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Elections régionales : comment le piège rhétorique (et politique) tendu par François Hollande a superbement fonctionné
©Reuters

Rhétorico-laser

Elections régionales : comment le piège rhétorique (et politique) tendu par François Hollande a superbement fonctionné

Le seul vrai vainqueur des régionales n’est autre que François Hollande : et il a tout fait pour cela !

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017).

Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.
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Il a été beaucoup question de « piège » au cours de ces régionales, surtout au premier tour. Mais toujours compris comme le piège tendu par le FN à la droite, prise entre le marteau de la surenchère sécuritaire et l’enclume de « l’UMPS ». Etau qui avait de plus l’avantage de provoquer la division stratégique au sein de la droite sur le « meilleur » choix à faire entre la peste et le choléra. Avec un succès pour le moment mitigé, car la force inattendue du rejet citoyen a desserré l’étau, les Français faisant toujours clairement (eh oui !) la différence entre droite classique et FN.

Moins perçu mais autrement efficace a été l’admirable dispositif mis en place par F. Hollande, servi par la « compréhension » habituelle de la plupart des médias et ce, de longue date avant les élections.

En décalant en fin d’année ces dernières (au fait, pour quelle raison impérieuse ?), F. Hollande avait un double espoir : le premier –une baisse du chômage- n’a pas du tout fonctionné ; mais le second était assuré d’avance :« l’effet COP21 », sur laquelle les deux tours des élections ont été exactement calés, lui a permis d’occuper en permanence avec ses ministres l’estrade médiatique y compris la veille du scrutin, campagne close, sans que personne ne s’en étonne. Mais comment faire la moindre objection à l’omniprésence d’un chef d’Etat sauveur de la planète ? C’eût été perçu pour le coup comme une attitude « bassement politicienne ».La parade, soyons-en sûr, était prête !

Deuxième habileté qui a fonctionné à plein : le remodelage des régions qui rendait difficile une comparaison immédiate (l’immédiat, temps des médias !) avec 2010 et les 21 régions sur 22 aux mains de la gauche. De fait, et même chez les leaders de droite, tout le monde a compté sur 13 et non sur 22, limitant optiquement l'ampleur du recul du PS. Les résultats, département par département, vont permettre d’y voir plus clair et de tirer le vrai bilan électoral des régionales : la gauche aura perdu près des 2/3 de ses anciennes régions… y compris la Corse, toujours mise de côté ! Mais qui y prêtera attention ? Le leitmotiv de la « résistance de la gauche » est désormais bien ancré.

Evidemment les attentats sont venus rebattre les cartes ; mais en gonflant le FN au premier tour, ils ont eu également un effet rhétorique heureux pour le pouvoir : « le choc FN » a amorti, voire éclipsé, dans tous les commentaires la défaite de la gauche.

L’entre-deux tours a été également un chef d’œuvre de mécano politico-rhétorique. Le retrait des listes PS dans 3 régions apportait en effet un double bénéfice : la vertu du« sacrifice sur l’autel de la république », véritable antienne que l’on n’a pas fini d’entendre, au profit du PS, tandis que la droite ne pouvait plus tirer parti d’un succès qu’elle devrait à la gauche ! Le scénario des commentaires du 13 décembre au soir était donné d’avance et a été d’ailleurs scrupuleusement suivi…Et pendant ce temps-là dans 9 autres régions (sans compter ACAL), c’est-à-dire dans l’essentiel des seconds tours, les triangulaires maintenaient armé le bon vieux piège mitterrandien à faire tomber la droite.

Cela a failli fonctionner parfaitement et « la gauche a failli gagner »… jusqu'à ce que la Normandie et surtout l'Île-de-France basculent. Mais nouvelle parade instantanée : « Valérie Pécresse a profité des voix FN ! ».Bien rares ceux qui auront relevé la contradiction patente d’un PS « horrifié par la montée du FN » et stigmatisant la seule personnalité politique qui l’aura fait fortement reculer au second tour ! De quoi pourtant douter de la sincérité du « Front républicain » contre le risque du « FN/guerre civile »…

Dès lors, l’horizon de F. Hollande se dégage largement, non pas providentiellement mais par l’effet d’une superbe manœuvre rhétorico-politique qui aura piégé tout le monde. Guerre civile imminente à droite, comme l’annoncent les déclarations surréalistes de certains de ses leaders dès le soir du second tour ; effondrement, à la fois moral (« les diviseurs ! ») et électoral, de la gauche de la gauche qui n’a plus aucune crédibilité pour se présenter en 2017 ; défaite finale mais en même temps enracinement du FN qui a battu le 13 décembre son record historique de suffrages. Le second tour des prochaines présidentielles a pris de fait une configuration bien plus probable qu’avant les régionales : devinez laquelle !

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