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Taylor Swift a 25 ans et 34 millions d'abonnés sur Instagram.

Revue de blogs

Comment la reine des réseaux sociaux Taylor Swift a fait plier Apple

La chanteuse de 25 ans a écrit et diffusé à ses 34 millions d'abonnés sur Instagram une lettre à la marque à la pomme pour dénoncer son nouveau service de musique en streaming, "Apple Music", qui ne rémunérait pas les artistes. Et le géant du numérique a fait marche arrière.

Claire Ulrich

Claire Ulrich

Claire Ulrich est journaliste et fan du Web depuis très longtemps, toujours émerveillée par ce jardin aux découvertes, et reste convaincue que le Web peut permettre quelque chose de pas si mal : que les humains communiquent directement entre eux et partagent la chose humaine pour s'apercevoir qu'ils ne sont pas si différents et qu'il y a donc un moyen de s'entendre.

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"Nous ne vous demandons pas des iPhones gratuits. Alors s'il-vous-plaît, ne nous demandez pas de fournir vos musiques sans rémunération."

Taylor Swift a 25 ans et 34 millions d'abonnés sur Instagram. Sa lettre à Apple, dégoulinante de politesse mais ferme, qu'elle vient de publier sur son blog est de celles qui peuvent faire trembler en dix secondes les nouveaux géants économiques du numérique et ringardiser leur image. 

"Il ne s'agit pas des plaintes d'une fille gatée et capricieuse. Il s'agit de l'écho des sentiments de chaque artiste, parolier et producteur dans mes cercles sociaux qui craignent de s'exprimer en public, parce que nous respectons et admirons tellement Apple. Nous ne respectons simplement pas cette décision en particulier.'"

Le problème se cristalise sur la période de trois d'essais possibles du nouveau service de musique en streaming de Apple, "Apple Music". C'est un essai, pour les clients. Pour les artistes écoutés, rien, aucune rémunération. En quelques heures, Apple a plié sur Twitter. 34 millions de fans sont une armée dangereuse pour une réputation à la veille d'un lancement important de nouveau service. La presse pro a remarqué Isaac Mao, un activiste chinois, qui jubile : "Apple possède 160 milliards de dollars en cash. C'est assez pour couvrir entièrement les revenus attendus de Apple Music pendant douze ans. C'est tellement d'argent que Apple pourrait sans problème racheter tous les labels de musique. Et pourtant, pour lancer leur nouveau service, il refuse de payer aux artistes les trois premiers mois de diffusion de la période d'essai des clients. Alors, bravo, Taylor ! Pourquoi les petits artistes indépendants, qui galèrent déjà, devraient-ils payer les coûts de lancement de Apple Music?"

Sur Siliconblog, un lecteur français approuve : "Il faut comprendre que ce n'est pas Taylor Swift qui a fait plier Apple, c'est juste la goutte qui a fait déborder le vase. Apple subissait déjà une menace de boycott de plus de 1500 labels indépendants. Quant à ceux qui reprochent à Taylor Swift (dont je me fous question musique) de protester alors qu'elle est bien plus riche que les artistes indépendants qui gagnent des miettes, c'est justement à cause de cela qu'elle arrive à obtenir l'attention des médias, là où de petits artistes sont complètement ignorés. En tant que 'petit artiste inconnu' moi-même je la remercie pour cela".  Les détails et pourcentages sur les modalités compliquées de reversement de royalties du nouveau service d'Apple sont sur Siliconblog.

Mais le coup de Taylor contre Apple, c'est beaucoup plus qu'une victoire des petits contre le grand. Wired a sauté sur l'occaion pour analyser le phénomène Swift, première petite jeune fille à contacter directement le Wall Street Journal à l'automne dernier, et non pas les revues people, pour expliquer sa décision de quitter Spotify. Swift est un phénomène, comme Lady Gaga, mais plus que Lady Gaga. Car elle a fondé un empire virtuel sur les réseaux sociaux, où elle règne en impératrice soucieuse du bien-être de ses fans. Elle peut compter en retour sur leur dévotion totale. Elle n'a plus besoin de la presse, des médias. Elle n'a plus besoin des critiques de musique et des distributeurs, ou d'Apple. Elle gère seule sa carrière, ses ventes, ses lancements, ses tournées, uniquement sur Internet. Wired assure qu'elle est plus que la reine d'Internet, elle "est" Internet, et décrit un enième nouveau monde, celui des stars qui ont tout "ubérisé" : les journalistes, les magazines people, les intermédiaires, les télévisions, les distributeurs.

"Tout simplement : Taylor Swift est l'internet, optimisé, et Swiftopia est un espace digital sur pour ceux qui ont juré allégeance à la SwiftSquad. Il n'y a rien qu'un magazine, un journal, un site puisse faire pour Taylor qu'elle ne puisse faire elle-même mieux, et plus vite. Les fans de Swift n'ont pas à attendre la prochaine couverture de magazine pour tout savoir de leur star préféré, parce qu'ils la suivent sur son Tumblr. Elle n'a pas eu besoin d'un partenariat avec MTV pour le pré lancement de sa vidéo 'Bad Blood' avant qu'elle ne soit lancée durant les prix Billboard Musc Awards (comme performance de l'inauguration), parce qu'elle a presque 35 millions d'abonnés sur Instagram, qui hurlent qu'ils aiment et partagent le déluge d'affiches qu'elle a utilisé pour promouvoir la vidéo et l'événement. Et Twitter s'est joint à eux , aussi, en créant un émoticon spécial d'un sparadrap troué par une balle qui surgissait automatiquement quand vous tapiez le hashtag Badbloodmusicvideo. Vous savez qui d'autre a eu droit à des émoticons personnalités ? Star Wars, et les finales de la NBA. Juste des petits (...). Ce serait formidable de pouvoir parler à Taylor Swift de tout ça, on adorerait, mais qui a besoin de journalistes, quand vous avez un Tumblr comme ça ?"

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