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Sous très forte pression, le chef de l'Etat a tenu sa deuxième grande conférence de presse la semaine dernière.
Sous très forte pression, le chef de l'Etat a tenu sa deuxième grande conférence de presse la semaine dernière.
©Flickr

Revue d'analyses financières

Ce que François Hollande aurait dû dire si sa conférence de presse avait été l'assemblée générale de ses actionnaires

Dans l'œil des marchés : Jean-Jacques Netter, vice-président de l'Institut des Libertés, dresse, chaque mardi, un panorama de ce qu'écrivent les analystes financiers et politiques les plus en vue du marché.

Jean-Jacques Netter

Jean-Jacques Netter

Jean Jacques Netter est vice-président de l’Institut des Libertés, un think tank fondé avec Charles Gave en janvier 2012.

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Un chef d’entreprise dont le cours de bourse aurait baissé de 75% en un an, comme la baisse de popularité de François Hollande,  et qui dirait devant l’Assemblée Générale de ses actionnaires- je ne change rien à ma politique, il n’y a qu’une seule ligne c’est la mienne- rencontrerait inévitablement de gros problèmes pour se maintenir durablement à la tête de la société. Essayons d’imaginer ce qu’aurait pu être la conférence de presse d’un Président de la République qui aurait voulu se donner la peine de comprendre les problèmes de l’Entreprise France.

Moi Président, je suis content que la bourse soit au plus haut. J’ai bien compris que ce n’était pas pour saluer les décisions que j’ai prises depuis un an, mais plutôt parce que les sociétés qui font partie de  l’indice CAC 40 réalisent la plus grande partie de leurs chiffres d’affaires et de leurs profits à l’extérieur de France. Il ne faut pas les confondre avec toutes les PME qui souffrent d’une forte baisse de leurs marges bénéficiaires du fait de la pression fiscale excessive qui pèse sur elles. J’ai eu tort de déclarer la guerre à la finance au moment où la France avait besoin des marchés financiers pour financer notre dette publique qui est détenue à 55% par des étrangers…

Moi Président, j’ai bien compris que la montée du chômage depuis un an avait beaucoup plus à voir avec le manque de réformes en France depuis 30 ans,  qu’à cause de la crise. Je prends tout de suite la décision de ranger ma « boite à outils » qui ne sert à rien et de demander à Monsieur Arnaud Montebourg de partir du gouvernement, car il n’a cessé de raconter des histoires aux français sur Peugeot, Goodyear, Petroplus, Florange et surtout il a fait fuir les investisseurs. Il ne semble pas avoir bien compris qu’il ne peut y avoir d’industrie sans investisseurs.  Elle ne représente plus que 11% de notre économie contre 21% en Allemagne, car  le capital n’est pas attiré en France par l’industrie puisqu’il n’y est pas rentable. La taxation du capital au même niveau que le travail a donc été une erreur, car dans la réalité, elle a un effet confiscatoire qui nuit beaucoup à la création d’emplois, en poussant à l’exil des entrepreneurs de talent. Je vais donc proposer, lors du prochain remaniement,  à des chefs d’entreprise d’entrer au gouvernement pour qu’ils puissent nous faire profiter de leur expérience…

Moi Président je vais vous dire clairement à quel camp j’appartiens : celui des social démocrates, car je crois que l’on ne peut plus développer notre économie avec les idées de mes amis socialistes qui n’ont que le principe de la  redistribution en tête, en oubliant qu’avant de pouvoir distribuer, il faut avoir créé de la richesse.  Si on l’oublie, le gâteau diminue et ceux qui sont pauvres deviennent encore plus pauvres. Je vais cesser de cultiver la haine et le ressentiment contre « les riches », la finance et l’Allemagne. Je vais d’ailleurs me mettre à étudier sérieusement les mesures prises par Gerhard Schröder en 2000, car on me dit qu’elles expliquent en grande partie la prospérité allemande d’aujourd’hui…

Moi Président, j’ai décidé de mettre l’Etat au service des entreprises et de cesser de les ponctionner pour faire fonctionner un état inefficace. Je vais ramener l’impôt sur les sociétés à 15%, comme en Irlande. Je vais aussi geler les prestations sociales pendant 24 mois  et introduire de la dégressivité dans les allocations chômage. Je vais demander que le gouvernement supprime le SMIC,  car beaucoup de personnes, notamment des jeunes, non formés ne sont pas assez qualifiées pour justifier le coût d'une embauche au Smic. Avec la disparition du Smic, les smicards actuels ne souffriraient pas nécessairement, leur salaire pourrait rester inchangé. En revanche,  les chômeurs peu qualifiés auraient une meilleure chance de trouver un emploi. La négociation des bas salaires sera confiée aux seuls partenaires sociaux. Cela sera beaucoup plus efficace que les contrats aidés que l’on essaye de faire fonctionner depuis 36 ans sans aucun effet notable et durable sur le niveau de chômage…   

Moi Président j’ai décidé de relever l’âge légal du départ à la retraite à 64 ans et de demander 44 ans de cotisations pour obtenir une retraite pleine. En même temps j’alignerai la CSG des retraités sur le régime normal. Je mettrai fin aux  régimes spéciaux notamment à l’EDF,  GDF qui perçoivent des fonds de la CNAV, la caisse des salariés du privé, avec la complicité de l’Etat….

Moi Président je vais diminuer vraiment les dépenses publiques. D’abord les dépenses de l’état, en  maitrisant la masse salariale de l’état ; en  rationalisant la gestion de l’administration en introduisant les techniques d’  « e-government » qui ont donné partout d’excellents résultats ; en diminuant les achats de l’état dans de nombreux domaines ;  en restructurant l’immobilier de l’état, en rendant l’école autonome et réformant le statut des professeurs qui date de 1950.

La France compte 90 fonctionnaires pour 1000 habitants alors que l'Allemagne en compte seulement 50. Je ne suis pas sûr que l'administration française fonctionne mieux. Comme beaucoup de fonctionnaires français vont partir à la retraite dans les 10 ans à venir, il faut avoir la volonté de ne pas les remplacer, ce qui nous permettrait de nous  rapprocher du niveau de l'Allemagne en une dizaine d'années. Par ailleurs tout élu devra démissionner  de la fonction publique en cas de mandat électif.

Je vais ensuite baisser les dépenses des collectivités locales . Elles représentent plus de 20% des dépenses publiques,  mais elles progressent sur un rythme plus rapide que celui de la richesse nationale. Je vais donc demander au député PS René Dosière, de venir mettre en œuvre le plan qu’il a développé dans son livre « L’état au régime ». Il pense  que sur les 143 Md€ dépensés par les communes et regroupements de communes une économie de 15Md€ est facilement réalisable.

Il me faudra ensuite mettre de l’ordre dans les subventions accordées à des dizaines de milliers d’associations à coup de milliards d’euros. Bien qu’il n’existe aucune centralisation des données, les chercheurs estiment que l’état, les collectivités locales et autres structures publiques allouent chaque année 34Md€ au secteur associatif, couvrant près de la moitié de son budget de 70Md€…                                                     

Moi Président je vais faire baisser les dépenses de l’assurance chômage. Il coûte d'autant plus cher que la France a la durée d'indemnisation la plus longue (2 ans, et 3 ans au-dessus de 50 ans), et le montant d'indemnisation le plus élevé (le maximum est à plus de 6000 euros/mois). Évidemment ce système n'incite pas à se battre pour retrouver rapidement un emploi. Il faut revenir à un niveau de protection plus raisonnable.

Deux millions de personnes touchent le Revenu de Solidarité Active (RSA), certaines avec une activité, la majorité sans aucune activité, en tout cas déclarée. Pour ces personnes il semble juste de conditionner l'attribution du RSA-socle à un travail d'intérêt collectif (par exemple à mi-temps), selon les besoins définis par les mairies.

Je vais demander au gouvernement, une fois pour toute, de mettre fin à l'hyper-réglementation du travail, illustrée par le très épais code du travail (3350 pages). Il est l'une des causes du chômage, car il crée un ensemble de contraintes compliquées et anti-économiques pour les entreprises. Irréformable, cette usine à gaz doit être supprimée, pour rétablir la liberté de contrat entre salariés et employeurs, comme elle se pratique dans de nombreux pays. Par exemple en Suisse, il n’y a pas de code du travail, mais juste quelques dizaines de pages de règles à respecter.

Moi Président je vais faire baisser les dépenses d’assurance maladie en demandant qu’on  aligne progressivement les tarifs des hopitaux et ceux des cliniques, en limitant le coût des transports sanitaires, en économisant sur les affections de longue durée et surtout en réduisant les actes inutiles.  D’autre part, je vais demander une totale transparence sur  les soins de santé donnés aux étrangers se trouvant en France en situation irrégulière. Pour lutter efficacement contre la fraude, Il faut d’urgence mettre en place la carte de sécurité sociale biométrique qui remplacerait la carte vitale…

Moi Président, je vais cesser de vouloir modifier la constitution sur des sujets de société qui dressent les français les uns contre les autres. Par contre je tiens à faire inscrire dans la constitution que la sécurité sociale ne pourra plus être en déficit. Nous passerons  ensuite au régime suédois par points qui a donné d’excellents résultats et permis de sauvegarder le modèle social suédois.

Moi Président j’ai décidé de supprimer l’exonération des oeuvres d’art de l’ISF et de les remplacer par les actions. Cette décision sera accompagnée d’un « plan start up » pour dynamiser l’investissement productif, inciter au financement de la création d’entreprise, crééer un statut d’entreprises qui encourage la vocation de business angel, ouvrir les données publiques afin de permettre l’éclosion de start up qui réutilisent ces données.                      

Moi Président je vais réduire le nombre de parlementaires. J’ai constaté que les Etats-Unis avec  plus de 300 millions d'habitants, élisent 435 représentants et 100 sénateurs. La France avec 60 millions d'habitants, compte  577 députés et 350 sénateurs.   On pourrait très bien fonctionner avec 150 députés et 50 sénateurs.

Je vais également réduire le nombre de ministres. Je vois que l’Allemagne compte 15 ministres dans le gouvernement Merkel. Je ne suis pas sûr que le gouvernement Ayrault avec ses 37 ministres soit plus efficace.

Je m’interroge également sur le  Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE)  qui comprend 233 membres. Il est certes bien pratique pour distribuer des récompenses. L’Elysée peut d’ailleurs y nommer 40 « amis » tous les cinq ans.  Pour leurs excellents services tous perçoivent une indemnité de 3800€ par mois. L’Assemblée tient deux séances plénières par mois, une réunion de groupe par semaine pour un budget  annuel de 40M€. Ce serait peut être une autre source d’économie…

Moi Président, vous l’avez compris, j’ai décidé d’avoir du courage. Pour nous en sortir, je souhaite mettre en œuvre le plus rapidement possible les mesures que je viens de vous exposer. Comme je souhaite la réussite de notre pays, je prends, bien évidemment le risque de ne pas être réélu en 2017…

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