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Nous dépensons de plus en plus d'argent pour notre santé.
©Reuters

Le Nettoyeur

Ce qu'il faudrait faire pour diminuer nos dépenses de santé

La raison principale de l'explosion des dépenses de santé est l'étatisation et la centralisation de nos systèmes de soin, qui font gonfler les prix par manque d'innovation et de concurrence.

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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Pourquoi dépensons-nous autant d'argent pour notre santé ? A priori, ça peut ressembler à la question la plus stupide qu'on peut imaginer. Et pourtant, c'est une question d'une grande importance pour l'avenir des pays développés - et une question dont la réponse n'est pas aussi évidente qu'il n'y paraît... En effet, tous les pays développés ont en ce moment à gérer une forte croissance des dépenses de santé, croissance qui ne va que se renforcer avec le vieillissement de leurs population. Une part de plus en plus importante de la richesse nationale est engloutie.

D'où la question, légitimement : pourquoi ? La réponse la plus souvent avancée pour expliquer l'augmentation des dépenses de santé est le progrès technologique : les technologies de santé sont de plus en plus avancées, donc ça coûte de plus en plus cher. 

Ça paraît intuitif, jusqu'à ce qu'on se rende compte que dans tous les autres secteurs de l'économie, c'est l'inverse qui se produit. Au fur et à mesure que la technologie s'améliore, le prix baisse. L'informatique est un secteur emblématique : qui ne s'est plaint, ou a entendu quelqu'un se plaindre, d'avoir acheté un ordinateur juste avant qu'un nouveau modèle meilleur et moins cher ne sorte ? Mais ce phénomène se retrouve dans les autres secteurs. Aujourd'hui, une voiture coûte une part du revenu mensuel bien plus faible que dans les années 50, et les voitures d'aujourd'hui sont des trésors de technologie par rapport aux voitures des années 50 - GPS, airbag, direction assistée, climatisation...

Donc l'argument de la technologie ne convainc pas. Et on comprend pourquoi : la technologie, c'est justement l'art de faire plus avec moins. Donc plus un secteur devient technologique, plus ses coûts devraient baisser. 

Que se passe-t-il ? Eh bien, y a-t-il un autre secteur comme la santé, où loin de faire baisser les prix, la technologie les fait augmenter ? 

Oui, il y en a un : la défense. Le Rafale est un bien meilleur avion que le Mystère - et il est beaucoup, beaucoup plus cher. De même pour le F-35 américain par rapport au F-5 Phantom. 

Comment expliquer ce phénomène? Qu'ont la santé et la défense en commun ? Pourrait-ce être... L'influence et le rôle prépondérant de l'Etat ? 

La technologie fait baisser les coûts, on l'a vu. Qu'est-ce qui crée la technologie ? L'innovation. Et qu'est-ce qui crée l'innovation ? La plupart du temps, c'est la décentralisation de la prise de décision, qui permet à la société collectivement de tenter le plus d'idées possibles et donc de découvrir le plus vite celles qui marchent ou pas, et d'apprendre le mieux. La décentralisation de la décision crée aussi la concurrence, qui fait baisser les prix. Pour le Rafale, ni décentralisation de la décision, ni concurrence : personne n'a jamais douté que l'avion Dassault serait celui que l'Etat achèterait, point. Aussi formidable que soit le Rafale, comment s'étonner qu'il ait vingt ans de retard et coûte si cher ?

Cela suggère donc que la raison principale pour l'explosion des dépenses de santé est l'étatisation et la centralisation de nos systèmes de santé, qui font gonfler les prix par manque d'innovation et de concurrence. Ce manque d'innovation ne représente pas que des euros et des centimes, d'ailleurs : c'est également des milliers de vies qui ne sont pas sauvées par des innovations médicales jamais inventées.

Peut-on imaginer d'autres raisons? 

Il y en a une autre, dont personne ne veut parler, mais qui me semble la plus logique. Et si la santé était un bien de luxe ? 

Pensons aux rois des comptes du monde ancien qui, une fois bien installés, cherchent le philtre d'immortalité. Aujourd'hui, nous sommes tous des rois : contrairement à l'immense majorité de l'Histoire, toute personne dans le monde industrialisé mange à sa faim, a des bonnes conditions de vie, a accès à énormément d'expériences de divertissement, et ainsi de suite. Dans une telle société, n'est-il pas concevable que la hantise de la mort et de la maladie prendrait une ampleur démesurée ? Et que dans une santé devenue si riche, nous dépenserions de l'argent dans la santé, pas tant pour des raisons d'efficacité, que pour des raisons d'exorcisme ? 

L'universitaire américain Robin Hanson signale un consensus absolu des experts de santé américain - consensus dont personne ne parle- sur le fait qu'au moins la moitié des dépenses de santé aux Etats-Unis est gâchée. Elle n'a aucun effet. (Evidemment, si on savait quelle moitié...). C'est quand même frappant, non ? Et ça mérite de se poser des questions, non ? Si nous allons déverser une telle portion de notre richesse nationale dans un trou noir ? 

Mais on peut se dire que cette dépense n'est pas "gâchée", tout comme ce n'est pas "gâcher" d'acheter un sac à main très cher plutôt que de se promener avec un sac poubelle, si on se dit que ces dépenses sont des dépenses de talismans, des dépenses qu'on fait pour se rassurer ou pour se dire des choses sur soi-même, plutôt que des dépenses de santé au sens strict. En tous les cas, ça expliquerait bien les données du phénomène. Et on peut même observer que dans des sociétés qui ont de plus en plus évacué la question de la religion et de la transcendance, qui peuvent permettre d'affronter sereinement la mort et la maladie, cet effet d'exorcisme vain de la maladie par la dépense ostensible ne serait que renforcé. 

Ca nous amènerait à parler du lien si souvent oublié par les économistes entre culture et économie. Et ça nous entraînerait, depuis l'économie, vers la métaphysique. Hors sujet pour cette chronique, donc...

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