastricht, le 20 septembre 1992, tout comme son « mentor » Philippe Seguin.

La troisième réponse possible concerne les accords d’appareil entre le « LR » et ses partis allés au sujet des législatives à venir, en juin 2017. Et là il s’agit d’une « tout autre romance ». Que se passe-t-il ici ? Le propre d’un conglomérat de formations politiques, elles-mêmes étant des « partis de cadres » et absolument pas des partis de militants, c’est qu’il lui faut, à l’UDI donc, passer des accords avec d’autres formations partisanes pour « négocier » un certain nombre de circonscriptions législatives avec le parti LR et l’entourage du candidat de cette formation à l’Elysée. Si l’UDI claque la porte à François Fillon et si les nombreux cadres nationaux, régionaux, locaux de ce mouvement rejoignent petit à petit Emmanuel Macron, alors « Les Républicains » vont fermer le « marché » des circonscriptions législatives aux radicaux et aux centristes de l’UDI. Au-delà de cela, on peut imaginer que dans certaines collectivités territoriales ou siègent et travaillent côte à côte des élus LR et des élus UDI, les relations vont forcément se dégrader sauf à déclarer « démilitarisées » les séances du conseil municipal.

Au sein-même de « Les Républicains », pour mesurer l’ampleur de certaines fractures, il  n’y a qu’à voir à Bordeaux-même, la ville d’Alain Juppé, la situation très fragilisée de son adjointe Virginie Calmels qui soutenait Juppé pendant la primaire, a rejoint très vite François Fillon après la victoire de celui-ci le 29 novembre (d’autant plus vite que son compagnon à la ville est Jérôme Chartier, l’un des plus proches conseillers et soutiens de Fillon…) au second tour de la primaire et a plus qu’hésité, ces derniers jours entre Juppé et Fillon au point que le premier cité lui a demandé lundi en début après-midi, devant la presse et avant que ne commence le séance officielle du Conseil municipal : « Vous êtes toujours juppéiste Virginie ? ». Tête de l’intéressée qui ne compte pas que des amis au sein de l’équipe municipale bordelaise tant elle n’a fait aucun effort, depuis son arrivée à Bordeaux, en 2014 pour se faire accepter et admettre.

On le mesure à l’aune de ces trois hypothèses de réponses, l’équation n’est pas simple pour l’UDI. Traditionnellement l’UDI est l’alliée et le partenaire fidèle de « Les Républicains ». Cette posture politique est fondée sur une prédilection pour le pragmatisme et le « savoir-faire ».  Dans « l’affaire Fillon » la question est bien plus complexe. Par son attitude, par le type de rhétorique  qu’il a su mobiliser, par la mobilisation de la frange  la plus droitière de LR et par quelques unes de ses philippiques relayées sur les réseaux sociaux, François Fillon a littéralement écœuré nombre de militants et de cadres de l’UDI. Pas sûr qu’une majorité d’entre eux ne revienne au bercail… en terres fillonnistes, avant le 23 avril prochain.

Jérôme Fourquet : L'électorat de centre droit est sensible à toute une série de thématiques comme le chômage ou la sécurité bien évidemment mais deux sujets restent prioritaires pour eux. D'abord le projet européen, c'est un élément moteur et structurant de l'identité de cette famille politique. Attention du coup pour le candidat Fillon à ne pas avoir un discours trop souverainiste, surtout que Macron s'est très clairement positionné sur l'approfondissement de la construction européenne, d'où le ralliement de Bayrou et les tergiversations d'un certain nombre de centristes de l'UDI…

L'autre sujet qui avait été au cœur de la campagne de Bayrou en 2007, la bonne gestion et la question des déficits publics et de la dette. L'équilibre des comptes publics, Emmanuel Macron compte Jean Arthuis ancien ministre de l'Economie parmi ses soutiens, un homme très sensible à l'orthodoxie budgétaire. Et cela va aussi avec la construction européenne en disant "Si on veut que nos voisins allemands nous respectent, il faut que nous même nous ayons des comptes à l'équilibre…"

Au moins sur ces deux sujets là il y a des attentes plus fortes que dans le reste de l'électorat chez les centristes de droite. La question économique est là puisque que le discours devrait porter sur la maîtrise des dépenses publiques, la dette, la fiscalité… Et de manière générale porter un discours assez favorable au libéralisme et à la dérégulation.

Du coup, pour Fillon et son équipe, un peu comme ça avait été le cas en 2012 pour Sarkozy la difficulté est d'aller parler à l'électorat de Marine Le Pen tout en parlant aux gens de centre droit. Dans l'entre deux tours de 2012, Sarkozy fait une campagne très axée sur la ligne Buisson, sur les frontières, l'identité nationale, contre les corps intermédiaires et les syndicats tout en tirant à boulet rouge sur Hollande le socialiste, roi de la dépense publique et du matraquage fiscal. Ce que l'on constate dans les enquêtes IFOP c'est qu'il n'améliore pas le report de voix de l'électorat Bayrou sur lui mais il le maintien tout en allant chercher davantage l'électorat frontiste.

Cette démarche très droitiste n'a donc pas fait fuir massivement les centristes grâce au matraquage qui a été fait sur Hollande. Aujourd'hui c'est cette musique là que les lieutenants de Fillon veulent faire entendre vis-à-vis de Macron en disant que c'est jamais que l'héritier spirituel de Hollande sur les questions fiscales et d'équilibre budgétaire. Lorsque Fillon dit "je suis seul à pouvoir faire un travail de redressement national", pour beaucoup de Français de droite ça passe par une remise au carré des dépenses publiques et une relance de la machine économique.

Sur la question européenne, il ne peut pas tenir un discours fédéraliste, c'est compliqué. Soit il a de grandes figures du centre qui le rejoignent comme Borloo. Il va devoir prendre position sur cette question. Il pourrait tout à fait dénoncer les trop nombreuses et contraignantes règles de Bruxelles tout en soignant le partenariat franco-allemand et en Schengen renforcé par exemple. De cette manière vous arrivez à parler à la fois à la droite "dure" et en même temps aux centristes pour qui l'avenir de la France passe par l'Europe.

 

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